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Opinion

Nicolas Duvalier: entre l’ignorance du sens de l’histoire et justification délétère

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L’histoire d’un peuple réalisant à travers le temps s’inscrit dans une dynamique atemporelle en ce que le peuple dans ses repères conjugue toujours passé, présent, afin de se préparer pour le futur dans les actions qu’il se forge pour conserver ou/et améliorer la vie.

Dans les différentes actions qu’ils se forgent pour la pérennité de la vie sociale, les membres de la société font appel à l’histoire en termes de mœurs, traditions, habitudes, principes politiques, juridiques, et aussi en tant que revendications comme fondements sociopolitiques, et même ontologiques susceptibles de rendre possible et cimentent les liens sociaux.

L’on peut dire que l’histoire n’a pas de temps en ce qu’elle s’étend et laisse ses traces pendant des générations, des siècles, des millénaires, et pendant toute la durée de l’humanité, si celle-ci aurait une durée.

C’est cet aspect de l’histoire que semble oublier ou ignorer François Nicolas Duvalier qui essaie, lors de son intervention à la Radio Télé Métropole mardi 18 février 2020, de redorer les blasons du régime de ses parents. Dans un exercice périlleux et fantasmagorique, Nicolas Duvalier pour amoindrir les atrocités commises par la dictature duviliérienne, tente de comparer désespérément la période de 1957-1986 et celle de 1986 à nos jours. Dans cette comparaison, le fils de Jean-Claude Duvalier soutient que la situation fut plus sécuritaire que celle d’aujourd’hui.

La sécurité sous le régime duvaliériste n’était qu’un calme apparent occultant ou limitant la participation de la population à l’exercice de la chose publique.

Mais le petit Duvalier oublie de mentionner ou souligner, ne serait-ce pour l’intelligence de l’esprit, que cette situation dite sécuritaire à l’époque de la dictature des Duvalier résulte en grande partie de la terreur et des horreurs perpétuées par les sbires des Tontons macoutes sur la population. Vivant avec la peur au ventre, sous peine de se faire emprisonnées, assassinées, mutilées, de nombreuses personnes préfèrent garder le silence en laissant le plein pouvoir à François Duvalier. Plein pouvoir qui lui permît de réduire la Nation à l’État, et celui-ci à lui-même, pour citer Michel-Rolph Trouillot. Une caractéristique qui différencie le duvaliérisme des autres dictatures qu’a connues le pays, avance Trouillot. La constante est que tous les régimes dictatoriaux visent à fragiliser le bien-être de la Nation. Et l’intérêt général n’est qu’une façade des dyonisiaques plébiscitaires (élections), entendues comme espace de manipulation et d’instrumentalisation des sensibilités populaires. L’on se rappelle des discours portant sur le noirisme, sur l’intérêt de la Nation (exprimant sous le credo du pouvoir au plus grand nombre) de François Duvalier l’ayant porté à la magistrature suprême de la République.

La situation sécuritaire ne fut qu’un calme apparent, entravant la parole des “haïtiens et haïtiennes” dans l’exercice de la Res publica. Si bien que la liberté d’expression n’existait pas. D’ailleurs, des personnes furent emprisonnées, assassinées et/ou mutilées pour avoir pris des positions contre le régime en place.

Au lieu d’évoquer ces faits, pour répondre aux questions de Wendell Théodore qui a fait l’effort de poser des questions cette fois-ci, Nicolas Duvalier considère la situation chaotique, désastreuse, qui existait sous la gouvernance de ses parents pendant 29 ans, de dérapages et d’erreurs. Terroriser une population se résume à des erreurs, ou à des dérapages ? Quel génie ! Quel sens de l’histoire! Ne serait-ce pas de la banalisation de la vie humaine, en prenant une telle position quand on sait que des miliers de personnes furent tuées, très souvent parce qu’elles n’avaient pas le droit de s’exprimer sur le bien-être de leur pays, et en ce que leurs positions seraient contraires à celles du pouvoir en place. De quelle sécurité parle Nicolas Duvalier ?

