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Opinion

Haïti transition: QUI REMPORTERA LA MISE ?

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Le projet accouché au forceps le week-end dernier par « l’Alternative consensuelle » est-elle conforme à la constitution ? L’opposition n’est-elle pas en train de réinventer la roue en proposant l’organisation d’une « conférence nationale » et l’élaboration d’une « réforme constitutionnelle » ? Et qui aura la plus grosse part dans cette âpre lutte pour le pouvoir ? Voici trois sujets qui méritent d’être scrupuleusement étudiés.

Depuis des mois, des manifestations de rue occupent le devant de la scène politique et le mot d’ordre est le départ du Président Jovenel Moïse avant la fin de son mandat constitutionnel de cinq ans. Sous l’obédience de la « Passerelle », l’opposition, de son côté, tente de chercher une formule consensuelle pour contraindre le locataire du palais national à abandonner le pouvoir, comme s’il y avait une vacance présidentielle, un vide de pouvoir.

L’agitation de nos « chefs de bande » défie le bon sens. Est-ce de l’ignorance ou de la haine qui anime nos hommes politiques et qui les conduit à la bêtise répétitive ?

Un secteur de l’opposition propose de se tourner vers la Cour de Cassation pour remplacer l’actuel Président encore en fonction. Cette solution préconisée aura des conséquences tant sur le plan juridique que politique. Toute action politique doit avoir une cohésion ou une logique interne. On ne renverse pas un Président par consensus : on l’évacue soit par le vote des citoyens, soit par la force. Quels moyens forts dont dispose l’opposition pour évincer le chef de l’État ? À quel exercice se livre l’opposition : est-il de nature démocratique ou révolutionnaire ?

En droit constitutionnel, et surtout dans un État de droit constitutionnel démocratique, les détenteurs du pouvoir décident par délégation du peuple. Une fraction du peuple ne peut pas se poser comme peuple en extorquant la souveraineté nationale. Nous appartenons à une république dont la forme repose sur l’égalité des droits civils et politiques pour tous. Si nous avons les mêmes droits, il me semble que nous n’ayons pas les mêmes chances d’en faire usage. Il ne faut pas qu’au sein de cette table de concertation, l’égalité des droits se réduise au droit de quelques-uns.

Somme toute, le pouvoir du citoyen ou la souveraineté du peuple s’épuise dans le choix démocratique de ses représentants. (Articles 58 et 59 de la Constitution). C’est à la Constitution qu’il revient de donner un cadre juste du pouvoir. La solution à laquelle nous recourons nous ouvre une voie sans retour.

Deux points de trop

Au niveau des élites politiques et économiques, sans que l’on puisse parler d’échec, l’unité nationale autour d’un projet commun n’est pas aussi facile à réaliser comme certains le croient. Deux grands points du programme de la transition – la conférence nationale et la réforme constitutionnelle – mériteraient d’être analysés.

L’idée de la réalisation d’une conférence nationale pour refonder la nation n’est pas l’approche à privilégier. Une conférence nationale nous projette un futur imprécis, chargé de virtualités douteuses quant à l’avenir des recommandations qui y seront adoptées. Elle est une illusion du passé qui n’habite que les esprits en retard. Notre monde globalisé vit au rythme de la démocratie, du multilatéralisme et du libéralisme triomphant. Notre monde, on le répète, est celui de la démocratie, de l’État de droit, de la bonne gouvernance et des droits de l’homme. Ces concepts forment aujourd’hui ce que nous appelons l’idéologie dominante. La société haïtienne, comme toute société humaine aspirant à la modernité, ne peut fonctionner en dehors de cette réalité globale.

Le projet de conférence nationale souveraine apparaît comme une réponse facile d’élites en panne d’inspiration face à des problèmes complexes. La mondialisation nous place devant des choix difficiles. Il se révèle donc impossible de gouverner aujourd’hui sans recourir au savoir, à la technologie et au savoir-faire, conditions indispensables à la transformation du monde.

Le savoir est d’abord culturel. Il proclame la post – modernité, en réaction à la pensée moderne occidentale ayant dominé le monde pendant des siècles. Aujourd’hui la question qui est posée aux intellectuels haïtiens est la suivante : en quoi la dimension culturelle du savoir nous permettrait -elle de construire un savoir et un savoir-faire haïtiens déliés de toute domination pour répondre aux besoins du développement d’ Haïti, tout en assumant notre appartenance au monde globalisé ?

En ce qui concerne la réforme constitutionnelle, est-elle la réforme de l’État ? Parler de réforme constitutionnelle revient d’abord à se demander quelle est la meilleure constitution pour Haïti, c’est-à-dire par quelle disposition, quelle organisation, quelle structure du pouvoir d’État, les buts de l’État peuvent être le plus sûrement atteints ?

Je l’ai souligné à maintes fois que le pays n’a pas un problème de lois et de constitution. Celles qui se révèlent les meilleures dans notre arsenal juridique et constitutionnel n’ont jamais été appliquées dans le sens du renforcement de la démocratie, de l’État de droit et de la bonne gouvernance. L’application de la Constitution ne dépend pas seulement de sa valeur juridique, politique et idéologique, donc de sa valeur intrinsèque, mais de la volonté des gouvernants et des gouvernés de la respecter. L’obéissance à la loi est d’abord une question d’éducation. Pour appliquer la loi, il faut apprendre à vouloir la loi et à l’aimer.

L’homme n’est ce qu’il doit être que par l’éducation, par l’entraînement. L’animal termine bien vite sa formation. L’homme ne bénéficie pas ce bienfait de la nature. Il faut mettre les élites haïtiennes à l’école de la démocratie et à l’école tout court.

La dyarchie installée au sein du Pouvoir exécutif n’a pas diminué l’institution présidentielle. Au contraire, la Constitution de 1987 accorde de réels pouvoirs au Président de la République. L’article 136 de la Constitution, qui est une sorte de dérogation au principe de la séparation des pouvoirs, hisse le Chef de l’État au rang d’arbitre neutre des conflits et des contradictions pouvant surgir dans le fonctionnement régulier des pouvoirs de l’État. Le Président de la République, l’élu du peuple, a de réels pouvoirs, ce qui est important, c’est de savoir « comment les exercer », comme disait feu Leslie Manigat.

En dernière analyse, on peut dire que la Constitution de 1987 accouche un régime politique dans lequel les pouvoirs doivent faire preuve de modération et acceptent l’existence des contre-pouvoirs. La dictature ne peut venir que de l’exécutif. C’est pourquoi les peuples ont mis plusieurs siècles à réduire l’arbitraire du détenteur de ce pouvoir par la construction de l’État de droit. La Constitution de 1987 était venue résoudre un problème : la crainte d’un retour de l’autoritarisme présidentiel.

Le déséquilibre créé au profit du pouvoir législatif est la preuve de la rationalité du régime politique haïtien. Il n’y a pas de loi sans raison. Il y a toujours une raison à la loi. On n’élabore pas une Constitution dans un vide factuel. Toute loi vient pour résoudre un problème. La raison de la Constitution de 1987 est historique et politique. Sur ce point, elle a accompli son travail historique. La méconnaissance de l’histoire est un obstacle à la connaissance du droit et à la connaissance tout court.

En opposition à ces idées un peu boiteuses, ma compréhension du problème est que les élites haïtiennes entretiennent un rapport difficile au droit et à la loi. De ce fait, elles se révèlent incapables d’évoluer dans une société haïtienne moderne dominée par les principes de l’État de droit, de la bonne gouvernance et de la démocratie. En ce sens, ne faut-il pas regarder du côté des générations plus jeunes, des citoyens plus responsables, modernes, mieux formés et informés ? Pour ces jeunes, férus d’Internet et de technologies modernes, la fin du système n’est-elle pas la fin de la domination de la classe dirigeante, opposition et pouvoir confondus ? Qui sont les partants et quels sont les nouveaux arrivants ?

Il ne fait l’ombre de doute que la population donne une certaine forme de soutien à l’opposition mais rejette du même coup ses méthodes violentes. Quelle issue reste-t-il au peuple ? Dispose-t-il d’une réelle avant-garde? Les contradictions sont multiples. L’absence d’une voix forte, rassurante et légitime est fortement regrettable, pour ne pas dire inquiétante. Nous sommes devant la complexité des problèmes posés par un possible départ du Président Jovenel Moise et son remplacement par un juge à la Cour de Cassation. L’entente apparaît difficile parce que la cupidité des uns et des autres au sein de cette opposition les empêche de trouver la formule consensuelle pour arriver à ce partage de pouvoir hors de l’onction populaire.

