Connect with us

Opinion

La mort de l’esprit : les élites haïtiennes sont-elles frappées de caducité ?

Published

on

En guise de réponse à Lionel Trouillot, un immense intellectuel, un modèle de qualité et d’excellence

Le bonheur du peuple, dans une société haïtienne réconciliée avec elle-même, devrait passer par un État qui fonde sa raison d’être sur l’expression de l’intérêt général.

Mais pourquoi reste-t-on insensible à la détresse populaire ? Et l’on en devine bien la raison : c’est la mort de l’Esprit. C’est déjà une difficulté de parler de progrès si le peuple n’a pas conscience de ce qu’il est et s’il s’écarte de la raison. Les élites dans une société a des responsabilités, celles d’élever la nation vers des buts supérieurs. « La vocation de l’élite » dont parlait Price Mars au siècle dernier ne doit pas être de vaines paroles en 2019.

À cet égard, j’attire l’attention sur le manque de sincérité dans le discours politique en Haïti. Tout le monde essaie de tromper tout le monde. Il ne peut être seulement question de démontrer l’excès d’immoralité dans le discours politique mais de discerner la vérité et de quel côté elle se trouve. On dit qu’on est pour l’ouverture tandis qu’on organise la fermeture. On affirme qu’on est pour la démocratie, en même temps on se livre à des actions autoritaires et totalitaires. On prétend vouloir combattre la corruption alors qu’elle est partout. On ne pourra pas résoudre ce problème d’insincérité en politique sans la rééducation et la reconversion des élites haïtiennes.

Cette crise a montré combien nos hommes politiques sont passés maîtres dans l’art de manipuler la conscience populaire. Nous sommes contre le libéralisme et l’ouverture des marchés alors que nous avons liquidé les entreprises publiques haïtiennes au nom du néolibéralisme triomphant. Nous défendons le peuple et en même temps nous multiplions par milliers les laissés-pour-compte par nos décisions économiques injustes. Nous exigeons le changement, comme si nous n’avons aucune responsabilité dans la débâcle actuelle, a commenté Valéry Numa.

Nous sommes très étranges dans notre manière de dire, de faire et de concevoir la politique chez nous. Quand le bateau du système coule, chacun a ses bourgeois, ses nantis, ses oligarques, ses corrompus, ses bandits à protéger. On n’est pas contre le mal mais on veut seulement en profiter. On est corrompu ou on ne l’est pas, ça dépend du camp où l’on se retrouve pour l’instant

Dans cette société, tout passe et on ne sanctionne pas. On pille l’État après on passe à l’opposition. J’apprends beaucoup de nos crises, de nos déboires, de notre imagination fertile à tromper la réalité. L’opposition est un purgatoire, un lieu où l’on efface les fraudes, les vols et les corruptions de nos gouvernants d’hier. Passer à l’opposition est une façon de se faire oublier, ou pour ne pas à rendre des comptes de sa gestion à la nation. Dans ce pays, faites-vous opposants et tout ira bien. Car le peuple, par crainte d’un retour au totalitarisme et par manque de confiance dans toute autorité constituée, vilipende toujours le pouvoir mais fait toujours grâce aux opposants. Tout le monde cherche la bonne grâce du peuple ou s’en réclame. Une fraction du peuple est toujours le peuple au nom duquel tout se règle et tout se fait. Dans ces conditions, il est difficile pour que le peuple connaisse le beau, le vrai, la qualité et l’excellence. C’est avec les naïfs qu’on construit les montres et les renouvelle au pouvoir, comme si, en dehors d’eux, il n’y avait pas d’alternative. C’est ainsi que la politique haïtienne se joue, avec des monstres recyclés. Le peuple, dans son innocence et sa méconnaissance de l’histoire, construit ses propres monstres. Il ne peut que renouveler le pire parce qu’on l’infantilise pour qu’il n’atteigne pas le stade de la raison. L’esprit du peuple n’est pas actif. On lui raconte tout et il gobe tout. C’est cette reconduction sans fin – cette terrible répétition – des dirigeants corrompus qui autorise les étrangers à déclarer que la nation haïtienne est maudite.

Le diagnostic est biaisé. La terre d’Haïti n’est pas maudite. Nous sommes dans une situation de caducité de l’Esprit du peuple. Cette mort naturelle de l’Esprit du peuple se manifeste par la nullité politique. Le peuple haïtien continue son existence, sans vie, sans esprit.

Ceci vient de ce que la nation haïtienne a une élite irresponsable. Le peuple haïtien ne peut devenir fort avec cette élite qui n’est que nullité politique et ne l’éclaire pas. Par cette mort spirituelle, nous sommes devenus province dominicaine, arrière-cour des États-Unis d’Amérique, les parias du monde civilisé.

C’est bien vrai que nous sommes en train de dépérir dans la corruption et la médiocrité. Si le peuple périt dans la corruption, il nous reste qu’à espérer renaîtra par l’esprit parce qu’on lui cherche une assomption, une rédemption dans un Esprit supérieur.

Chaque époque a son Esprit. Le système a atteint sa limite historique, tout comme l’Esprit l’ayant animé, arrive lui aussi à sa caducité. Il faut l’idée et la détermination pour faire naître une plus haute Idée de l’Esprit. Aussi devons-nous rompre et réconcilier avec la caducité et proposer provisoirement quelque chose capable de tempérer les appétits qui se déchaînent. Les élites cherchent leur pain mais qui prend soin du peuple et de la patrie ?

Comment expliquer la délocalisation de deux grands pouvoirs pour cause d’insécurité au bas de la ville? Comment priver des citoyens qui y habitent de sécurité ? Comment ne pas reconnaître l’humanité de ces gens ? C’est comme si on admettait que ceux-ci ne sont pas des humains.

Quelle est donc la raison d’être de ces pouvoirs ? Quel impact cette délocalisation apportera en termes de résultats, d’efficacité, de performance et de rendement dans le travail parlementaire ? Comment continuer à payer des parlementaires qui ne sont pas utiles à la République ? Pourquoi les juges continuent-ils à recevoir leur salaire pendant que la justice en tant que service public n’est pas rendue ?

Dans le combat politique, il y a une dimension éthique. La politique, pour atteindre ses buts ultimes, ne peut pas se passer des vertus. Ceci est fondamental. Un peuple qui n’est pas vertueux ne peut espérer avoir des dirigeants avec un comportement éthique.

Cette crise est le fait de l’irresponsabilité des élites dirigeantes. La responsabilité est la destination absolue de l’homme. Celle-ci lui permet de faire la différence entre ce qui est bien et ce qui est mal. Seul l’animal est irresponsable. Quand on renonce à sa responsabilité, on devient bête.
À gauche comme à droite, c’est l’irresponsabilité, mais à partir de quoi il ne faut point désespérer ?