Est-ce que le fait d’évacuer à ses activités subsumerait toute la question de la sécurité publique ?

Dans sa tentative de se soulager des atrocités du duvaliérisme, Nicolas Duvalier soutient que la première élection démocratique eut lieu en septembre 1957; élection ayant conduit son grand-père François Duvalier à la présidence. L’histoire rapporte que quelques années plus tard, François Duvalier (Papa Doc) allait transformer cette expérience dite “démocratique”, pour reprendre Nicolas Duvalier, en une dictature sanguinaire occultant les réquisits fondamentaux de la vie en société qui se trouvaient dans ses discours lors des campagnes électorales, faisant de la Nation (surtout les noirs) ses priorités. Une fois de plus, les intérêts de la Nation furent contraires à ceux des autorités étatiques ( à l’Etat). Or, lors de cette interview, Nicolas Duvalier eut à définir la politique comme gestion de la cité. La politique du duvaliérisme consisterait-elle à faire la gestion de la cité ?

Dans sa justification délétère, résultant, peut-on supposer d’une “mauvaise conscience”, il évoque que les Duvalier avaient fait de grandes réalisations.

Est-ce que quelques réalisations des Duvalier pourraient compenser les maux causés par leur régime ?

Très souvent, les politiques haïtiens (politiciens conviendrait mieux) une fois élue, prennent chaque réalisation, petite soit-elle, comme un exploit hors du commun comme s’ils étaient au pouvoir pour ne rien faire. À cet effet, le fils de Jean-Claude Duvalier souligne que ses parents avaient réalisé de bonnes choses; comme si ces bonnes choses pourraient compenser les désastres et les dégâts du duvaliérisme. Justification délétère.

Il convient de souligner pour le petit Duvalier que la période de 1957-1986 marque toujours une page sombre dans l’histoire d’Haïti tout comme celle de 1986 à nos jours (2020 pour le moins), à moins d’être un duvaliériste qui se sent nostalgique des privilèges du régime. Et qu’il n’a pas besoin de prendre comme exemple la période démocratique pour soulager sa conscience en tant que Duvalier. D’ailleurs, il serait inutile de condamner quelqu’un par procuration. Comme “citoyen”, il est tout simplement appelé à parler ou à questionner l’administration de ses parents.

L’enjeu consiste en ce que Nicolas Duvalier affirme clairement vouloir perpétuer le régime de ses parents, toutefois, en prenant compte des nécessités de l’heure, puisque, dit-il, ne peut se passer de son hérédité, c’est-à-dire du gène de Duvalier. Si le duvaliérisme peut se perpétuer sans un Duvalier consanguin au pouvoir comme le soutenait Michel-Rolph Trouillot, quel visage prenait ce régime avec un Duvalier consanguin. Visage de Janus? Celui de Typhon?

Nicolas Duvalier, pour se conforter en tant que fils et petit fils de dictateurs, parle également de dérapages et d’erreurs pour la période démocratique, malgré les dérives enregistrées dans cette période. Quel sens prennent ces mots (dérapage et erreur) chez Nicolas Duvalier ?
« Je pense si l’on veut vraiment faire un devoir de mémoire en Haïti, il faut faire un dépassement de soi, un travail d’introspection pour reconnaitre nos torts », a-t-il avancé. C’est justement qu’il a refusé de faire concernant ses parents, si bien qu’il rapporte que le seul regret qu’éprouvait son père c’est d’être passé beaucoup de temps en exil. Il est nécessaire de mentionner que l’oubli est consubstantiel à la mémoire. De manière anthropologique, sans l’oubli, il n’y a pas de mémoire. La mémoire, comme manifestation symbolique, et représentation d’un événement, nécessite en même temps l’oubli. Peut-être que l’introspection dont parle Nicolas Duvalier s’inscrit dans ce cadre. L’on peut se demander pourquoi Nicolas Duvalier aurait besoin d’oublier? Si l’on pouvait facilement oublier notre histoire, qu’est-ce qui nous caractériserait comme Peuple, Nation ?