Le partage du gâteau


Qui aura la plus grande portion du gâteau ? Assurément « L’Alternative consensuelle ». Cette entité fractionnelle de l’opposition réclame la plus grande part du pouvoir parce qu’elle estime que son niveau d’engagement sur le terrain est plus fort que les autres. Elle fait valoir à ses concurrents qu’elle compte beaucoup de victimes dans ce combat engagé contre le pouvoir en place il y a plus d’une année. Par son rôle d’avant-gardiste, l’Alternative se considère comme la plus grande force politique actuelle. En conséquence, elle ne saurait se mesurer à l’aune des autres, ni avoir le même niveau de responsabilité dans la nouvelle gouvernance publique qui sera instaurée à la tête du pays après le départ du Président Jovenel Moïse. Prenant le contre pied de de la déclaration de l’aile dure de l’opposition, Madame Edmonde Supplice Beauzile a rétorqué si le nombre de morts était devenu un indicateur de pouvoir, d’engagement ou de manifestation de puissance ?

Quoiqu’il en soit, un problème subsiste de part et d’autre. Mais la question est celle-ci : que faudrait-il pour avoir le pouvoir, la force politique et la légitimité pour négocier une part importante du pouvoir ? La déclaration de l’Alternative consensuelle est un message codé dans la langue des prix. Le mort est le prix de la légitimité sur le marché politique. Ce marché qui, pour l’heure, prend le pas sur la vie. Qu’auront donc ces morts déclarés après leur mort organisée dans cette bataille politique ? Avaient-ils été tout simplement liquidés sur l’autel des prix du marché libre de la politique concurrentielle des autres ?

La Cheffe de la Fusion des sociaux-démocrates devrait-elle reconsidérer ses méthodes de combat pour mobiliser les sentiments et les engagements pour avoir plus d’efficacité dans la bataille politique ou se tenir à sa force de conviction ? Une politique contre la vie et l’intérêt humain est-ce vraiment ce qu’il nous faut ? La politique en Haïti chez nous se limite-t-elle seulement à garantir un environnement social et économique à haut risque ? En politique, il y a toujours des intérêts personnels mais il ne faut que ceux-ci deviennent égoïstes et mesquins, a-t-elle insisté.

L’espoir s’effrite avec la politique de la corde raide. Dans le secteur de l’opposition, les violons ne s’accordent pas. Ces tiraillements internes ne servent-ils pas le pouvoir qui ne peut que les entretenir à son profit ? Chacun se croit le seul détenteur de la vérité qu’il cherche à monopoliser à son seul et unique profit. Voilà pourquoi rien ne garantit que la proposition commune que « l’opposition plurielle » vient d’accoucher, tiendra la route. Il me semble que chacun se replie dans son état chronique d’hyper-conscience de son moi et dans une subjectivité ne jouissant plus que d’elle-même. Tout se passe comme si nous serions entrés dans une nouvelle barbarie de la réflexion politique ?

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Opinion

La mort de l’esprit : les élites haïtiennes sont-elles frappées de caducité ?

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En guise de réponse à Lionel Trouillot, un immense intellectuel, un modèle de qualité et d’excellence

Le bonheur du peuple, dans une société haïtienne réconciliée avec elle-même, devrait passer par un État qui fonde sa raison d’être sur l’expression de l’intérêt général.

Mais pourquoi reste-t-on insensible à la détresse populaire ? Et l’on en devine bien la raison : c’est la mort de l’Esprit. C’est déjà une difficulté de parler de progrès si le peuple n’a pas conscience de ce qu’il est et s’il s’écarte de la raison. Les élites dans une société a des responsabilités, celles d’élever la nation vers des buts supérieurs. « La vocation de l’élite » dont parlait Price Mars au siècle dernier ne doit pas être de vaines paroles en 2019.

À cet égard, j’attire l’attention sur le manque de sincérité dans le discours politique en Haïti. Tout le monde essaie de tromper tout le monde. Il ne peut être seulement question de démontrer l’excès d’immoralité dans le discours politique mais de discerner la vérité et de quel côté elle se trouve. On dit qu’on est pour l’ouverture tandis qu’on organise la fermeture. On affirme qu’on est pour la démocratie, en même temps on se livre à des actions autoritaires et totalitaires. On prétend vouloir combattre la corruption alors qu’elle est partout. On ne pourra pas résoudre ce problème d’insincérité en politique sans la rééducation et la reconversion des élites haïtiennes.

Cette crise a montré combien nos hommes politiques sont passés maîtres dans l’art de manipuler la conscience populaire. Nous sommes contre le libéralisme et l’ouverture des marchés alors que nous avons liquidé les entreprises publiques haïtiennes au nom du néolibéralisme triomphant. Nous défendons le peuple et en même temps nous multiplions par milliers les laissés-pour-compte par nos décisions économiques injustes. Nous exigeons le changement, comme si nous n’avons aucune responsabilité dans la débâcle actuelle, a commenté Valéry Numa.

Nous sommes très étranges dans notre manière de dire, de faire et de concevoir la politique chez nous. Quand le bateau du système coule, chacun a ses bourgeois, ses nantis, ses oligarques, ses corrompus, ses bandits à protéger. On n’est pas contre le mal mais on veut seulement en profiter. On est corrompu ou on ne l’est pas, ça dépend du camp où l’on se retrouve pour l’instant

Dans cette société, tout passe et on ne sanctionne pas. On pille l’État après on passe à l’opposition. J’apprends beaucoup de nos crises, de nos déboires, de notre imagination fertile à tromper la réalité. L’opposition est un purgatoire, un lieu où l’on efface les fraudes, les vols et les corruptions de nos gouvernants d’hier. Passer à l’opposition est une façon de se faire oublier, ou pour ne pas à rendre des comptes de sa gestion à la nation. Dans ce pays, faites-vous opposants et tout ira bien. Car le peuple, par crainte d’un retour au totalitarisme et par manque de confiance dans toute autorité constituée, vilipende toujours le pouvoir mais fait toujours grâce aux opposants. Tout le monde cherche la bonne grâce du peuple ou s’en réclame. Une fraction du peuple est toujours le peuple au nom duquel tout se règle et tout se fait. Dans ces conditions, il est difficile pour que le peuple connaisse le beau, le vrai, la qualité et l’excellence. C’est avec les naïfs qu’on construit les montres et les renouvelle au pouvoir, comme si, en dehors d’eux, il n’y avait pas d’alternative. C’est ainsi que la politique haïtienne se joue, avec des monstres recyclés. Le peuple, dans son innocence et sa méconnaissance de l’histoire, construit ses propres monstres. Il ne peut que renouveler le pire parce qu’on l’infantilise pour qu’il n’atteigne pas le stade de la raison. L’esprit du peuple n’est pas actif. On lui raconte tout et il gobe tout. C’est cette reconduction sans fin – cette terrible répétition – des dirigeants corrompus qui autorise les étrangers à déclarer que la nation haïtienne est maudite.

Le diagnostic est biaisé. La terre d’Haïti n’est pas maudite. Nous sommes dans une situation de caducité de l’Esprit du peuple. Cette mort naturelle de l’Esprit du peuple se manifeste par la nullité politique. Le peuple haïtien continue son existence, sans vie, sans esprit.

Ceci vient de ce que la nation haïtienne a une élite irresponsable. Le peuple haïtien ne peut devenir fort avec cette élite qui n’est que nullité politique et ne l’éclaire pas. Par cette mort spirituelle, nous sommes devenus province dominicaine, arrière-cour des États-Unis d’Amérique, les parias du monde civilisé.

C’est bien vrai que nous sommes en train de dépérir dans la corruption et la médiocrité. Si le peuple périt dans la corruption, il nous reste qu’à espérer renaîtra par l’esprit parce qu’on lui cherche une assomption, une rédemption dans un Esprit supérieur.

Chaque époque a son Esprit. Le système a atteint sa limite historique, tout comme l’Esprit l’ayant animé, arrive lui aussi à sa caducité. Il faut l’idée et la détermination pour faire naître une plus haute Idée de l’Esprit. Aussi devons-nous rompre et réconcilier avec la caducité et proposer provisoirement quelque chose capable de tempérer les appétits qui se déchaînent. Les élites cherchent leur pain mais qui prend soin du peuple et de la patrie ?

Comment expliquer la délocalisation de deux grands pouvoirs pour cause d’insécurité au bas de la ville? Comment priver des citoyens qui y habitent de sécurité ? Comment ne pas reconnaître l’humanité de ces gens ? C’est comme si on admettait que ceux-ci ne sont pas des humains.