Délégitimé par plus d’un, miné par une crise sociale et économique sans précédent, le président Jovenel Moïse tient ferme à la barre et s’accroche à la légalité constitutionnelle selon laquelle il doit arriver au terme de son mandat de cinq ans. Comment a-t-il pu résister jusqu’à présent à tous ces assauts ? La faiblesse morale de l’opposition serait-elle sa force ? Quelle heureuse fatalité de la création !

De cette crise, aucune figure politique n’émerge. Au bout du compte, cette crise nous amène à une crise de la vérité. Une crise sur la manière de sortir de la crise. Qui a la solution à cette crise ? À qui revient donc la légitimité de trancher ?

Les patriotes haïtiens doivent anticiper les événements pour ne pas perdre le contrôle de l’avenir. La possibilité d’un dialogue inter haïtien pour mettre fin à la crise est difficile. Les Haïtiens n’ont pas la pratique des échanges libres. Dans le comportement de l’Haïtien, on retrouve deux sentiments forts : la jalousie et le rejet systématique de l’autre. En ce sens, la culture du refus rend difficile toute solution humaine, c’est-à-dire négociée, à la crise actuelle. Les jusqu’au-boutistes qui sont au pouvoir comme dans l’opposition ne mesurent pas la dimension humaine de la crise. Leur ignorance du mal et la méconnaissance du bien nous dirigent tout droit vers notre perte.

Dans cette course vers la fin, il y a certains droits qui sont bafoués, comme celui de circuler librement. Le citoyen ne peut pas quitter son espace pour se procurer ce qui est nécessaire à ses besoins. C’est notre liberté qui est menacée. Car personne n’a le droit de disposer ainsi d’une autre personne et de contrôler ses possibilités d’action au point que celle-ci soit dépendante et se voit privée d’une part essentielle de sa liberté.

Les forces de sécurité qui enlèvent les barricades obstruant le passage des citoyens ne prennent pas position en faveur d’un camp. Elles favorisent simplement l’application d’un principe de l’État de droit qui est celui de l’égale jouissance des droits des citoyens.

Lorsque l’anarchie se substitue à l’ordre, tous les scénarios sont possibles dans la conjoncture actuelle. Il est un fait que les forces publiques ne rassurent pas les citoyens. Des groupes armés capturant le territoire défient la police. L’État réel ne demande pas aux citoyens d’accepter l’ordre, il doit être accepté. En cas de résistance, on l’impose par la contrainte, c’est classique. La fonction du maintien de l’ordre public et de la sécurité intérieure est liée à l’existence même de l’État. Sinon, celui-ci perd le monopole de la violence légitime.

Cette débâcle est rendue possible parce que l’union entre l’État et le citoyen s’est effritée. Cette absence rend impossible toute action consciente de l’État. L’ordre républicain est sur le point d’être renversé. Le processus démocratique encadré par l’international depuis des années est interrompu avec le non renouvellement à temps du personnel politique. Les institutions républicaines sont carrément disloquées sous le poids de l’insécurité. L’État d’Haïti est effondré sous le regard – indifférent ou complice ? – des Nations-Unies dont la mission principale était pourtant d’assurer un environnement politique sûr et stable dans le pays. La réalité ne peut pas être dopée, car après avoir dépensé tant d’argent pour un bilan aussi désastreux, comment pourraient-elles admettre aujourd’hui, au nom de la démocratie, l’établissement d’un gouvernement en dehors des normes démocratiques, donc du suffrage universel ?

Cette communauté internationale n’est-elle pas aussi dos au mur ? Quel a été son véritable projet pour Haïti ? Les Haïtiens vont découvrir très tard que derrière chaque projet, il y a un mensonge et derrière chaque mensonge, il y a un projet macabre.

Du côté de l’international, l’échec est total et sans appel. Cet échec est toutefois partagé entre le pouvoir et la communauté internationale. C’est un bilan particulièrement insignifiant. Décevant. C’est un désaveu total qui, à mon avis, devrait inviter l’International à revoir sa stratégie en Haïti. Sa crédibilité est mise à rude épreuve. La déclaration de l’ancien envoyé des Nations Unies en Haïti, Edmond Mulet, selon laquelle il faudrait envisager une autre force militaire en Haïti peut être considérée comme un aveu d’échec de toutes les missions onusiennes dépêchées chez nous ces dernières années.

Sur le terrain, chaque jour, on se rend à l’évidence que le gouvernement éprouve toutes les difficultés à contrôler les espaces territoriaux de l’État malgré les annonces faites dans le sens du rétablissement de la paix.

L’opposition ne contrôle ni la rue ni les événements, encore moins le pouvoir. C’est la catastrophe qui nous guette. Deux occupations étrangères en dix ans, trois en moins d’un siècle, c’est plus qu’un désastre national. Laisser à d’autres le soin de remplir nos tâches nationales, celles qui reviennent aux élites de ce pays, c’est plus que de la déchéance : c’est la dégénérescence, la disgrâce, le déshonneur.

Le pourrissement de la situation oblige les acteurs politiques à mettre fin aux passions, aux émotions, à la déraison et surtout à l’orgueil. Aucune des parties en présence n’a les moyens de réaliser ses objectifs politiques. Ce constat suffit pour les convaincre de composer l’une avec l’autre pour que cessent la destruction des biens publics et privés, les tueries derrière les barricades enflammées érigées en embuscades, véritables tombeaux de policiers et de paisibles citoyens en quête du pain quotidien.

C’est la mort partout, celle des consciences, de l’esprit et du patriotisme. Cette odeur de mort et de corruption qui se diffuse dans tous les coins et recoins de notre société, ne date pas d’aujourd’hui. Mais il se trouve qu’aujourd’hui, les nouveaux morts se mêlant aux ossements d’anciens effacés de notre mémoire, répandent une odeur nauséabonde qui nous prend à la gorge. Mais nous avons encore cette éternelle soif de vivre. Sans qu’on le dise, il existe dans notre société un état de barbarie et de sauvagerie que notre Esprit ne saurait accepter. On la voit dans la brutalité des actes de violence qui peuplent notre quotidien. Nous sommes devenus de grands producteurs de morts pour la consommation locale – et l’étranger n’a de cesse de le rappeler à bout de reportages – parce que la mort de l’Esprit dans la cité nous empêche de penser l’humanité et de nous élever aux sentiments supérieurs. Notre animalité, c’est la passion du pouvoir et l’amour de l’argent, véritables obstacles à l’évolution de la vie du citoyen vers une forme supérieure.

Dans un État dominé par les lois, la citoyenneté n’a de signification que si elle permet d’exercer des droits. Le mépris du citoyen et de son bien-être collectif ne date pas d’hier. Mais on a l’impression qu’aujourd’hui, l’éthique et la responsabilité de l’État se sont évanouies.