La question d’oubli est tellement forte chez lui, il a même oublié d’abord dans quelle université française il a étudié les relations internationales et la géopolitique, et ensuite s’il a étudié les relations internationales et la géopolitique ou les relations internationales et gestion des organisations. D’ailleurs, dans son intervention à la Radio Télé Métropole, Nicolas Duvalier dit avoir étudié les relations internationales et la géopolitique, ensuite à la Radio la Voix de l’Amérique, les relations internationales et gestion des organisations.

Sur la question eu égard à l’intention de se porter candidat à la présidence, Nicolas Duvalier, faisant sa langue de bois, soutient qu’on n’est pas dans un temps de campagne électorale et que la question parait prématurée. Et qu’il s’avérait être indécent, et même immoral que quelqu’un puisse revendiquer des ambitions personnelles et individualistes dans la conjoncture dans laquelle le pays se trouve.

L’histoire prend le sens d’une comparaison simpliste et naïve chez François Nicolas Duvalier. Elle s’inscrit dans une linéarité traduisant l’occultation de la sémantique politique comme réquisits principiels d’une formation sociale.

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COVID-19

Covid-19: Des personnes dites en quarantaine à domicile, circulent librement.

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Depuis la révélation du premier cas de Coronavirus en Haiti, les autorités haïtiennes ont décidé de garder en quarantaine les personnes ayant été contact avec le patient testé positif.

Certaines d’entre elles sont en quarantaine institutionnelle, et d’autres restent chez eux, mais sur la surveillance des agents du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), afin d’éviter tout autre contact avec d’autres personnes non contaminées.

“À Delmas 33, une personne a été testée positive du Covid-19, de ce fait, les membres de sa famille sont mis en quarantaine à domicile”, nous raconte un agent de la MSPP, qui préfère garder l’anonymat.

” J’ai visité cette famille. C’est un peu triste à dire que le ministère n’a pas le contrôle de ses gens, car ils circulent librement”, relate t-il.

Rappelons que la transmission du CoronaVirus se fait par des postillons à travers des toux et éternuements d’une personne infectée du Covid-19. Alors cette stratégie de quarantaine domiciliée appliquée par le MSPP, est sans aucun effet pour diminuer la propagation du Virus en Haïti. Puisque les personnes circulent librement, donc, ne sont pas vraiment en quarantaine.

En effet, une personne infectée circulant dans les rues de la capitale, où les habitudes demeurent, représente un danger pour la santé des autres. La distance sociale, le confinement ainsi que les lavages des mains ne sont toujours pas bien reçu par la majorité des citoyens haïtiens.

Soulignons que la Ministre de la Santé Publique, Dr Marie Greta Roy Clément, dans une interview faisait mention de 200 lits destinés aux éventuels cas de Coronavirus, une déclaration qui a soulevé de nombreuses critiques et doutes au sein de la population.

La quarantaine domiciliée est-ce une façon de prouver que le pays n’est pas vraiment prêt à faire face à cette pandémie?

Ce qui est certain, les agents qui surveillent ces personnes suspectées ne prennent pas en compte les dégâts qu’elles peuvent causer.

De nombreuses personnes soutiennent qu’une population qui vit quotidiennement ne peut respecter le confinement sans assistance de l’État. Une marchande a même affirmé au micro d’un journaliste qu’elle préfère mourir du COVID-19 que de faim. La rue est l’endroit où nous gagnons notre vie, dit-elle.

Les autorités du Ministère de la Santé Publique et de la Population doivent prendre des dispositions strictes s’ils veulent vraiment empêcher la propagation du Coronavirus dans le pays.