Quelle est donc la raison d’être de ces pouvoirs ? Quel impact cette délocalisation apportera en termes de résultats, d’efficacité, de performance et de rendement dans le travail parlementaire ? Comment continuer à payer des parlementaires qui ne sont pas utiles à la République ? Pourquoi les juges continuent-ils à recevoir leur salaire pendant que la justice en tant que service public n’est pas rendue ?

Dans le combat politique, il y a une dimension éthique. La politique, pour atteindre ses buts ultimes, ne peut pas se passer des vertus. Ceci est fondamental. Un peuple qui n’est pas vertueux ne peut espérer avoir des dirigeants avec un comportement éthique.

Cette crise est le fait de l’irresponsabilité des élites dirigeantes. La responsabilité est la destination absolue de l’homme. Celle-ci lui permet de faire la différence entre ce qui est bien et ce qui est mal. Seul l’animal est irresponsable. Quand on renonce à sa responsabilité, on devient bête.
À gauche comme à droite, c’est l’irresponsabilité, mais à partir de quoi il ne faut point désespérer ?

Délégitimé par plus d’un, miné par une crise sociale et économique sans précédent, le président Jovenel Moïse tient ferme à la barre et s’accroche à la légalité constitutionnelle selon laquelle il doit arriver au terme de son mandat de cinq ans. Comment a-t-il pu résister jusqu’à présent à tous ces assauts ? La faiblesse morale de l’opposition serait-elle sa force ? Quelle heureuse fatalité de la création !

De cette crise, aucune figure politique n’émerge. Au bout du compte, cette crise nous amène à une crise de la vérité. Une crise sur la manière de sortir de la crise. Qui a la solution à cette crise ? À qui revient donc la légitimité de trancher ?

Les patriotes haïtiens doivent anticiper les événements pour ne pas perdre le contrôle de l’avenir. La possibilité d’un dialogue inter haïtien pour mettre fin à la crise est difficile. Les Haïtiens n’ont pas la pratique des échanges libres. Dans le comportement de l’Haïtien, on retrouve deux sentiments forts : la jalousie et le rejet systématique de l’autre. En ce sens, la culture du refus rend difficile toute solution humaine, c’est-à-dire négociée, à la crise actuelle. Les jusqu’au-boutistes qui sont au pouvoir comme dans l’opposition ne mesurent pas la dimension humaine de la crise. Leur ignorance du mal et la méconnaissance du bien nous dirigent tout droit vers notre perte.

Dans cette course vers la fin, il y a certains droits qui sont bafoués, comme celui de circuler librement. Le citoyen ne peut pas quitter son espace pour se procurer ce qui est nécessaire à ses besoins. C’est notre liberté qui est menacée. Car personne n’a le droit de disposer ainsi d’une autre personne et de contrôler ses possibilités d’action au point que celle-ci soit dépendante et se voit privée d’une part essentielle de sa liberté.

Les forces de sécurité qui enlèvent les barricades obstruant le passage des citoyens ne prennent pas position en faveur d’un camp. Elles favorisent simplement l’application d’un principe de l’État de droit qui est celui de l’égale jouissance des droits des citoyens.

Lorsque l’anarchie se substitue à l’ordre, tous les scénarios sont possibles dans la conjoncture actuelle. Il est un fait que les forces publiques ne rassurent pas les citoyens. Des groupes armés capturant le territoire défient la police. L’État réel ne demande pas aux citoyens d’accepter l’ordre, il doit être accepté. En cas de résistance, on l’impose par la contrainte, c’est classique. La fonction du maintien de l’ordre public et de la sécurité intérieure est liée à l’existence même de l’État. Sinon, celui-ci perd le monopole de la violence légitime.

Cette débâcle est rendue possible parce que l’union entre l’État et le citoyen s’est effritée. Cette absence rend impossible toute action consciente de l’État. L’ordre républicain est sur le point d’être renversé. Le processus démocratique encadré par l’international depuis des années est interrompu avec le non renouvellement à temps du personnel politique. Les institutions républicaines sont carrément disloquées sous le poids de l’insécurité. L’État d’Haïti est effondré sous le regard – indifférent ou complice ? – des Nations-Unies dont la mission principale était pourtant d’assurer un environnement politique sûr et stable dans le pays. La réalité ne peut pas être dopée, car après avoir dépensé tant d’argent pour un bilan aussi désastreux, comment pourraient-elles admettre aujourd’hui, au nom de la démocratie, l’établissement d’un gouvernement en dehors des normes démocratiques, donc du suffrage universel ?

Cette communauté internationale n’est-elle pas aussi dos au mur ? Quel a été son véritable projet pour Haïti ? Les Haïtiens vont découvrir très tard que derrière chaque projet, il y a un mensonge et derrière chaque mensonge, il y a un projet macabre.

Du côté de l’international, l’échec est total et sans appel. Cet échec est toutefois partagé entre le pouvoir et la communauté internationale. C’est un bilan particulièrement insignifiant. Décevant. C’est un désaveu total qui, à mon avis, devrait inviter l’International à revoir sa stratégie en Haïti. Sa crédibilité est mise à rude épreuve. La déclaration de l’ancien envoyé des Nations Unies en Haïti, Edmond Mulet, selon laquelle il faudrait envisager une autre force militaire en Haïti peut être considérée comme un aveu d’échec de toutes les missions onusiennes dépêchées chez nous ces dernières années.

Sur le terrain, chaque jour, on se rend à l’évidence que le gouvernement éprouve toutes les difficultés à contrôler les espaces territoriaux de l’État malgré les annonces faites dans le sens du rétablissement de la paix.

L’opposition ne contrôle ni la rue ni les événements, encore moins le pouvoir. C’est la catastrophe qui nous guette. Deux occupations étrangères en dix ans, trois en moins d’un siècle, c’est plus qu’un désastre national. Laisser à d’autres le soin de remplir nos tâches nationales, celles qui reviennent aux élites de ce pays, c’est plus que de la déchéance : c’est la dégénérescence, la disgrâce, le déshonneur.

Le pourrissement de la situation oblige les acteurs politiques à mettre fin aux passions, aux émotions, à la déraison et surtout à l’orgueil. Aucune des parties en présence n’a les moyens de réaliser ses objectifs politiques. Ce constat suffit pour les convaincre de composer l’une avec l’autre pour que cessent la destruction des biens publics et privés, les tueries derrière les barricades enflammées érigées en embuscades, véritables tombeaux de policiers et de paisibles citoyens en quête du pain quotidien.

C’est la mort partout, celle des consciences, de l’esprit et du patriotisme. Cette odeur de mort et de corruption qui se diffuse dans tous les coins et recoins de notre société, ne date pas d’aujourd’hui. Mais il se trouve qu’aujourd’hui, les nouveaux morts se mêlant aux ossements d’anciens effacés de notre mémoire, répandent une odeur nauséabonde qui nous prend à la gorge. Mais nous avons encore cette éternelle soif de vivre. Sans qu’on le dise, il existe dans notre société un état de barbarie et de sauvagerie que notre Esprit ne saurait accepter. On la voit dans la brutalité des actes de violence qui peuplent notre quotidien. Nous sommes devenus de grands producteurs de morts pour la consommation locale – et l’étranger n’a de cesse de le rappeler à bout de reportages – parce que la mort de l’Esprit dans la cité nous empêche de penser l’humanité et de nous élever aux sentiments supérieurs. Notre animalité, c’est la passion du pouvoir et l’amour de l’argent, véritables obstacles à l’évolution de la vie du citoyen vers une forme supérieure.

Dans un État dominé par les lois, la citoyenneté n’a de signification que si elle permet d’exercer des droits. Le mépris du citoyen et de son bien-être collectif ne date pas d’hier. Mais on a l’impression qu’aujourd’hui, l’éthique et la responsabilité de l’État se sont évanouies.

Qu’est-ce qui relie le citoyen à l’État ? Le pays n’a pas de gouvernement légitime et fonctionnel depuis la démission du Premier Ministre Jean-Henri Céant à cause d’une crise politique qui ne fait qu’empirer jour après jour. Le Chef de l’État à qui la constitution octroie le rôle de garantir le bon fonctionnement des institutions, a toutes les peines du monde pour former un gouvernement, comme le réclame la communauté internationale, faute de trouver un consensus avec les différents secteurs de la population contestant son pouvoir. Face à l’érosion de sa légitimité, le Président est dans l’obligation de trouver une formule politique inclusive qui lui permettra de gouverner le pays dans le calme et la sérénité, conditions indispensables pour remettre le pays au travail.