Qu’est-ce qui relie le citoyen à l’État ? Le pays n’a pas de gouvernement légitime et fonctionnel depuis la démission du Premier Ministre Jean-Henri Céant à cause d’une crise politique qui ne fait qu’empirer jour après jour. Le Chef de l’État à qui la constitution octroie le rôle de garantir le bon fonctionnement des institutions, a toutes les peines du monde pour former un gouvernement, comme le réclame la communauté internationale, faute de trouver un consensus avec les différents secteurs de la population contestant son pouvoir. Face à l’érosion de sa légitimité, le Président est dans l’obligation de trouver une formule politique inclusive qui lui permettra de gouverner le pays dans le calme et la sérénité, conditions indispensables pour remettre le pays au travail.

Nous sommes dans une communauté d’existence, c’ est-à-dire, la recherche du bien-être collectif ne dépend pas seulement d’un individu ou d’un groupe de citoyens. La recherche de solutions à nos problèmes individuels et collectifs ne sera pas seulement l’œuvre du Président de la République. L’opposition politique doit en raison de cela évoluer en maturité et changer de tactique. Elle doit nous offrir une direction précise et claire à sa démarche. Soit, par une logique de force, elle renverse l’ordre républicain établi, soit elle accepte démocratiquement d’avoir des échanges libres avec le Président de la République. L’accord de Marriott a été un échec politique et n’a résolu aucun problème. Le temps passe et les problèmes restent entiers. Il faut dialoguer, notre monde est celui de la démocratie et de l’état de droit. Pourquoi veut-on rendre caduques les institutions de la démocratie et de l’État de droit et organiser une conférence nationale souveraine ? C’est quoi une conférence nationale souveraine ?

La démocratie se définit comme le traitement des conflits. Ceux-ci ne disparaîtront jamais dans une société. Ils naissent, grandissent, disparaissent et réapparaissent. Dans une société démocratique, les conflits ne peuvent être résolus que par le dialogue. Il n’ y a pas d’autre voie. Il faut cesser de gaspiller le temps dans des activités improductives. Ce que fait un individu est toujours conforme au sentiment habitant en lui.

Comment désigner un juge de la Cour de cassation pour remplacer un Président en exercice, sans obtenir la démission volontaire ou forcée de celui-ci ? L’article 173 de la Constitution précise que la gouvernance du pouvoir judiciaire est assurée par les cours et les tribunaux. Comment de simples individus peuvent-ils passer en entrevue les membres d’un pouvoir de l’État ? Où est passé l’honneur des juges ?

En fonction de quoi cette Commission spéciale décidera que tel juge avait été “bien nommé”, tel autre, non ? Qu’en adviendra-t-il des arrêts que ces juges “mal nommés” avaient pris ?
Quel est l’état d’esprit de nos juges ? Dans quel état d’esprit seront-ils lorsqu’ils soumettront leurs dossiers devant la Commission spéciale aux fins d’examen ?

Avec cet examen imposé et accepté, le pouvoir judiciaire se trouvera dans une sorte d’aliénation. “L’Esprit n’est que ce qu’il fait, et il se fait ce qu’il est en soi”, pour répéter Hegel dans son ouvrage “La raison dans l’histoire”. Cette régression de l’Esprit traduit aussi celle de l’individu. Le pouvoir judiciaire est en déchéance parce que les juges sont aussi frappés de déchéance et de caducité. Nous sommes dans une situation de régression à tous les niveaux. Nous évoluons dans une régression de l’Esprit qui traduit une détermination du négatif.

De même, comment choisir un Premier Ministre en l’absence d’un Parlement fonctionnel ? Le poste de Premier Ministre traîne derrière lui une logique constitutionnelle et institutionnelle. Comment peut-on créer une instance autre que le Parlement pour contrôler l’action du gouvernement ? La Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif reconnaîtra-t-elle cette instance de contrôle et à partir de quelle loi ? Il faut avoir à l’esprit que cette Cour est un organe technique de contrôle placé sous la dépendance du Parlement. C’est le bras technique du parlement dans sa mission de contrôle

La gestion de l’État ne va pas sans le principe de la reddition de comptes. Doter l’administration publique d’un Premier Ministre en absence d’un Parlement est un malentendu juridique. Qui donnera décharge aux ministres de la transition ? Que fait-on de la souveraineté nationale ?

Dans un État de droit démocratique fonctionnant sous l’empire d’une constitution, les partis politiques concourent au suffrage universel. En démocratie, quand il y a un problème, c’est au peuple qu’il faut s’adresser pour trancher. On ne peut pas confisquer la volonté populaire. L’article 58 de la constitution indique que la souveraineté du peuple réside dans l’universalité des citoyens.
Une entente des partis politiques ou des groupes de citoyens, aussi représentatifs qu’ils soient, ne saurait remettre en question ni soustraire cette souveraineté nationale.

Je pense qu’à la base cette entente, il n’ y avait aucune réflexion politique et intellectuelle. Cette mésaventure politique traduit tout simplement une grande fatigue de la classe politique haïtienne. En effet, dans l’état actuel des choses, il n’y a aucune chance pour que cet accord produise des fruits. La cohabitation politique me semble être la formule la plus plausible à envisager dans le cadre de la résolution de cette crise. Il faut cohabiter avec le Président Jovenel Moise contre lui pour le bien de la nation. La cohabitation ne mettra pas tout de suite fin au système actuel mais elle permettra au pays de sortir de sa torpeur.

Le pays souffre terriblement à cause des effets désastreux de la crise. Les politiques doivent montrer qu’ils ont la hauteur de leurs ambitions, car la solution risque risque de leur échapper totalement. Devant la faillite nationale, la force réelle sur le terrain est ni plus ni moins celle de la communauté internationale qui contrôle tout. De cette faiblesse originelle face à l’étranger, on n’est pas toujours en mesure de défendre l’intérêt national. Dans cette déchéance organisée et entretenue, l’Esprit nous commande de replier afin de pouvoir cerner dans le contexte international un nouveau futur pour nos populations locales.

Dans cette mort de l’Esprit, le peuple veut reprendre la vie de l’Idée, celle du bien, de l’existence conforme à vie supérieure. Le pays n’est ni à gauche ni à droite. Dans les contestations populaires actuelles, il y a quelque chose de positif à retenir : le peuple proclame la caducité du système, parce qu’il tient le changement pour la seule chose la plus importante. Le peuple exige la mise en place d’un système de gouvernance qui prend en compte ses intérêts. C’est pourquoi le système actuel est déclaré caduc.

Dans la caducité, il y a la mort et l’évolution de l’Esprit. La Mort de l’Esprit est le point de départ de l’évolution et de la renaissance. Sans une renaissance spirituelle, nous risquons de passer à coté de la vérité que nous cherchons tous ensemble. Dans l’Esprit, chacun poursuit sa fin et c’est en tenant compte de la fin de chaque individu qu’il nous faut raisonnablement construire une humanité plurielle, objectivement universelle, où la vie de chaque citoyen serait conforme aux principes de l’Esprit, donc de la loi. Et la violence déchaînée et arbitraire des individus n’aurait donc plus sa raison d’être.