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COVID-19

Quand une frange de la population jongle avec le mal

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Depuis la découverte de l’agent pathogène Covid-19, les États du monde se sont trouvés dans l’obligation de prendre des dispositions pour freiner les mouvements de population. Autrement dit, pour contrôler la circulation des individus, en les obligeant à rester à la maison, dans l’idée d’éviter la propagation du virus. Cependant, en Haïti, une importante frange de la population adopte des comportements qui tendent à défier les dispositions prises par l’État. Comme si, les mesures annoncées par le gouvernement haïtien ne les concernent pas, voire ne les intéressent pas. Pourtant, de telles dispositions rentrent dans une démarche de préservation de leur vie. De notre vie, étant conscient de la défaillance du système sanitaire. Qu’est-ce qui expliquent de tels comportements ? Est-ce une façon de banaliser les risques, les dangers que représente le corona virus ? Faisons une courte analyse de la situation.

Dans un court métrage circulant à travers les médias sociaux, une marchande dénonce les mesures de confinement préconisés par le chef de l’État/le chef de son gouvernement, peu après le recensement du premier cas de personne infectée. L’intervention de cette marchande dans le micro d’un journaliste dont on ne connait pas l’identité, prend corps dans l’incapacité même de l’appareil d’État à contrôler les corps, mais aussi, dans l’incapacité de l’État à accompagner les décisions de confinement par le biais de mesures sociales et économiques.

Face à ces manques, les gens s’hasardent à sortir pour vivoter, et se donnent une bonne raison pour ne pas respecter le confinement. Ce qui nous stimule à penser que les personnes qui se risquent, et, partent s’occuper de leur petit boulot ne sont pas dépourvues d’une forme de rationalité. Au contraire elles le sont trop. C’est ce que nous nous proposons de démontrer de manière hypothétique, c’est-à-dire, décèler le lieu à partir duquel partent ces comportements aptes à mettre en péril la vie de ces gens.

Dans un temps (T1), nous estimons que la situation de crise sociale, économique et politique que traverse le pays depuis plus de trente ans, s’accumule, se sédimente, et renforce ce contexte de panique, d’incertitude actuel. Ce qui amène les gens à adopter des comportements qu’on peut qualifier de suicidaire. Non pas parce qu’ils n’ont pas conscience des risques en adoptant de tels comportements ; mais, parce que ces personnes inscrivent la panique, l’incertitude, dans une mémoire longue en lieu et place d’une mémoire courte, contextuel et analytique. Or, la mémoire longue est dangereuse (Gilles Deleuze et Félix Guattari, 1980). Car, elle rappelle la constance des crises, elle rappelle les millions de dollars détournés dans l’administration publique, il s’agit d’une mémoire indiquant la lpersistance du mal, que ce mal est fabriqué par l’État décisionnaire non interventionniste.

Dans le court métrage précité, la marchande dit ceci : « Pito m mouri ak kowonaviris la mwen pa mouri grangou / je préfère mourir du Coronavirus que de faim ». Ces propos sont la marque fabrique d’une personne consciente des risques, mais, en même temps qui feint d’être dans le déni, dans le rejet de ces risques. Il pourrait s’agir là de l’éclatement du concept de résilience tant caressé par certains penseurs.

À un autre temps (T2) de notre analyse, nous pensons que l’absence de structures sanitaires, de manque, mais aussi de fuite de notre personnel médical, créent dans l’inconscient collectif ce souci de jongler avec le mal, de s’exposer de plus en plus aux risques, car, l’idée de prises en charge annoncée par le gouvernement nage encore dans le monde des idées de Platon. Car, le véritable mal à combattre confirme son omniprésence dans la gestion de la chose publique.