Nous sommes dans une communauté d’existence, c’ est-à-dire, la recherche du bien-être collectif ne dépend pas seulement d’un individu ou d’un groupe de citoyens. La recherche de solutions à nos problèmes individuels et collectifs ne sera pas seulement l’œuvre du Président de la République. L’opposition politique doit en raison de cela évoluer en maturité et changer de tactique. Elle doit nous offrir une direction précise et claire à sa démarche. Soit, par une logique de force, elle renverse l’ordre républicain établi, soit elle accepte démocratiquement d’avoir des échanges libres avec le Président de la République. L’accord de Marriott a été un échec politique et n’a résolu aucun problème. Le temps passe et les problèmes restent entiers. Il faut dialoguer, notre monde est celui de la démocratie et de l’état de droit. Pourquoi veut-on rendre caduques les institutions de la démocratie et de l’État de droit et organiser une conférence nationale souveraine ? C’est quoi une conférence nationale souveraine ?

La démocratie se définit comme le traitement des conflits. Ceux-ci ne disparaîtront jamais dans une société. Ils naissent, grandissent, disparaissent et réapparaissent. Dans une société démocratique, les conflits ne peuvent être résolus que par le dialogue. Il n’ y a pas d’autre voie. Il faut cesser de gaspiller le temps dans des activités improductives. Ce que fait un individu est toujours conforme au sentiment habitant en lui.

Comment désigner un juge de la Cour de cassation pour remplacer un Président en exercice, sans obtenir la démission volontaire ou forcée de celui-ci ? L’article 173 de la Constitution précise que la gouvernance du pouvoir judiciaire est assurée par les cours et les tribunaux. Comment de simples individus peuvent-ils passer en entrevue les membres d’un pouvoir de l’État ? Où est passé l’honneur des juges ?

En fonction de quoi cette Commission spéciale décidera que tel juge avait été “bien nommé”, tel autre, non ? Qu’en adviendra-t-il des arrêts que ces juges “mal nommés” avaient pris ?
Quel est l’état d’esprit de nos juges ? Dans quel état d’esprit seront-ils lorsqu’ils soumettront leurs dossiers devant la Commission spéciale aux fins d’examen ?

Avec cet examen imposé et accepté, le pouvoir judiciaire se trouvera dans une sorte d’aliénation. “L’Esprit n’est que ce qu’il fait, et il se fait ce qu’il est en soi”, pour répéter Hegel dans son ouvrage “La raison dans l’histoire”. Cette régression de l’Esprit traduit aussi celle de l’individu. Le pouvoir judiciaire est en déchéance parce que les juges sont aussi frappés de déchéance et de caducité. Nous sommes dans une situation de régression à tous les niveaux. Nous évoluons dans une régression de l’Esprit qui traduit une détermination du négatif.

De même, comment choisir un Premier Ministre en l’absence d’un Parlement fonctionnel ? Le poste de Premier Ministre traîne derrière lui une logique constitutionnelle et institutionnelle. Comment peut-on créer une instance autre que le Parlement pour contrôler l’action du gouvernement ? La Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif reconnaîtra-t-elle cette instance de contrôle et à partir de quelle loi ? Il faut avoir à l’esprit que cette Cour est un organe technique de contrôle placé sous la dépendance du Parlement. C’est le bras technique du parlement dans sa mission de contrôle

La gestion de l’État ne va pas sans le principe de la reddition de comptes. Doter l’administration publique d’un Premier Ministre en absence d’un Parlement est un malentendu juridique. Qui donnera décharge aux ministres de la transition ? Que fait-on de la souveraineté nationale ?

Dans un État de droit démocratique fonctionnant sous l’empire d’une constitution, les partis politiques concourent au suffrage universel. En démocratie, quand il y a un problème, c’est au peuple qu’il faut s’adresser pour trancher. On ne peut pas confisquer la volonté populaire. L’article 58 de la constitution indique que la souveraineté du peuple réside dans l’universalité des citoyens.
Une entente des partis politiques ou des groupes de citoyens, aussi représentatifs qu’ils soient, ne saurait remettre en question ni soustraire cette souveraineté nationale.

Je pense qu’à la base cette entente, il n’ y avait aucune réflexion politique et intellectuelle. Cette mésaventure politique traduit tout simplement une grande fatigue de la classe politique haïtienne. En effet, dans l’état actuel des choses, il n’y a aucune chance pour que cet accord produise des fruits. La cohabitation politique me semble être la formule la plus plausible à envisager dans le cadre de la résolution de cette crise. Il faut cohabiter avec le Président Jovenel Moise contre lui pour le bien de la nation. La cohabitation ne mettra pas tout de suite fin au système actuel mais elle permettra au pays de sortir de sa torpeur.

Le pays souffre terriblement à cause des effets désastreux de la crise. Les politiques doivent montrer qu’ils ont la hauteur de leurs ambitions, car la solution risque risque de leur échapper totalement. Devant la faillite nationale, la force réelle sur le terrain est ni plus ni moins celle de la communauté internationale qui contrôle tout. De cette faiblesse originelle face à l’étranger, on n’est pas toujours en mesure de défendre l’intérêt national. Dans cette déchéance organisée et entretenue, l’Esprit nous commande de replier afin de pouvoir cerner dans le contexte international un nouveau futur pour nos populations locales.

Dans cette mort de l’Esprit, le peuple veut reprendre la vie de l’Idée, celle du bien, de l’existence conforme à vie supérieure. Le pays n’est ni à gauche ni à droite. Dans les contestations populaires actuelles, il y a quelque chose de positif à retenir : le peuple proclame la caducité du système, parce qu’il tient le changement pour la seule chose la plus importante. Le peuple exige la mise en place d’un système de gouvernance qui prend en compte ses intérêts. C’est pourquoi le système actuel est déclaré caduc.

Dans la caducité, il y a la mort et l’évolution de l’Esprit. La Mort de l’Esprit est le point de départ de l’évolution et de la renaissance. Sans une renaissance spirituelle, nous risquons de passer à coté de la vérité que nous cherchons tous ensemble. Dans l’Esprit, chacun poursuit sa fin et c’est en tenant compte de la fin de chaque individu qu’il nous faut raisonnablement construire une humanité plurielle, objectivement universelle, où la vie de chaque citoyen serait conforme aux principes de l’Esprit, donc de la loi. Et la violence déchaînée et arbitraire des individus n’aurait donc plus sa raison d’être.

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L’Accord de Marriott : le jeu force à raisonner

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Quelques jours après la signature de l’Accord de Marriott, les opposants au régime du Président Jovenel Moïse ont institué une Commission Technique Spéciale chargée de rédiger les critères de sélection et de procéder au choix des juges de la Cour de Cassation et de personnalités politiques qui doivent assurer respectivement la présidence de la République et la Primature pendant la période de transition. Selon cette démarche, le Premier Ministre sortira au sein de l’opposition active, c’est-à-dire dans ce choix, la préséance est accordée à l’opposition institutionnelle en fin de mandat à l’Alternative consensuelle pour la refondation d’Haïti, une nébuleuse n’ayant pas d’existence légale.


Dans cette perspective, il est prévu aussi un organe de contrôle qui sera institué dont la mission est de contrôler l’action gouvernementale. Est-ce une manœuvre pour des gains politiques ou un combat pour l’amélioration des conditions d’existence des Haïtiens ? Cette lutte doit-elle mettre uniquement en scène l’opposition et le pouvoir en excluant des milliers de citoyens qui ont signifié leur refus à ce système en décomposition et incapable de résoudre les problèmes fondamentaux du pays?


Présenté comme le triomphe de l’unité des forces politiques haïtiennes et de la société civile, l’Accord de Marriott pose des problèmes quant à sa légitimité, son effectivité et sa légalité constitutionnelle. Qui détient la souveraineté nationale ? Quel est donc le statut du citoyen dans notre République ? Quel est le pouvoir de la Cour de Cassation ? Quel est son rôle ? Ces séries de questions peuvent paraître simples ou compliquées mais comportent de nombreux enjeux.