Opinion

Le mandat des sénateurs : Entre le temps constitutionnel et le temps électoral

Published

on

À la veille du 13 janvier 2020, un jour après la date du dixième anniversaire du puissant séisme qui a ravagé Haïti, tous les yeux sont tournés vers le Parlement, en particulier le Sénat de la République. Deux tiers du Sénat partiront le deuxième lundi de janvier de cette année. Une date qui doit certainement enlever le sommeil aux 19 Sénateurs devant laisser le grand corps. Une fin malheureuse bêtement entretenue par les sénateurs eux-mêmes. Le cas de dire que quand on aime trop le pouvoir, on devient fou. Quand on est fou, on devient irresponsable. Quand on est irresponsable, on devient bête. Car la responsabilité disait Hegel, est la destination suprême de l’être humain. Seul l’animal est irresponsable.

Il y a de quoi s’inquiéter. Car avec la fin du mandat des dix neuf (19) sénateurs, l’opposition parlementaire disparaît. Dans notre régime politique, l’opposition est parlementaire. Il n’ existe pas d’opposition en dehors du Parlement. On ne saurait assimiler les groupes de pressions violents à l’opposition. L’opposition est légitime tout comme le pouvoir. La loi sur le fonctionnement et le financement des partis politiques pose le principe de l’étatisation des partis politiques. Donc, leur rôle fondamental est de concourir au suffrage universel. Le parti politique n’est le pas un groupe d’ agitateurs politiques professionnels au contrôle duquel les forces de l’ordre doivent sévir en vue de rétablir la paix dans les rues. La professionnalisation de la classe politique est une condition de la stabilité politique en Haïti.

Ces messieurs et dame de la Chambre Haute partiront et laisseront derrière eux un vide qui ne sera comblé que par le pouvoir exécutif. Car le vide est toujours vide de quelque chose, et tout vide est appelé a être comblé. Le nouveau gouvernement en gestation, qui sortira de l’accord politique désormais possible, comblera en partie ce vide. Car en absence du Parlement, l’Exécutif remplira toute la fonction législative. C’est classique. Notre arsenal juridique national est constitué à 85 % de décrets-loi ayant force de loi. Cette piètre statistique justifie-t-elle l’inutilité du Parlement ?

Mais le Président ne sera pas capable de faire adopter à coup de décret la déclaration de politique générale de son futur Premier Ministre. Un boulevard périlleux s’ouvre devant le Président Jovenel Moïse. Il n’y aura ni frein ni contre-pouvoir avec l’épuisement du mandat des sénateurs et députés lundi prochain.

Permanence et législature
Il y a ici une question juridique à résoudre. Comment nos législateurs interprètent-ils le principe de la permanence du Sénat ? Quelle est la différence entre la législature qui caractérise la Chambre des députés et la permanence du Sénat ?

La législature est le temps écoulé entre deux élections à la Chambre des députés et correspond à la durée constitutionnelle du mandat de ces derniers. Lè mandat des sénateurs est de 6 ans mais tous ne bénéficient pas en même temps de cette durée. Le Sénat se renouvelant par tiers, dans cette assemblée, il existera toujours des mandats de 6, de 4 et de 2 ans. Aussi est-il constitutionnellement impropre de parler de Sénateur de telle législature. On ne peut pas dire 50ème du Sénat mais 50ème législature. Le Sénat siège en permanence. La permanence du sénat est assurée par le fait qu’il se renouvelle par tiers tous les deux ans. Dans une législature, le Sénat se renouvelle deux fois, à chaque fois par un tiers. Deux tiers des Sénateurs ne peuvent pas avoir tous un mandat de quatre (4) ans, c’est impossible. Comme c’est le cas actuel.

La permanence du Sénat veut dire que le Sénat est et n’a jamais cessé d’être. On ne parle pas session pour le Senat. Le principe de la permanence devient un principe général de droit établi dans notre système juridique par la Constitution. La loi électorale doit en tenir compte. Donc, la loi fondamentale établit le temps constitutionnel et la loi électorale, le temps électoral. C’est le temps électoral qui doit s’approcher du temps constitutionnel. Parce que notre enseignement du droit s’ inspire essentiellement de ce qu’on appelle le positivisme juridique, ce qui est malheureusement mal compris dans notre communauté juridique nationale. Il n’y a pas un positivisme mais plusieurs (Hugo Cyr).

On parle de temps pour la Chambre des députés et non pour le Sénat. La Chambre des députés a un commencement et une fin. La session est le temps d’activité effective au cours d’une année; sa durée est fixée par la Constitution.

Le temps a toujours un usage objectif, disait Kant dans sa Critique de la raison pure. C’est le renouvellement temporaire du tiers du sénat qui assure la permanence de ce corps. Dans les déterminations du temps, il y a la série du temps, le contenu du temps, l’ordre du temps, l’ensemble du temps. Évidement, il ne doit pas y avoir de contradiction entre le temps constitutionnel et le temps électoral. Le droit posé trouve sa validité dans le droit supposé (Hans Kelsen). Entre le droit officiel et la norme fondamentale, il ne doit pas y avoir de tension. Les articles 45.1, 45.2, 46 et suivants du décret électoral de 2015 ne sont que des perturbations juridiques qui déforment l’ esprit et la lettre de l’ article 288 de la Constitution.

En effet, la rédaction de la loi obéit à un raisonnement scientifique. La loi vient juste pour résoudre un problème et non pour le compliquer. La première qualité de la loi, c’est d’être techniquement bien écrite en fonction d’un principe fondamental que ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. La loi doit être précise et claire. Les imprécisions, les confusions, les ambiguïtés, les contradictions de la loi sont des manquements du législateur.

Il est important de souligner que l’explication du droit n’est pas toujours dans le droit. Elle est extérieure au droit. La réalité du droit est multiple. Il en est de même que toute prescription associant des mots, des vocables, des concepts, relève de la science du droit avec tout ce que cela comporte en termes d’explications, de représentations, de descriptions de la réalité.

En effet, l’absence du rythme régulier des élections perturbe le temps juridique. C’est la Constitution qui fonde l’ordre électoral. La Constitution, c’est le temps des fondations, pour répéter François Ost. Ce temps est originel, fabuleux et sacré. Les ajustements législatifs doivent en tenir compte et en dépendent.La consolidation de l’ordre juridique national passe par le respect du temps des fondations.