Cela dit, ces personnes qui ne respectent pas le confinement adoptent des comportements liés à l’inconscient, des comportements qui expliquent que leurs corps ne sont pas contrôler par aucune forme de gouvernementalité. Déjà, les espaces pouvant aider à refouler, individuellement ou collectivement les menaces que représente le Covid-19 sont clos (L’église, l’école, etc.). Donc, ces personnes rejettent la permanence de l’État pompier, du provisoire tel qu’il est développé par le sociologue Ely Thélot(2017), en le dissimulant par un processus langagier et comportemental. D’où les propos de certains internautes : « sanbn te fè ak lajan Petwokaribe a ».

Pour finir, il serait intéressant de rechercher la logique du non-respect du confinement dans l’inconscient collectif et individuel des individus. Car, selon Sigmund Freud, l’inconscient révèle l’existence d’un savoir existant dont on ignore son topos. C’est-à-dire son lieu d’enclenchement (Paul-Laurent Assoum, 2011).

Loobens L.Dorsainvil, finissant en Anthropo-sociologie
l.dorsainvil@gmail.com

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Opinion

Jovenel MOÏSE : Vers un potentiel retour au Duvaliérisme

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Depuis son accession au pouvoir le 07 février 2017, le président Jovenel MOÏSE ne cesse de nous étonner. Il a cette qualité d’attirer l’attention de tout le monde par son discours et ses actes qui sortent de l’ordinaire. Les uns plus bizarres que d’autres.

En écoutant le personnage, l’on se croit en plein XIVe ou XVe siècle. C’est comme si l’on remontait le temps, et tout d’un coup, l’on est en présence d’un roi qui rappelle à ses sujets que son pouvoir est divin.

Ce 08 mars 2020, à l’occasion de la journée Internationale pour le droit des femmes, le président MOÏSE a encore frappé fort par ses déclarations apparemment naïves, mais qui charrient un projet diabolique trouvant ses racines dans la période de dictature des Duvalier.

 “Parmi les 118 circonscriptions, 35 seront dirigées exclusivement par des femmes” a-t-il martelé devant un public qui l’acclamait. Il poursuit en disant, pour respecter le quota de 30% exigé par la loi concernant la présence des femmes dans l’administration publique, cela se fera également au niveau communal et départemental.

Le président MOÏSE traite d’hypocrite ceux qui ne respectent pas le quota de 30%, mais en réalité, il est lui-même le premier des hypocrites. N’a-t-il pas causé plus de torts à la lutte pour le droit des femmes en Ayiti en faisant de telle promesse?

Marier le discours du président à sa personne ou à la période actuelle ne nous permet nullement de déceler le projet qui s’y cache réellement. Ce faisant, nous devons remonter le temps jusqu’à la dictature, plus précisément à l’époque où Papa Doc réduisit la Nation à l’État, et l’État à sa personne.

En effet, François Duvalier a bénéficié du suffrage universel (22 septembre 1957) et du droit de vote des femmes pour mettre en place son régime et instaurer le totalitarisme en empruntant la voie du populisme pour y arriver. À cet égard, le suffrage universel ouvrira la voie à l’organisation des dionysiaques plébiscitaires.

En d’autres thèmes, l’organisation d’un soit disant scrutin, se fait en dehors des normes et des principes que requiert un processus électoral. Il suffit de faire le rapport entre le populisme et le totalitarisme pour comprendre la réjouissance de Jovenel Moise concernant l’amputation quasi-complète du pouvoir législatif. Une réjouissance qui l’a poussé à minuit deux à déclarer la caducité du Parlement haïtien. D’ailleurs, le chef de l’État n’a cessé de tenir que le parlement, malgré la majorité de son parti, et l’opposition l’empêchaient de réaliser ses projets.

Situation favorable à Jovenel Moise pour exercer son plein pouvoir, sans aucun contrôle des parlementaires. Toutefois, un plein pouvoir limité par les puissances impérialistes, mais qui pourraient l’aider à mettre en œuvre une « nouvelle loi électorale », comme il l’a annoncé.

Sachant qu’il n’y a pas de parlement, s’agit-il vraiment d’une loi électorale, ou d’un décret électoral ?  