La Constitution de 1987 dans sa version amendée, ne confère pas de rôle politique à la Cour de cassation. Elle est là pour assurer l’empire de la règle de droit et l’ordre républicain établi. Cet ordre est créé par la Constitution et la législation existantes. Cet ordre établi exige le plus haut respect et toutes les activités doivent contribuer à son maintien. Il s’ensuit que l’ordre établi n’est pas considéré comme quelque chose de suprême; c’est au contraire le changement qui a cet attribut. On peut changer l’ordre existant en fonction du principe de la perfectibilité, de la mutation et de l’évolution mais on ne peut pas renverser un pouvoir par consensus : le changement peut se faire soit par la voie légale, soit par la voie révolutionnaire. Un groupe d’individus peut chercher à se substituer par la violence au gouvernement légitime et à fonder un ordre différent. S’il y parvient, cela signifie que l’ordre ancien cesse d’être efficace et effectif et que le nouveau le devient.
Cela pose le problème de l’effectivité de l’Accord de Marriott. Car cet accord doit répondre dans une mesure si modeste soit-il à l’idée de droit. Et un accord est fait pour être appliqué. Comment un juge à la Cour de cassation, membre d’un pouvoir de l’État, peut-il prétendre se substituer à un Président en exercice, sans parler de coup d’État, de crime contre la Constitution ?
Il me semble que Marriott n’avait pas amené la classe politique haïtienne à raisonner. Les juges ne sont pas candidats à des postes politiques. Ils agissent en qualité d’organe de l’État (art. 173 de la Constitution). Dans leur fonction, ils ne peuvent pas légaliser un fait illicite. La Cour de cassation ne peut que constater la violation des règles constitutionnelles et des lois, et le cas échéant appliquer la sanction. Elle ne peut pas manquer à son rôle de maintien de l’ordre juridique national. Si elle se fixe d’autres attributions qui ne sont pas les siennes, elle faillit. Elle perd sa place au rang des pouvoirs de l’État.


Cette transition politique, si elle est acceptée ou imposée, va se dérouler dans un vide constitutionnel aux effets politiques imprévisibles. L’argumentaire justificateur développé par les promoteurs de cette formule nous renvoie à la tradition historique pour le choix du Président provisoire de la transition. Cette démarche me semble être incohérente au double point juridique et historique au regard de l’articulation institutionnelle proposée : un Président de la République issu de la Cour de cassation et un Premier Ministre sans Parlement.


En remontant dans notre histoire constitutionnelle, une évaluation statistique nous indique que de nos vingt-deux (22) constitutions, nous avons expérimenté plusieurs régimes politiques : de l’empire à la royauté, en passant par la monarchie et les régimes présidentiels dégénérés en présidentialisme pur et dur jusqu’au parlementarisme. Il s’ensuit donc que notre tradition constitutionnelle n’exprime pas une pensée juridique et politique uniforme. Dans nos péripéties politiques, nos constitutions ont été en grande partie des œuvres abstraites de droit public qui ont exprimé des souhaits et des aspirations politiques. L’analyse exégétique de ces différentes constitutions et la comparaison établie entre elles ne suffisent pas pour déceler notre tradition juridique ni fonder la spécificité de l’ordre juridique national. Elles traduisent non seulement un problème de gouvernance mais nuisent à la nécessaire stabilité de l’État. (Mirlande Manigat, Traité de droit constitutionnel haïtien)

Une question se pose : quel est le bien fondé d’un poste de Premier Ministre en absence d’un pouvoir législatif? Autrement dit, peut-on avoir un Chef de gouvernement sans Parlement ?
Sous l’autorité du Premier Ministre, selon la Constitution de 1987, le gouvernement pilote l’action gouvernementale. Le Premier Ministre est choisi par le Président de la République pour mettre en œuvre sa vision de l’État (Art 137 de la constitution). Autour de quoi s’articule la vision du Président provisoire de la transition ? Qu’est-ce que le Chef du gouvernement va mettre en œuvre ?
Le poste de Premier Ministre répond à une logique constitutionnelle et institutionnelle. En effet, le cabinet ministériel constitue la pièce maîtresse de notre régime politique. C’est par lui que s’établit la relation entre le gouvernement et le Parlement. Entre ces deux entités, il existe une collaboration fonctionnelle et sanctionnée. S’il n’y a pas d’instance de contrôle, il ne peut pas y avoir d’action gouvernementale. On ne peut pas forger une instance de contrôle en absence du Parlement. Les parlementaires, représentants élus du peuple, sont les délégués de la souveraineté nationale dont la mission consiste à contrôler l’action du gouvernement dans le but de protéger l’intérêt général.
Quelle réflexion ou quelque intention supérieure se dégage de cette approche ? L’opposition politique propose une démarche enveloppée dans la couleur de l’obscurité du non droit. Le jeu force à réfléchir raisonnablement . Une constitution est une totalité individuelle indivisible et il est également impossible d’en faire l’objet d’une délibération et d’un choix à la carte. Non seulement la Constitution tient à sa logique et sa cohérence et en dépend, mais aussi au caractère même de toute totalité.


Dans une société démocratique, la constitution, le système juridique, les droits civils et politiques sont des forces dans lesquelles le peuple s’unit et se manifeste. Ce sont ces forces à coté d’autres, qui lui donnent une existence spirituelle. Elles ne peuvent pas être livrées à l’arbitraire et à la férocité de quelques individus ou d’un groupe d’individus. Dans une démocratie, les partis politiques ne capturent pas l’État mais concourent à l’expression du suffrage universel. L’étatisation de ces derniers par la loi sur le fonctionnement et le financement des partis politique, les oblige à contribuer à la mise en œuvre des articles 58 et 59 de la Constitution. Cela signifie que dans notre cadre républicain, le pouvoir est légitime, démocratique et constitutionnel.


Ces dispositions constitutionnelles citées ci-dessus reconnaissent au peuple le droit de choisir les gouvernants à tous les niveaux exécutif et législatif. Avec la démarche de Marriott, le peuple est tout simplement phagocyté. Car la citoyenneté n’a de valeur que là où les droits qu’elle donne ont de l’exercice. L’unité de l’opposition à Marriott est-elle le fait du parti unique de l’opposition qui prend sa revanche sur la Constitution et sur la nation?


En effet, la Constitution est la rencontre entre l’État et la nation, un rendez-vous entre les gouvernants et les gouvernés. Tout pouvoir de transition non défini par la Constitution est un divorce entre l’État et le citoyen.


Notre loi mère en ses articles 58 et 59, définit la souveraineté et la mise en œuvre des attributs de cette souveraineté. L’essence de la souveraineté est le peuple dont il est le dépositaire est fractionnée au nom de l’égalité des citoyens. Chacun des citoyens en détient une parcelle : un droit individuel en tant que citoyen et un droit commun comme membre d’une collectivité donnée.
C’est le suffrage universel qui concilie le citoyen avec les détenteurs des pouvoirs de l’État. Le suffrage universel est l’instrument par excellence de la démocratie. Cette émanation populaire confère une certaine légitimité à la gestion étatique.


L’État n’est pas une abstraction ni un monstre qui se dresse devant les citoyens. Il est une matérialité qui prend corps à travers les pouvoirs de l’État, à qui le peuple délègue sa souveraineté en choisissant ses représentant par le suffrage universel. L’État est le lieu de convergence de tous les intérêts où chacun a sa petite place. La capture de l’État par quelques fractions du peuple met le peuple dans une forme non conforme à la raison. Son existence en tant qu’être légal est le fait de la raison. Car la Constitution et la loi ne sont pas le fait du hasard ou du vide mais de la raison même. C’est la Constitution et la législation existantes qui donnent au citoyen sa valeur. Sa réalité spirituelle se trouve dans l’exercice des droits que lui confèrent les lois positives. La démarche qu’on nous propose apparaît comme un renoncement de la raison parce qu’il y a capture de la volonté subjective et universelle.

Nulle réunion partielle de citoyens ne peut s’attribuer de la souveraineté. La conception selon laquelle le peuple est dépositaire de la souveraineté nationale a été aussi notée par les constitutions antérieures, notamment celles de 1806 (art. 12) et 1818 (art. 16).
Y a-t-il dans notre société des hommes, des citoyens ou des groupes d’hommes qui se trouvent à un degré supérieur à d’autres ?


La machination politique de certains secteurs dominants de la société conduit à l’endoctrinement des citoyens contre la Constitution. Elle les fait oublier que la Constitution leur confère des droits. Un État en tant que tel est une fin qui a préséance sur les individus et inspire tous leurs actes. À cette phase, sommes-nous en train de vivre une forme de l’arbitraire individuel ? L’État, la constitution et les lois sont des buts et le citoyen doit se mettre à leur service. Celui-ci s’efface en eux et n’atteint sa fin que dans l’universalité. Donc, la Constitution qui est notre fin, s’impose aux citoyens. C’est en respectant la Constitution, les lois et les institutions qu’elles créent que nous réalisons notre fin collective. La violation de la Constitution nous détourne de cette fin universelle. Les citoyens doivent se sacrifier en vue de la réalisation de cette fin collective. Le collectif, l’universel ou l’intérêt général imposent aux citoyens leur joug.