En ce qui concerne le mandat des sénateurs, les constituants de 1987 avaient fait preuve d’une extrême vigilance et d’une grande prudence. En effet, l’article 288 de la Constitution non amendée dispose :
« À l’occasion de la prochaine consultation électorale, les mandats des trois sénateurs élus pour chaque département seront établis comme suit:
a) Le Sénateur qui a obtenu le plus grand nombre de voix, bénéficiera d’un mandat de six ( 6) ans;
b) Le Sénateur qui vient en seconde place en ce qui attrait au nombre de voix, sera investi d’un (1) mandat de quatre ans;

Le troisième Sénateur sera élu pour deux ans. Dans la suite, chaque sénateur, sera investi d’un mandat de six ( 6) ans. »

Cet article, pour le bien comprendre, doit être lu en relation aux clauses 95 et 95-3.
L’article 95 se lit comme suit : « Les sénateurs sont élus pour six ans et sont indéfiniment rééligibles. Ils entrent en fonction deuxième lundi de janvier qui suit leurs élections ».
Et l’article 95- 3 précise que « le renouvellement du Sénat se fait par tiers tous les deux ans. »

En effet, c’est le renouvellement du Sénat par tiers tous les deux ans qui assure la permanence de celui-ci. L’article 95-1 indique que le Sénat siège en permanence. Cela veut dire qu’il n’y a pas un temps d’activités pour le Sénat, contrairement à celui de la Chambre des députés qui travaille en session ordinaire et extraordinaire.

Mais cette situation actuelle ne va pas sans soulever quelques questions fondamentales. Pourquoi a-t-on permis aux sénateurs qui ont été élus pour deux ans de compléter un mandat de quatre ans ? Qui était à la base de cette machination politique grossière au grand corps ?

Le Président de la République ne peut pas proroger le mandat du parlement ni l’ajourner (article 111.8). Le peuple est le seul détenteur de la souveraineté. La Constitution de 1987 reprend en ses articles 58 et 69, une définition de la souveraineté et de la mise en œuvre des attributs de cette dernière. L’essence de la souveraineté est le peuple qui en est le dépositaire exclusif. Aucune entente de citoyens, aucun accord politique ne peut s’approprier de cette souveraineté populaire. Celle-ci est fractionnée au nom du principe de l’égalité des citoyens, car chacun de ces derniers en détient individuellement une parcelle. Chaque individu dispose d’un droit propre comme unité et d’un droit commun comme membre de la collectivité (Mirlande Manigat, Traité de droit constitutionnel, p 53)

Un régime de transition ?
Le Président de la République est responsable du dysfonctionnement du parlement mais il n’est pas le seul. Le Parlement est tout aussi responsable. Le maigre bilan du Président Jovenel Moïse n’est – il pas tributaire de l’ inefficacité et le manque de performance du parlement?

Dans un État de droit, on ne gouverne que par les lois. Il ne peut y avoir des élections sans une loi électorale, sans une loi de finance( budget). Le président n’a pas le droit de l’imposer au parlement mais il peut lui suggérer de la voter. Jusqu’ici, les deux pouvoirs politiques légitimes de la démocratie étaient dans une logique du chacun pour soi. Cette politique, comme on le constate, devient périlleuse pour la démocratie et de l’État de droit.

Faut-il maintenir le Président Jovenel Moïse au pouvoir ou au contraire envisager la mise en place d’un régime de transition sans le Président Moise ? Dans les deux cas évoqués, on se trouvera en face d’un vide constitutionnel anachronique et dangereux pour la stabilité politique et la continuité de l’État. Ces deux initiatives ne sont que des ruptures de l’ordre démocratique et constitutionnel, même s’il n’y a pas un acte formel d’abolition de la Constitution. Entre les deux maux, il nous faut choisir le moindre.

Mais comment mettre en place un gouvernement en place sans un corps de références légales ?
Pourquoi choisir un Premier Ministre s’il n’est pas responsable devant le Parlement ? Le poste de Premier Ministre n’est-il pas caduc avec la caducité du Parlement ? Il y a donc une logique constitutionnelle et institutionnelle derrière le poste de Premier Ministre. Il ne peut pas y avoir d’action gouvernementale si l’instance de contrôle s’est éteinte. Cette relation théorique entre le gouvernement et le parlement n’existe plus avec la disparition de ce dernier.

A-t-on donc besoin aujourd’hui d’un Premier ministre ? Dans l’état actuel des choses, le Président Jovenel doit transformer son mandat en un mandat de transition. À mon humble avis, il serait préférable de venir avec la formule des ministres d’État ou de la présidence pour gouverner le pays pendant cette période transitoire. Ce gouvernement aura pour tâche de préparer la nouvelle constitution et les élections générales au temps fixé par celle-ci. La mise en place d’une nouvelle assemblée constituante obligera le tiers restant du Sénat à partir. Il y a des sacrifices à consentir pour pouvoir amorcer ce nouveau départ. D’où la nécessité d’avoir un accord politique global.

À l’école de la démocratie
Nous avons choisi la démocratie comme système politique. Dans ce système, les élections constituent la voie par laquelle le peuple s’exprime sur les projets politiques. Quelle que soit l’opinion qu’on se fait, le peuple, toutes catégories confondues, n’est pas d’essence raisonnable et démocratique. Il le devient par éducation et la pratique et par une culture de la tolérance, du dialogue et du compromis.

À ce stade de l’analyse, il y a deux urgences à souligner : l’éducation des élites et le besoin pressant du développement d’Haïti.

Les conflits politiques récurrents auxquels le pays fait face proviennent de l’ignorance et l’impréparation des élites. Il faut éduquer les élites haïtiennes (prof Leslie Manigat, les cahiers du CHUDAC 1995 ) pour qu’elles puissent répondre à leur vocation (Jean Price Mars, Ainsi Parla l’ oncle 1927). En effet, nous avons tout un peuple à mettre à l’école de la démocratie, de l’État de droit et de la bonne gouvernance et à l’école tout court.

Le problème d’Haïti est d’abord celui de la pauvreté de masse. Notre priorité est avant tout d’ordre économique. Cette démocratie de la crasse ne peut générer que la violence et l’instabilité politique. Il faut produire et créer la richesse. Les multiplication des épisodes de crises violentes qui, cette fois ci menacent les fondements de la nation, sont des symptômes prouvant que les greffes ou les replâtrages ne prennent plus. (Wilson Laleau, Haiti Petrocaribe et ses déraisons, p. 126). Il faut changer du tout au tout. Changer ne veut pas dire camoufler l’ancien mais adopter une autre direction et de nouvelles pratiques. Le pays a besoin de stabilité politique pour pouvoir multiplier les opportunités pour les jeunes, créer des emplois de qualité et d’améliorer le bien-être de la population.

L’année 2019 a révélé la caducité des classes dominantes haïtiennes. Des élites économiques et politiques qui se sont montrés et qui se révèlent incapables d’élever la nation vers des buts supérieurs. Fort de cet échec flagrant, il est à espérer que l’année 2020 soit celle de la renaissance politique et intellectuelle d’Haïti. Car dans la caducité de l’esprit, il y a la fin mais aussi l’évolution de l’esprit. C’est dans cette caducité qu’il nous faut penser l’Haïti de demain.

