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Opinion

Le Président quittera le pouvoir en 2021 ou 2022 ?

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Le débat sur le départ du président Jovenel Moïse continue de faire rage en Haïti. Même des juristes étrangers s’y invitent ou y sont invités. Prenant le contre-pied de l’argument du juriste français Pierre Egea qui estime que le mandat du président Jovenel Moise prendra fin en 2022, le constitutionnaliste haitien Me Sonet Saint-Louis fait valoir que le temps présidentiel établi par la Constitution n’a pas suspendu son vol au 7 février 2016 pour le reprendre au 7 février 2017. En voici son argumentation !

En quoi l’annulation des élections présidentielles décidée par la Commission créée par le gouvernement de Jocelerme Privert pourrait-elle affecter le temps présidentiel au point de remettre en question la date du 7 février 2021 consacrant la fin de mandat du président Moïse ? Au départ de Michel Martelly en 2016, l’Assemblée nationale n’était pas réunie au plein droit pour élire un président de la République. Le président provisoire de l’époque, M. Jocelerme Privert, n’avait pas réputé avoir bouclé un mandat de cinq ans selon les termes des articles 149 et 149-1 parce qu’il n’y avait pas de vacance présidentielle mais un vide pouvoir qui nous force de constater que le successeur de Martelly n’était arrivé au 7 février 2016.

Se référant au temps présidentiel, pour le législateur, le 7 février 2016, le mandat du successeur de Martelly est en cours. La réalité de Privert n’ a pas de reconnaissance juridique, donc de légitimation. L’article 98-2 dispose que les pouvoirs de l’Assemblée nationale sont limités et ne peuvent s’étendre à d’autres objets que ceux qui lui sont attribués par la Constitution.

Ce fait politique survenu suite au départ de Martelly, le 7 février 2016, n’est pas encadré par le droit constitutionnel haïtien. La lettre et l’esprit de l’article 149 indiquent clairement que chaque cinq (5) ans, le peuple doit élire un président au suffrage universel direct. Toutes les circonstances qui pourraient entraîner la coupure du mandat présidentiel sont prévues à l’intérieur de l’article 149. En dehors de ces cas, il n y a pas de vacance, mais un vide pour lequel le législateur fait naître fictivement une réalité, laquelle réalité nous oblige à reconnaître que le mandat avait débuté le 7 février 2016. Si le sénateur Jocelerme Privert a été élu pour un mandat de 120 jours, il est clair qu’il ne s’agissait pas d’une vacance présidentielle parce que l’article 149 prévoit que le président élu par l’Assemblée nationale exerce le pouvoir présidentiel pour le reste de temps à courir. Le 7 février 2016, il n’y avait pas de vacance présidentielle mais un vide pouvoir dû au fait de la non conclusion des élections présidentielles de 2015.

Il s’agit là d’une erreur conceptuelle monumentale qui invalide totalement la thèse de Pierre Egea, professeur de droit public agrégé de l’Université de Toulouse, dont « l’argumentaire » a été publié par Haiti24. L’argumentaire du juriste français est si faible que planent beaucoup de doutes quant à l’authenticité de cet article. En tout cas, une chose est sûre : sa lecture des faits juridiques en question démontre qu’il s’égare et se perd totalement.

Le concept de vacance utilisé par ce dernier ne peut pas traduire la représentation subjective de la réalité qui était la nôtre au lendemain du 7 février 2016. La confusion de concept est une erreur heuristique qui résilie l’explication du phénomène observé. Car ce qui fait la valeur d’un concept, c’est sa capacité heuristique, c’est-à-dire, en quoi il nous aide à découvrir et à comprendre. C’est le progrès qu’il apporte à l’élaboration des connaissances (Jean Robillard, La modélisation).

L’élection illicite du président Jocelerme Privert par l’Assemblée nationale, l’annulation des élections, la non organisation de ces dernières aux dates indiquées par la constitution sont des faits politiques, des impondérables, des péripéties politiques et électorales qu’on ne saurait constitutionnaliser a posteriori. Ce sont des faits comme d’autres faits qui surviennent tout le temps que le législateur ne transforme pas en droit. L’ordonnancement juridique se repose sur la fonction technique et dogmatique des fictions qui assurent au droit une certaine cohérence.

Il s’ensuit donc que le temps de Privert est caractérisé par un fait politique illicite sur lequel le législateur n’avait pas pris position. Par exemple, le législateur fait naître avant l’heure un enfant conçu pour le plus grand avantage de celui-ci; il fait survivre le défunt dans la personne de ses héritiers, ou même fait revivre fictivement le successible prédécédé grâce à la présentation successorale (Gérard Cornu). Le gouvernement de Privert est un fait contraire à la nature des choses ne peut être une légitimation de l’illicite.