Cette transition politique telle que conçue, parce qu’elle ne vise pas cette fin, va engendrer une lutte entre l’individualité et l’universalité. Sans la légalité concrète et abstraite du pouvoir, on est dans la violence arbitraire individuelle. Serions-nous en tant que collectivité, obligés de vivre le déchirement intérieur absolu de la non réalisation de cette fin, de subir la souffrance du despotisme individuel ou de résister à l’individualisme politique marchand, tel qu’il nous est permis de constater aujourd’hui dans le jeu politique actuel?

En conclusion, dans les circonstances présentes, dire non à un projet politique marchand ne veut pas dire qu’on s’arrange sur la position du pouvoir. Le pays n’est pas PHTK ni son contraire. La participation démocratique du citoyen dans le débat politique est le critère de l’engagement politique. C’est un début dans la marche vers l’universel. Nos droits politiques de participation nous obligent à prendre un engagement de front pour émanciper notre génération d’un passé refoulé qui souhaiterait exercer sa domination sur l’avenir de notre pays. Un enseignement insuffisant de l’histoire, dit Habermas, équivaut à un refoulement du passé et une de responsabilisation de soi au présent.


En effet, pour combien de temps encore le pays continuera à subir les conséquences des politiques maladroites de nos décideurs ? N’est-il pas temps de faire prendre conscience d’une dialectique du renouveau dans un nouveau paysage politique et intellectuel ?
En politique, on ne réalise pas tout ce qu’on veut. La politique unit, désunit et réunit. Dans la conjoncture actuelle, il faut cohabiter avec Jovenel Moïse contre Jovenel Moïse, c’est-à-dire, à défaut d’un mariage d’amour impossible, il faut envisager de conclure avec lui un mariage de raison désormais possible dans l’intérêt de tous et sans exclusivisme. L’arrivée d’une mission politique de haut niveau déléguée par les Nations-Unies et les États-Unis forcera-t-elle les concepteurs de l’Accord de Marriott à raisonner dans le sens de la cohabitation, ou est-ce que l’opposition va donner une autre direction à sa lutte, en lui enlevant toute armature légale ou constitutionnelle, donc révolutionnaire ?

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Opinion

Que faut – il faire quand les fondements de l’ État sont renversés ?

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Oser penser libre dans un foyer d’ intolérance.

Le mouvement de mobilisation contre le Président Jovenel Moise draine chaque jour des secteurs importants de la société. L e Chef d’ État, peut -il continuer à diriger le pays, s’il est isolé du peuple ?

Comment expliquer que tant de secteurs importants de la vie nationale lui tournent le dos en si peu de temps ?

Le pays vit actuellement une situation extrêmement difficile. L’ appel au dialogue lancé par la communauté internationale n’ arrive pas toujours aux oreilles des protagonistes de la crise. Dans les deux camps c’ est la corde raide. D’ un coté, le Président est fortement contrarié dans ses actions mais pas encore démis ni chassé du pouvoir. De l’ autre coté, l’ opposition fait des gains politiques considérables en empêchant le Président de gouverner mais ne parvient pas à mettre en oeuvre son agenda politique. De ce fait, nous assistons entre le pouvoir et l’ opposition, à une lutte à mort pour le contrôle du pouvoir et de l’ espace politique. Mais, au delà de cette lutte intestine, il y a la réalité quotidienne qui sonne plus fort que n’ importe quelle voix.

La situation économique d’ Haïti atteint aujourd’hui un niveau critique. Or, on ne saurait blâmer Jovenel Moise, ni le rendre responsable du sous – développement chronique dans lequel le pays est plongé depuis plus de deux siècles . Cette faillite actuelle de la société et de l’ État est le bilan de tous les gouvernements qui ont dirigé Haïti, et notamment ceux qui l’ ont gouvernée après 1986 . Cependant, le Président Jovenel Moise, comme ceux qui l’ ont précédé, ont leur part de responsabilité dans cette descente aux enfers. Le peuple vomit cette forme de gouvernance publique et on ne peut plus continuer à faire les choses de la même façon. Il nous faut vraiment du nouveau. mais comment imposer le nouveau modernisateur sans faire l’ inventaire des bêtises et des échecs de ces trente dernières années. ?

Du point de vue politique, la rupture est sur point d’ être consommée. Nous vivons un changement d’ époque. Le temps d’ un nouveau modèle de développement est arrivé. Les citoyens exigent que les cartes soient rebattues mais elles ne peuvent pas être rebattues d’ elles mêmes.

Depuis un certain temps,
des secteurs importants de la société appellent à la mise en place d’ un pouvoir de transition pour remplacer l’ actuel locataire du palais national. Pour y arriver, les protestations contre le gouvernement sont organisées dans tous les coins. Les citoyens, faute de mieux, semblent adhérer à ce projet de transition dont les contours et l’ agenda ne sont pas clairement définis. Il y a risque de se tromper une nouvelle fois. Face à cette incertitude, Il y a quand même des questions qui méritent d’ être légitimement posées. Qui seront les acteurs de cette transition? Qui seront les sortants et les entrants? Quelle sera la durée de cette transition? Quel sera le rôle de la communauté internationale dans cette transition ?

La montée en puissance de l’ ancien destructeur fait peur. La plus grande faiblesse de ce projet de transition est la crainte d’un retour offensif de l’ ancien désuet dans gestion de l’ État.
Pour plus d’ un, il y a des figures qui se projettent au devant de la scène devraient passer par un questionnement rigoureux de leur bilan. Le probleme de la crédibilité des acteurs est l’ obstacle majeur pour la mise en place de ce gouvernement de transition.

L’ État en Haïti demeure la substance de tout. Les sortants ne sortiront jamais. Depuis trente (30) ans la politique est prise en otage par les sortants, les ramassis de coquins, les réactionnaires, les boss du crime organisé des deux camps. Le problème de la confiance se pose. L’ histoire politique récente nous montre que ce sont les sortants en réserve de la République qui ont toujours profité de la contestation populaire pour se tailler une nouvelle position à l’ arrivée de tout nouveau pouvoir. Dans la bataille du peuple, il y a d’ autres batailles qui ne sont pas les siennes. La bataille pour le changement véritable ne s’ annonce – t -elle pas difficile ? Sommes-nous enfin abonnés ou condamnés à la politique du pire?

La manifestation du passé dans notre présent déterminant, ne doit – elle pas nous contraindre à la réflexion ?

Devant les incertitudes grandissantes, il devient de plus en plus probable qu’on rate une nouvelle fois le train du changement. Le peuple oublie très vite. A cause de l’amnésie collective dans laquelle est plongée notre société, l’ accouchement du nouveau devient difficile. L’ ancien plus rusé tient le nouveau en échec. En effet, sans un partenariat des gens de bien, des progressistes et des patriotes de toute tendance et de toutes conditions sociales, nous risquons de renouveler à chaque fois la politique du pire à la tête de l’ État.

Une ère nouvelle, commence – t- elle en Hait? Le système se trouve dos au mur. La contestation se généralise. Sur le terrain, le peuple revendicatif crache sa colère. Face à l’ incapacité du pouvoir en place de répondre à ses besoins , de faire régner l’ ordre et la paix dans le pays, le projet d’ une transition politique se précise chaque jour et apparait pour plus d’ un comme la solution légitime pour résoudre la crise politique actuelle. Mais, on le sait, plus une légitimité est forte, et plus elle suscite des attentes qui ne souffrent pas d’ être déçues.

Ce projet de transition n’ est pas certain. A cause des divisions et des ambitions démesurées au sein de cette opposition, il semblerait que la transition qu’ on annonce facile, dans une vision erronée de la réalité politique pourrait être porteuse de menaces plus que de promesses.

Au niveau des élites dominantes et dirigeantes, sans que l’ on puisse parler d’ échec, l’ unité nationale autour d’ un projet commun n’ est pas aussi facile à réaliser que certains le croient.

Analysons les deux grands points du programme de la transition: la conférence nationale et la réforme constitutionnelle

1) La conférence nationale.