Continue Reading

Editorial

Le Manifeste du MTV : Renforcer et préserver la domination bourgeoise

Published

on

Le Mouvement de la troisième voie (MTV) de l’homme d’affaires Réginald Boulos vient de présenter son manifeste expliquant ses fondements idéologiques. Sans surprise, le mouvement fait la promotion du libéralisme économique dans un emmêlement d’un système social-démocrate.

« De crainte d’être débordées par les luttes populaires, les bourgeoisies proposent de “nouveaux contrats sociaux” susceptibles de préserver ou de renforcer leur domination »

Pierre Beaulne (1978).

Ces propos traduisent fort bien le projet de Réginald Boulos avec sa troisième voie.
Faisant la promotion d’une économie de marché, le MTV dit s’attacher à un modèle d’économie socialiste qui table sur un progrès libéral. Effet-marmelade. Méli-mélo. Cette incongruence traduit le fondement populiste de la troisième voie qui s’enferme en réalité dans la logique capitaliste consistant à favoriser un groupe de personnes sur l’ensemble de la société.

Il est utile de préciser que l’économie de marché basée sur la logique de l’offre et de la demande est une économie qui s’accentue sur la maximisation du profit où chacun agit en fonction de ses intérêts. Les défenseurs de cette économie préconisent le « laisser faire » comme élément de croissance économique.

“Nous faisons la promotion des initiatives privées basées sur la libre entreprise dans une économie de marché”

À juste titre, le projet du MTV vise à instaurer un État qui serait capable de soulager la misère de la population en laissant le champ libre aux gens du secteur privé de faire bon leur semble. “Nous faisons la promotion des initiatives privées basées sur la libre entreprise dans une économie de marché”, lit-on dans le manifeste, qui table sur une conception classique (bourgeoise) de l’État-nation.

Un État qui est au-dessus de la mêlée, qui s’occupe uniquement à fournir les services publics en laissant l’économie aux mains du secteur des affaires. Les balises ou les restrictions mises en place par l’État visent uniquement à favoriser un meilleur fonctionnement du marché. Il intervient pour calmer la colère populaire susceptible de nuire aux investissements du secteur privé.

Le manifeste mentionne en ce sens que l’État sera un facilitateur, régulateur et médiateur. Et la dynamique du gouvernement s’explicite dans la proposition des réformes qui garantissent le pluralisme politique. Dit autrement, le projet de la troisième voie dont le but est d’endiguer les aspirations populaires consiste à évacuer et à gommer les antagonismes de classe.

À cet effet, le MTV s’enlise dans une impression diffuse de changements sans chambardement, de réformes sans ruptures, où se décline une « humanisation » de l’économie pouvant produire graduellement de l’harmonie sociale dans le but d’aboutir à une société sans tension.
Cette stratégie nait du fait que l’État actuel n’est pas capable de sécuriser leur business en redistribuant les taxes sous formes de politiques sociales au profit des défavorisés. C’est l’une des raisons qui pousse une frange de la bourgeoisie haïtienne à se reconfigurer dans l’arène politique pour intégrer directement les espaces décisionnels où s’orientent les politiques économiques afin d’élaborer des politiques publiques d’apaisement social. Lesquelles politiques consistent à préserver et renforcer la domination bourgeoise.

Dans son manifeste, le MTV envisage de mettre en place un système où les problèmes des acteurs se résolvent à travers la concertation. Une concertation qui, se lira in fine compromis, participera à protéger le patronat au détriment des travailleurs. Au fait, l’État proposé par le MTV intervient à redéfinir les relations entre travail et capital.

« Nous croyons dans la négociation, dans la concertation et dans le dialogue permanent instaurés à travers des institutions comme moyens pour résoudre les conflits sociaux et politiques », précise le manifeste.

“le MTV envisage de limiter les marges de manœuvres de la masse salariale.

L’institutionnalisation de la concertation revendiquée par le MTV envisage de limiter les marges de manœuvres de la masse salariale. Ce faisant, Pierre Beaulne (1978) eut à dire « La proposition typique de la concertation consiste à demander aux travailleurs de limiter les augmentations de prix, et aux gouvernements de restreindre leurs dépenses. Quand les profits déclinent, une telle politique vise à obtenir des travailleurs une modération de leurs revendications, un accroissement du travail et un arrêt des luttes. »

Par ailleurs, vient le populisme des partis politiques qui s’explicite dans une idéalisation du passé historique. Chaque parti dit s’inspirer du projet de la révolution haïtienne dans le but de montrer leur volonté à travailler pour l’émancipation de la nation.
Comment favoriser l’émancipation de la masse défavorisée dans le système capitaliste ; l’un des systèmes les plus inégalitaires ? L’émancipation de la nation se résume à un discours populiste creux qui ne vise qu’à exploiter un contexte politique et à instrumentaliser le peuple.

Continue Reading

Opinion

L’Accord de Marriott : le jeu force à raisonner

Published

on

Quelques jours après la signature de l’Accord de Marriott, les opposants au régime du Président Jovenel Moïse ont institué une Commission Technique Spéciale chargée de rédiger les critères de sélection et de procéder au choix des juges de la Cour de Cassation et de personnalités politiques qui doivent assurer respectivement la présidence de la République et la Primature pendant la période de transition. Selon cette démarche, le Premier Ministre sortira au sein de l’opposition active, c’est-à-dire dans ce choix, la préséance est accordée à l’opposition institutionnelle en fin de mandat à l’Alternative consensuelle pour la refondation d’Haïti, une nébuleuse n’ayant pas d’existence légale.


Dans cette perspective, il est prévu aussi un organe de contrôle qui sera institué dont la mission est de contrôler l’action gouvernementale. Est-ce une manœuvre pour des gains politiques ou un combat pour l’amélioration des conditions d’existence des Haïtiens ? Cette lutte doit-elle mettre uniquement en scène l’opposition et le pouvoir en excluant des milliers de citoyens qui ont signifié leur refus à ce système en décomposition et incapable de résoudre les problèmes fondamentaux du pays?


Présenté comme le triomphe de l’unité des forces politiques haïtiennes et de la société civile, l’Accord de Marriott pose des problèmes quant à sa légitimité, son effectivité et sa légalité constitutionnelle. Qui détient la souveraineté nationale ? Quel est donc le statut du citoyen dans notre République ? Quel est le pouvoir de la Cour de Cassation ? Quel est son rôle ? Ces séries de questions peuvent paraître simples ou compliquées mais comportent de nombreux enjeux.