Depuis l’arrivée des “Tèt kale” au pouvoir, les crises que connaissent le pays ne cessent d’augmenter. Mais le véritable enjeu est que la prétention qu’a Jovenel MOÏSE d’adapter le pouvoir à la crise.

Les institutions sont détruites, tel le parlement n’existe plus, il veut changer ou imposer une nouvelle constitution et le banditisme, le kidnapping ou l’insécurité en générale deviennent la norme. En effet, la mise en place de la dictature des Duvalier a suivi cette même voie, celle de la formulation de la crise où ce qui faisait du tort à la société devenait norme.

Michel-Rolph Trouillot(1986) a formulé la thèse selon laquelle l’État duvaliérien peut se reproduire sans Duvalier. Ainsi nous dit-il : « le départ de Jean-Claude Duvalier crée seulement les conditions d’un débat plus ouvert sur les maux de ce pays. Et dans l’absence de ce débat, nous ferons face, une fois de plus à un État totalitaire, ou pire, à une guerre civile, et/ou à une nouvelle occupation par les États-Unis du Nord ». Jusque-là, nous avons connu deux occupations post 1986, l’une en 1994 et l’autre en 2004.

Depuis le départ de Jean-Claude Duvalier, nombreux sont ceux qui ont tenté de rétablir la dictature au pays, mais aujourd’hui, nous avons la sensation que Jovenel MOÏSE en particulier et le régime “Tèt kale” en général, veulent à tout prix y parvenir. D’abord, les “Tèt kale” qui se réclament de « bandit légal » créent en dehors de la loi et de l’absence totale d’un débat dans l’espace public une pseudo Force Armée qui, selon les analyses, se met aveuglement au service de ce régime ayant participé à détourner de fortes sommes d’argent dans l’administration.

En normalisant ce qui est anormal, Jovenel MOÏSE est en train de créer les conditions favorables d’une guerre civile. Ainsi rappelons-nous de l’affrontement qui a eu lieu le 23 février 2020, entre la pseudo force armée et les policiers manifestant pour la reconnaissance d’un syndicat au sein de la Police Nationale d’Haïti (PNH). L’on pourrait se dire au rythme que la crise se formalise, la guerre civile est quasi inévitable.

En effet, les “Tèt kale” vont profiter du vide institutionnel pour créer une nouvelle loi électorale (décret électoral conviendrait mieux) faite sur mesure et organiser de manière hâtive des élections, ou plutôt des sélections, comme ce fut le cas dans l’histoire d’Haïti en matière d’élections, sauf quelques exceptions. C’est à ce moment que nous devons nous préparer à empêcher qu’une catastrophe plonge le pays encore plus bas dans l’abîme.

Dans ces bizarreries, ce 08 mars 2020, le président a dit que ceux qui prendront les armes pour gagner les prochaines élections qu’il aura à organiser, doivent se considérer déjà comme étant des perdants. Mais ces propos ne peuvent-ils pas portés à équivoques ? Et si le président voulait nous dire au contraire en matière d’arme, il n’a point d’égale. Et que ceux qui voudraient le contrecarrer aux prochaines élections seront écrasés comme des vulgaires moustiques. Espérons que ces propos ne veulent aucunement traduire une telle idée.

Jovenel MOÏSE n’est qu’un président de doublure qui a les responsabilités et non le pouvoir. La véritable personne possédant le pouvoir est bien l’ex-président Joseph Michel MARTELLY, sans oublier l’Ambassade américaine en Haïti. Le président MOÏSE n’assure que la transition en vue de préparer le retour au pouvoir de MARTELLY. Les “Tèt kale” parviendront-ils à obtenir ce qu’ils veulent ? Rien n’est encore décidé, car l’histoire est dynamique et la lutte populaire imprévisible. Tout peut changer.

Nelcinio LAURENT

Auteur/Journaliste/Blogger

nelciniolaurent@gmail.com

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