L’ idée de la réalisation d’ une conférence nationale pour refonder la nation n’ est pas l’ approche à privilégier. La conférence nationale nous projette un futur imprécis chargé de virtualités douteuses quant à l’ avenir des recommandations qui y seront adoptées. Elle est une illusion du passé qui n’ habite que les esprits en retard. Notre monde globalisé vit au rythme de la démocratie, du multilatéralisme et du libéralisme triomphant. Notre monde, on le répète, est celui de la démocratie, de l’ État droit, de la bonne gouvernance et des droits de l’ homme. Ces concepts forment aujourd’hui ce que nous appelons l’ idéologie dominante. La société haïtienne, comme toute société humaine qui aspire à la modernité ne peut fonctionner en dehors de cette réalité globale.

Le projet de conférence nationale souveraine apparait comme une réponse facile des élites en panne d’ inspiration face à des problèmes complexes. La mondialisation nous place devant des choix difficiles. Il se révèle donc impossible de gouverner aujourd’hui sans recourir au savoir, à la technologie et au savoir-faire, conditions indispensables à la transformation du monde.

Le savoir est d’ abord culturel, proclame la post modernité, en réaction à la pensée moderne occidentale qui a dominé le monde pendant des siècles. Aujourd’ hui la question qui est posée aux intellectuels haïtiens est la suivante : en quoi la dimension culturelle du savoir nous permettrait – elle de construire un savoir et un savoir-faire haïtiens déliés de toute domination pour répondre aux besoins du développement d’ Haïti, tout en assumant notre appartenance au monde globalisé ?

2) La réforme constitutionnelle.
La réforme constitutionnelle est- elle la réforme de l’ État?

Parler de réforme constitutionnelle revient d’ abord à se demander quelle est la meilleure Constitution pour Haïti, c’ est – à – dire par quelle disposition, quelle organisation, quelle structure du pouvoir d’ État, les buts de l’ État peuvent être le plus sûrement atteints ?

Je l’ ai souligné à maintes fois que le pays n’ a pas un problème de lois et de Constitution. Celles qui se révèlent les meilleures dans notre arsenal juridique et constitutionnel n’ ont jamais été appliquées dans le sens du renforcement de la démocratie, de l’ État de droit et de la bonne gouvernance. L’ application de la Constitution ne dépend pas seulement de sa valeur juridique, politique et idéologique, donc de sa valeur intrinsèque mais de la volonté des gouvernants et des gouvernés de la respecter. L’ obéissance à la loi est d’ abord une question d’ éducation. Pour appliquer la loi, il faut apprendre à vouloir la loi, et à aimer la loi.
L’ homme n’ est ce qu’il doit être que par l’ éducation, par l’ entrainement. L’ animal termine bien vite sa formation. L’ homme ne bénéficie pas ce bienfait de la nature. Il faut mettre les élites haitiennes à l’ école de la démocratie et à l’ école tout court.

La dyarchie installée au sein du Pouvoir Exécutif n’ a pas diminué l’ institution présidentielle. Au contraire, la Constitution de 1987 accorde de séreux ou de réels pouvoirs au Président de la République. L’ article 136 de la Constitution qui est une sorte de dérogation au principe de la séparation des pouvoirs hisse le Chef de l’ État au rang d’ arbitre neutre des conflits et des contradictions qui peuvent surgir dans le fonctionnent régulier des pouvoirs de l’ État. Le Président de la République, l’ élu du peuple à de réels pouvoirs, ce qui est important, c’ est de savoir comment les exercer, disait Leslie Manigat.

En dernière analyse, on peut dire que la Constitution de 1987 accouche un régime politique dans lequel les pouvoirs doivent faire preuve de modération et acceptent l’ existence des contre – pouvoirs. La dictature ne peut venir que de l’ exécutif. C ‘ est pourquoi, les peuples ont mis plusieurs siècles à réduire l’ arbitraire du détenteur de ce pouvoir par la construction de l’ État de droit.

La Constitution de 1987 était venue pour résoudre un problème : la crainte d’ un retour de l’ autoritarisme présidentiel.
Le déséquilibre créé au profit du pouvoir législatif est la preuve de la rationalité du régime politique haïtien. Il n’ y a pas de loi sans raison. Il y a toujours une raison à la loi. On élabore pas une Constitution dans un vide factuel. Toute loi vient pour résoudre un problème. La raison de la Constitution de 1987 est historique et politique. Sur cet point, elle a accompli son travail historique. La méconnaissance de l’ histoire est un obstacle à la connaissance du droit et à la connaissance tout court.

En opposition à ces idées un peu boiteuses, ma compréhension du problème est que les élites haïtiennes entretiennent un rapport difficile au droit et à la loi. De ce fait, elles se révèlent incapables d’ évoluer dans une société haïtienne moderne dominée par les principes de l’ État de droit, de la bonne gouvernance et de la démocratie. En ce sens, ne faut- il pas regarder du coté des générations plus jeunes, des citoyens plus responsables, modernes, mieux formés et informés. Pour ces jeunes, férus d’ internet et de technologies modernes, la fin du système, n’ est – elle pas la fin de la domination de la classe dirigeante, opposition et pouvoir ? Qui sont partants et les nouveaux arrivants?

En tant qu’élite du barreau, je tiens à dire qu’on improvise pas la présidence d’un pays. Une telle fonction exige de la préparation. C’ est pourquoi, rien n’ augure de bon avec des chefs de bande qui dominent la scène politique haïtienne depuis plus de trente (30) ans. Leurs actions démesurées et irresponsables nous conduisent à cette déchéance. Nous devons rester à la vigie. Nous sommes dans une situation de confusion générale. Il faut faire attention aux magouilleurs professionnels de la politique haïtienne. Ils répandent un discours populaire mais sont dépourvus de conscience patriotique. Ce sont des entrepreneurs politiques qui ne pensent qu’a leurs intérêts égoïstes et mesquins. Dans ce combat pour le changement, il y a une démarcation à faire pour séparer le bon du mauvais, le bien du mal. Dans le combat politique, il y a une dimension éthique .En un mot, la politique, pour atteindre ses buts ultimes ne peut pas se passer des vertus. Cela est fondamental.

On ne doit pas perdre de vue que cette crise est le fait de l’ irresponsabilité des élites dirigeantes. La responsabilité est la destination absolue de l’ homme. Cette destination lui permet de faire la différence entre ce qui est bien et ce qui est mal. Seul l’ animal est irresponsable. Quand on renonce à sa responsabilité, on devient bête. Notre animalité, c’est l’ exercice du pouvoir politique à des fins égoïstes. Notre désolation, c’ est la politique du pire.

Avec ces mouvements revendicatifs successifs déclenchés dans tout le pays, s’ abolissent le monde des anciens et le système traditionnel désuet. Les modernes doivent anticiper l’ avenir face à un possible retour possible des maîtres du système. Quand il s’ agit de politique, le bien commun, ou de Constitution, tout le monde est légitime. Il nous faut créer des contre mouvements pour faire échec aux tentations autoritaires des tenants du système traditionnel désuet et corrompu. Cette vieille élite nous ennuie.

Les contraires se radicalisent, mais à partir de quoi il ne faut point désespérer ?

Impopulaire, miné par le déclin économique, totalement seul avec sa garde de corps, le président Jovenel Moise tient ferme à la barre et s’ accroche à son pouvoir, en se moquant de l’ humiliation publique. Comment a -.t- il pu résister jusqu’à présent à tous ces assauts?

La faiblesse morale de l’ opposition n’ est – elle pas la force de Jovenel Moise?

Le mouvement des artistes, n’ est – il pas un contre mouvement?
Par la popularité dont il jouit, s’il arrive à s’ imposer dans la société civile, ce mouvement, à coté d’ autres, pourra être à mon sens une réponse citoyenne crédible à l’ intransigeance affichée par les protagonistes.

Ce tâtonnement dans la recherche de solution à cette impasse politique explique bien notre dilemme. Aucune figure politique n’ émerge de cette crise. Au bout du compte, cette crise nous amène à une crise de la vérité. Une crise sur la manière de sortir de la crise. Qui a la solution à cette crise ? A qui revient donc la légitimité de trancher ?

La politique est le lieu commun. Dans le cadre institutionnel de la
démocratie, du moins personne ne peut prétendre avoir accès privilégié à la vérité des questions politiques, constitutionnelles ou législatives. De l’ extérieur du système, n’ est – il pas temps de construire une opposition au pouvoir et à l’ opposition en vue de parer aux incertitudes de l’ avenir.