La Constitution de 1987 dans sa version amendée, ne confère pas de rôle politique à la Cour de cassation. Elle est là pour assurer l’empire de la règle de droit et l’ordre républicain établi. Cet ordre est créé par la Constitution et la législation existantes. Cet ordre établi exige le plus haut respect et toutes les activités doivent contribuer à son maintien. Il s’ensuit que l’ordre établi n’est pas considéré comme quelque chose de suprême; c’est au contraire le changement qui a cet attribut. On peut changer l’ordre existant en fonction du principe de la perfectibilité, de la mutation et de l’évolution mais on ne peut pas renverser un pouvoir par consensus : le changement peut se faire soit par la voie légale, soit par la voie révolutionnaire. Un groupe d’individus peut chercher à se substituer par la violence au gouvernement légitime et à fonder un ordre différent. S’il y parvient, cela signifie que l’ordre ancien cesse d’être efficace et effectif et que le nouveau le devient.
Cela pose le problème de l’effectivité de l’Accord de Marriott. Car cet accord doit répondre dans une mesure si modeste soit-il à l’idée de droit. Et un accord est fait pour être appliqué. Comment un juge à la Cour de cassation, membre d’un pouvoir de l’État, peut-il prétendre se substituer à un Président en exercice, sans parler de coup d’État, de crime contre la Constitution ?
Il me semble que Marriott n’avait pas amené la classe politique haïtienne à raisonner. Les juges ne sont pas candidats à des postes politiques. Ils agissent en qualité d’organe de l’État (art. 173 de la Constitution). Dans leur fonction, ils ne peuvent pas légaliser un fait illicite. La Cour de cassation ne peut que constater la violation des règles constitutionnelles et des lois, et le cas échéant appliquer la sanction. Elle ne peut pas manquer à son rôle de maintien de l’ordre juridique national. Si elle se fixe d’autres attributions qui ne sont pas les siennes, elle faillit. Elle perd sa place au rang des pouvoirs de l’État.


Cette transition politique, si elle est acceptée ou imposée, va se dérouler dans un vide constitutionnel aux effets politiques imprévisibles. L’argumentaire justificateur développé par les promoteurs de cette formule nous renvoie à la tradition historique pour le choix du Président provisoire de la transition. Cette démarche me semble être incohérente au double point juridique et historique au regard de l’articulation institutionnelle proposée : un Président de la République issu de la Cour de cassation et un Premier Ministre sans Parlement.


En remontant dans notre histoire constitutionnelle, une évaluation statistique nous indique que de nos vingt-deux (22) constitutions, nous avons expérimenté plusieurs régimes politiques : de l’empire à la royauté, en passant par la monarchie et les régimes présidentiels dégénérés en présidentialisme pur et dur jusqu’au parlementarisme. Il s’ensuit donc que notre tradition constitutionnelle n’exprime pas une pensée juridique et politique uniforme. Dans nos péripéties politiques, nos constitutions ont été en grande partie des œuvres abstraites de droit public qui ont exprimé des souhaits et des aspirations politiques. L’analyse exégétique de ces différentes constitutions et la comparaison établie entre elles ne suffisent pas pour déceler notre tradition juridique ni fonder la spécificité de l’ordre juridique national. Elles traduisent non seulement un problème de gouvernance mais nuisent à la nécessaire stabilité de l’État. (Mirlande Manigat, Traité de droit constitutionnel haïtien)

Une question se pose : quel est le bien fondé d’un poste de Premier Ministre en absence d’un pouvoir législatif? Autrement dit, peut-on avoir un Chef de gouvernement sans Parlement ?
Sous l’autorité du Premier Ministre, selon la Constitution de 1987, le gouvernement pilote l’action gouvernementale. Le Premier Ministre est choisi par le Président de la République pour mettre en œuvre sa vision de l’État (Art 137 de la constitution). Autour de quoi s’articule la vision du Président provisoire de la transition ? Qu’est-ce que le Chef du gouvernement va mettre en œuvre ?
Le poste de Premier Ministre répond à une logique constitutionnelle et institutionnelle. En effet, le cabinet ministériel constitue la pièce maîtresse de notre régime politique. C’est par lui que s’établit la relation entre le gouvernement et le Parlement. Entre ces deux entités, il existe une collaboration fonctionnelle et sanctionnée. S’il n’y a pas d’instance de contrôle, il ne peut pas y avoir d’action gouvernementale. On ne peut pas forger une instance de contrôle en absence du Parlement. Les parlementaires, représentants élus du peuple, sont les délégués de la souveraineté nationale dont la mission consiste à contrôler l’action du gouvernement dans le but de protéger l’intérêt général.
Quelle réflexion ou quelque intention supérieure se dégage de cette approche ? L’opposition politique propose une démarche enveloppée dans la couleur de l’obscurité du non droit. Le jeu force à réfléchir raisonnablement . Une constitution est une totalité individuelle indivisible et il est également impossible d’en faire l’objet d’une délibération et d’un choix à la carte. Non seulement la Constitution tient à sa logique et sa cohérence et en dépend, mais aussi au caractère même de toute totalité.


Dans une société démocratique, la constitution, le système juridique, les droits civils et politiques sont des forces dans lesquelles le peuple s’unit et se manifeste. Ce sont ces forces à coté d’autres, qui lui donnent une existence spirituelle. Elles ne peuvent pas être livrées à l’arbitraire et à la férocité de quelques individus ou d’un groupe d’individus. Dans une démocratie, les partis politiques ne capturent pas l’État mais concourent à l’expression du suffrage universel. L’étatisation de ces derniers par la loi sur le fonctionnement et le financement des partis politique, les oblige à contribuer à la mise en œuvre des articles 58 et 59 de la Constitution. Cela signifie que dans notre cadre républicain, le pouvoir est légitime, démocratique et constitutionnel.


Ces dispositions constitutionnelles citées ci-dessus reconnaissent au peuple le droit de choisir les gouvernants à tous les niveaux exécutif et législatif. Avec la démarche de Marriott, le peuple est tout simplement phagocyté. Car la citoyenneté n’a de valeur que là où les droits qu’elle donne ont de l’exercice. L’unité de l’opposition à Marriott est-elle le fait du parti unique de l’opposition qui prend sa revanche sur la Constitution et sur la nation?


En effet, la Constitution est la rencontre entre l’État et la nation, un rendez-vous entre les gouvernants et les gouvernés. Tout pouvoir de transition non défini par la Constitution est un divorce entre l’État et le citoyen.


Notre loi mère en ses articles 58 et 59, définit la souveraineté et la mise en œuvre des attributs de cette souveraineté. L’essence de la souveraineté est le peuple dont il est le dépositaire est fractionnée au nom de l’égalité des citoyens. Chacun des citoyens en détient une parcelle : un droit individuel en tant que citoyen et un droit commun comme membre d’une collectivité donnée.
C’est le suffrage universel qui concilie le citoyen avec les détenteurs des pouvoirs de l’État. Le suffrage universel est l’instrument par excellence de la démocratie. Cette émanation populaire confère une certaine légitimité à la gestion étatique.