Les patriotes haïtiens doivent anticiper les événements pour ne pas perdre le contrôle de l’ avenir. La possibilité d’ un dialogue inter haïtien est nulle. Les haïtiens n’ont pas la pratique des échanges libres. Le comportement pratique de l’ homme haïtien, c’ est la jalousie et le rejet systématique de l’ autre. En ce sens, la culture du refus rend difficile toute solution humaine à la crise actuelle. Les ridicules à outrance qui sont au pouvoir et dans l’ opposition ne mesurent pas la dimension humaine de la crise. Leur ignorance du mal nous dirige tout droit vers la perte du territoire national.

La réalité est que le pays est complètement fermé. Les familles pauvres souffrent terriblement en place. Le citoyen ne peut quitter son espace pour se procurer ce qui est nécessaire à ses besoins. C’ est notre liberté qui est menacée. Car personne n’ a le droit de disposer d’ une autre personne et de contrôler ses possibilités d’ action au point que la personne dépendante se voie privée d’ une part essentielle de sa liberté. D où viendra le secours ? Les forces de sécurité nationale sont – elles en mesure d’ imposer l’ ordre ou réguler cette situation ? Il s’ agit de questions qui intéressent essentiellement les citoyens.

L’ absence de réponses à ces questions nous plonge dans un immense désarroi. Lorsque nous ne serons plus capables de supporter la faim, lorsque nos malades ne pourront plus voir leurs médecins, lorsque nous serons plus en mesure de protéger nos enfants du danger, lorsque tout s’ écroule dans le chaos généralisé, à ce moment là, nous ferons appel comme d’ habitude aux tuteurs étrangers pour nous sauver de la barbarie, au maitre du système régnant, les États-Unis d’ Amérique, pour résoudre le problème haïtien à notre place. Une fois encore, ce sera la suprême offense, une troisième occupation militaire étrangère humiliante, en moins d’ un quart de siècle. Les déchus de la patrie nous conduiront sur les remparts du déshonneur et de l’ incivisme. La flambée nationaliste du peuple va se heurter à la trahison des politiciens de service qui n’ auront aucun problème à collaborer avec les occupants. Les jeunes de ma génération vont – ils se rendre compte à la fin de la journée qu’ils ont été des idiots utiles dans une vaste manipulation des anciens, des anciens dépourvus du privilège” de l’ ancienneté”, voleurs de jeunesse.
Tous les scénarios sont possibles. Il est un fait que les forces publiques ne rassurent pas les citoyens. Les mesures annoncées par le gouvernement dans le sens de la reprise des activités sont jusqu’à présent sans effet. Des groupes de citoyens devant leurs barricades défient la police. On ne demande pas aux citoyens d’ accepter l’ ordre, c’ est ridicule. L’ ordre doit être accepté. En cas de résistance, on l’ impose par la contrainte, c’ est classique. La fonction du maintien de l’ ordre public et la sécurité intérieure est liée à l’ existence même de l’ État. L’ État perd – il le monopole de la violence légitime ?

Tout cela est rendu possible parce que l’ union entre l’ État et le citoyen s’ effrite . L’ absence de cette union rend impossible toute action consciente de l’ État. Entre temps, c’ est l’ impasse, c’ est la mort des consciences, du patriotisme, ce sont des pertes en vie humaine regrettables et impardonnables. Tout est bloqué, l’ ordre républicain est renversé. Le processus de démocratique d’ Haiti encadré par l’ international depuis des années est interrompu. Les institutions républicaines sont carrément disloquées. L’ État d’ Haiti est effondré sous le regard complice des Nations-Unies dont la mission principale était d’ assurer un environnement politique sûr et stable dans le pays. Après avoir dépensé tant d’ argent pour un bilan aussi désastreux, comment pourraient – elles admettre aujourd’hui, au nom de la démocratie l’ établissement d’ un gouvernement en dehors des normes démocratiques ?

Cette communauté internationale, n’ est – elle pas aussi dos au mur? Quel a été son véritable projet pour Haïti ? Les haïtiens vont découvrir très tard que derrière chaque projet, il y a un mensonge et derrière chaque mensonge, il y a un projet macabre.

La vérité de ce projet est la destruction de l’ État nègre d’ Haiti avec support des nègres locaux pour justifier l’ incapacité des nègres d’ Haïti à gouverner le pays dans le sens du bien, du beau, de la qualité et de l’ excellence.

Du coté de l’ international, l’ échec est total et sans appel. Cet échec est toutefois partagé entre le pouvoir et la communauté internationale. C’ est un bilan particulièrement décevant, insignifiant et triste pour la communauté internationale. C’ est un désaveu total qui, à mon avis devrait inviter la communauté international à revoir sa stratégie en Haïti. Sa crédibilité est mise à rude épreuve.

Sur le terrain, chaque jour, on se rend à l’ évidence que le gouvernement éprouve toutes les difficultés à contrôler les espaces territoriaux de l’ État. Les États-Unis, qui avaient toujours pris position en faveur du respect du mandat présidentiel, sont – ils entrain de laisser couler doucement la présidence de Jovenel Moise ? Si l’ appui, il en existe, en quoi se manifeste – t- il dans le contexte actuel. ?

Les citoyens ont de quoi à mettre en doute ce soutien mou des américains. On s’ étonne que les États-Unis n’ aient pas réussi jusqu’à présent à convaincre l’ opposition politique haïtienne à dialoguer avec le pouvoir en vue de trouver une solution pacifique à la crise. De plus, il est surprenant que le gouvernement d’Haïti en proie à tous les problèmes n’ ait reçu aucun support économique de la part des États-Unis.

L’ heure n’ est – elle pas venue d’ interroger la stratégie américaine en Haïti ?

La politique internationale est dynamique et évolutive. La vitesse des événements en Haïti pourrait – elle conduire à un revirement de la position de la communauté internationale dans cette crise?. Pour l’ heure, il me semble que les États-Unis ne souhaitent pas lâcher le Président Jovenel Moise, tant que celui-ci sera encore utile sur la scène internationale pour les raisons que l’ on sait. Sur la question du maintien du Président Jovenel Moise au pouvoir, il n’ y a pas d’ ambiguïtés dans la position américaine. En réponse à la demande de démission du Chef de l’ État formulée par l’ opposition, le maître du jeu, le juge de la nation, préconise le dialogue entre les acteurs en conflit pour résoudre la crise.

L’ étranger est vraiment étranger à la réalité haïtienne. L’opposition politique ne contrôle pas la rue, encore moins ces jeunes chômeurs détenteurs de licence, de maîtrise, obtenus dans les universités haïtiennes, européennes et nord américaines, qui ne jurent que par le chambardement du système actuel. L’ opposition chauffe sur une réalité, réalité due aux inégalités sociales que ces jeunes veulent en finir.

En effet, sommes – nous encore dans le temps du dialogue? Le temps n’ a – t- il pas suspendu son vol ? Dans l’ arrêt du temps n’ a- t- il pas encore le temps?

Loin du regard du puissant maître, le mal s’ installe partout. Cette situation, telle que nous la vivons quotidiennement, dépasse les acteurs, tant du coté du pouvoir que ceux de l’ opposition. C’ est la vie qui risque d’ être fermée sur nous ou de nous échapper totalement. Subitement l’haïtien devient un mort en attente de mourir. Si cela continue, si le Président Jovenel Moise perd le pouvoir, on le fera passer dans l’ histoire comme un modèle d’ ignorance et de cruauté, un tyran au contrôle duquel la justice internationale d’ essence hégémonique devrait sévir pour les violations graves des droits humains. S’ il triomphe, il sera un modèle de lutteur et de bravoure pour les générations futures. L’ histoire n’ est pas neutre. Elle est toujours écrite par les vainqueurs.

Conclusion

Dans cette lutte d’ auto destruction qui est une façon de déserter la lutte, où se situe donc le destin de la République d’ Haïti ?

Nous sommes arrivés à un point fixe où nous devons choisir entre la grandeur et la décadence.

Le pays est plus grand que nous. Haïti est une authentique patrie, gardons – la jalousement. Le Président Jovenel Moise n’ est qu’un moment de l’ histoire de ce pays. Car l’ histoire d’ un peuple est tout ce qui était possible à un moment de la vie. Le passé ne peut pas nous contraindre, mais nous inviter à refaire l’ avenir avec plus d’ assurance.

A ce carrefour difficile, où les fondements de l’ État sont renversés, ne faudrait-il pas se délester du fardeau que la nature fait peser sur nous pour conclure raisonnablement un nouveau deal, mettre en place une gouvernance éclairée axée sur un nouveau modèle de développement avec la participation de tous les citoyens dans la perspective de la construction d’ une société haïtienne socialement plus juste et économiquement plus ouverte?

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