L’État n’est pas une abstraction ni un monstre qui se dresse devant les citoyens. Il est une matérialité qui prend corps à travers les pouvoirs de l’État, à qui le peuple délègue sa souveraineté en choisissant ses représentant par le suffrage universel. L’État est le lieu de convergence de tous les intérêts où chacun a sa petite place. La capture de l’État par quelques fractions du peuple met le peuple dans une forme non conforme à la raison. Son existence en tant qu’être légal est le fait de la raison. Car la Constitution et la loi ne sont pas le fait du hasard ou du vide mais de la raison même. C’est la Constitution et la législation existantes qui donnent au citoyen sa valeur. Sa réalité spirituelle se trouve dans l’exercice des droits que lui confèrent les lois positives. La démarche qu’on nous propose apparaît comme un renoncement de la raison parce qu’il y a capture de la volonté subjective et universelle.

Nulle réunion partielle de citoyens ne peut s’attribuer de la souveraineté. La conception selon laquelle le peuple est dépositaire de la souveraineté nationale a été aussi notée par les constitutions antérieures, notamment celles de 1806 (art. 12) et 1818 (art. 16).
Y a-t-il dans notre société des hommes, des citoyens ou des groupes d’hommes qui se trouvent à un degré supérieur à d’autres ?


La machination politique de certains secteurs dominants de la société conduit à l’endoctrinement des citoyens contre la Constitution. Elle les fait oublier que la Constitution leur confère des droits. Un État en tant que tel est une fin qui a préséance sur les individus et inspire tous leurs actes. À cette phase, sommes-nous en train de vivre une forme de l’arbitraire individuel ? L’État, la constitution et les lois sont des buts et le citoyen doit se mettre à leur service. Celui-ci s’efface en eux et n’atteint sa fin que dans l’universalité. Donc, la Constitution qui est notre fin, s’impose aux citoyens. C’est en respectant la Constitution, les lois et les institutions qu’elles créent que nous réalisons notre fin collective. La violation de la Constitution nous détourne de cette fin universelle. Les citoyens doivent se sacrifier en vue de la réalisation de cette fin collective. Le collectif, l’universel ou l’intérêt général imposent aux citoyens leur joug.


Cette transition politique telle que conçue, parce qu’elle ne vise pas cette fin, va engendrer une lutte entre l’individualité et l’universalité. Sans la légalité concrète et abstraite du pouvoir, on est dans la violence arbitraire individuelle. Serions-nous en tant que collectivité, obligés de vivre le déchirement intérieur absolu de la non réalisation de cette fin, de subir la souffrance du despotisme individuel ou de résister à l’individualisme politique marchand, tel qu’il nous est permis de constater aujourd’hui dans le jeu politique actuel?

En conclusion, dans les circonstances présentes, dire non à un projet politique marchand ne veut pas dire qu’on s’arrange sur la position du pouvoir. Le pays n’est pas PHTK ni son contraire. La participation démocratique du citoyen dans le débat politique est le critère de l’engagement politique. C’est un début dans la marche vers l’universel. Nos droits politiques de participation nous obligent à prendre un engagement de front pour émanciper notre génération d’un passé refoulé qui souhaiterait exercer sa domination sur l’avenir de notre pays. Un enseignement insuffisant de l’histoire, dit Habermas, équivaut à un refoulement du passé et une de responsabilisation de soi au présent.


En effet, pour combien de temps encore le pays continuera à subir les conséquences des politiques maladroites de nos décideurs ? N’est-il pas temps de faire prendre conscience d’une dialectique du renouveau dans un nouveau paysage politique et intellectuel ?
En politique, on ne réalise pas tout ce qu’on veut. La politique unit, désunit et réunit. Dans la conjoncture actuelle, il faut cohabiter avec Jovenel Moïse contre Jovenel Moïse, c’est-à-dire, à défaut d’un mariage d’amour impossible, il faut envisager de conclure avec lui un mariage de raison désormais possible dans l’intérêt de tous et sans exclusivisme. L’arrivée d’une mission politique de haut niveau déléguée par les Nations-Unies et les États-Unis forcera-t-elle les concepteurs de l’Accord de Marriott à raisonner dans le sens de la cohabitation, ou est-ce que l’opposition va donner une autre direction à sa lutte, en lui enlevant toute armature légale ou constitutionnelle, donc révolutionnaire ?

Continue Reading

Les plus visionnés

  • Michelet Nestor : L’appel au dialogue du président devrait tabler sur sa démission (56,721)
    Jovenel Moïse aurait dû annoncer sa démission dans son adresse à la nation, et l'appel au dialogue du président aurait eu pour tâche de préparer le gouvernement de transition, pense Nestor Michelet, spécialiste en Droit international des affaires. Une telle démarche calmerait, selon lui, toute cette colère populaire qui ne fait que paralyser le pays. […]
  • OPINION PUBLIQUE: Les grenadiers passent de Héros à zéros (12,385)
    Après la dernière édition de la Concacaf (Gold Cup), ou la sélection Haïtienne de football a gagné la 3e place, trois Grenadiers sur cinq, de ceux qui sont revenus du championnat, ont été reçus par le président Jovenel Moïse, au Palais National le 9 juillet 2019. Depuis, l’opinion publique ne cesse de dénoncer cette rencontre, […]
  • Michelet Nestor à travers sa fondation vient en aide à La Gonâve (5,906)
    Face à une crise humanitaire qui sévit à l'île de La Gonâve, Michelet Nestor à travers sa Fondation Nestor pour le développement (FONED) vient en aide à des familles. Les habitants de La Gonâve se retrouvent dans l'incapacité de s'approvisionner pour subvenir à leurs besoins, à cause de la crise sociopolitique actuelle qui sévit dans […]
  • Des enfants renvoyés pour des frais de scolarité, victimes d’un accident à Pétion-Ville (5,763)
    Ce matin aux environs de 9h, un camion a percuté un mur du Collège Mixte Ascension à Delmas 105 et en a fait deux morts et plusieurs blessés. L'un des enfants, âgé de 6 ans, a rendu l’âme à l’hôpital La Paix.     Selon les informations, les victimes sont des enfants à bas âge renvoyés […]
  • 30 dollars US: Quand le rappeur Youssoupha Mabiki joue pour des gens fortunés en Haïti (5,316)
    Le vendredi 5 juillet 2019, le peuple haïtien a été courtisé par l’exceptionnel rappeur français d’origine congolaise, Youssoupha. L’un des lyricistes les plus appréciés de la métropole française, et qui, au fil des ans, a taillé une place de choix au cœur de l’élite de la musique populaire de France, parmi lesquels : Kerry James, […]
January 2020
M T W T F S S
« Dec    
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031  

Categories

LES PLUS LUS