« Nul n’est censé ignorer la loi ! »
La théorie des fictions dans le système juridique élaborée par Jean-Louis Bergel postule que le rôle des fictions dans le système juridique est d’assurer la cohérence du droit. Nous nous en inspirons. De ce fait, notre démarche consiste à démontrer que l’annulation ou la non-organisation des élections n’affecte pas le temps présidentiel que le législateur a fait naître. Donc, le mandat du président Moise prend fin le 7 février 2021. Car, selon le professeur Bergel, par leur fonction mécanique et dogmatique, les fictions participent à l’effectivité du droit dans son ensemble („Nul n’est censé ignorer la loi“).

Aux États-Unis, chaque quatre ans, le peuple américain est convoqué pour élire un nouveau président. La deuxième année du mandat présidentiel aux États-Unis coïncide avec l’élection de mi-mandat, c’est un dogme. L’esprit pragmatique américain est différent de celui des Français trop habitués à la pagaille.

Par exemple, en Haïti, tout le monde sait que le renouvellement de la Chambre des députés se fait intégralement tous les quatre (4) ans (art. 92-3), le Sénat siège en permanence (art. 95-1) et le renouvellement se fait par tiers (1/3) tous les deux (2) ans, l’élection présidentielle, la cinquième année de son mandat (art. 134-2). Tout le monde sait aussi que depuis le 13 janvier 2020, le pays fonctionne sans la Chambre des députés et que le Sénat est dysfonctionnel : c’est un fait politique. Ces dispositions citées plus haut rentrent dans la fiction du législateur. Les fictions, quant leur fonction de politique juridique et historique, permettent d’introduire sans bouleversement des normes nouvelles dans l’ordre juridique. L’article 134-2 participe à la fiction du législateur, qui dans un souci de cohérence et d’effectivité du respect du temps présidentiel, selon lequel chaque cinq ans, on doit avoir un président élu en Haïti, extrapole les conditions pour résoudre une péripétie électorale et politique due à la mauvaise planification politique du temps constitutionnel. L’adverbe « immédiatement » inséré au deuxième paragraphe de l’article 134-2 – une date non précise – sonne l’urgence d’une situation nouvelle créée par le législateur. Elle déroge et remet en question la date symbolique et officielle pour la prise du pouvoir du président élu.

C’est donc dans un souci de cohérence que l’article 134-2 de la Constitution doit être lu en relation avec les clauses de l’article 284-2 qui réconcilie le temps présidentiel et le temps législatif. Cette mise en perspective de ces deux temps nous oblige d’admettre que la fin d’une législature qui est de quatre (4) ans coïncide avec la cinquième année du mandat présidentiel. Entre ces deux temps, le délai est de douze mois. Voilà le corset chronologique dans lequel nous met la Constitution, a reconnu l’intellectuel haïtien Daly Valet.

L’entrée en fonction du Président Moïse en février 2017 est un fait politique qui n’affecte pas la réalité constitutionnelle décrite à l’article 134-2 qui dit clairement que son mandat prendra fin le 7 février 2021. Car, il n’ y a pas une réalité. Il y a plusieurs réalités, celle prescrite à l’article 284-2 en est une.
Les contours de l’article 134-2 qu’on croyait flous et confus se précisent à l’article 284-2. Ce n’est pas un hasard le fait que les constituants fassent coïncider ces deux temps. Ils le font dans un souci de cohérence de la Constitution pour un meilleur fonctionnement des institutions.

Le temps est successif et continu, selon Kant. Le temps présidentiel établi par la Constitution n’a pas suspendu son vol au 7 février 2016 pour le reprendre au 7 février 2017. Remplir le temps constitutionnel avec un contenu illicite, comme ce fut le cas de la présidence de Privert en 2016, ou le laisser vide, comme le cas d’aujourd’hui, où une nouvelle législature n’a pas vu le jour au deuxième lundi de janvier 2020, n’ a aucune incidence sur cette réalité fictive.

Tout constitutionnaliste sait que ces faits politiques générés par la désinvolture de nos dirigeants n’a aucune incidence sur le temps législatif. Pour le législateur, il y a une une législature qui est en marche depuis le deuxième lundi de janvier 2020. Le droit se nourrit des fictions. La politique constate ce qui est, le droit dit ce qui doit être. Entre les deux points de querelle, il faut une mariage de raison. Comme l’a fait valoir l’éminente constitutionnaliste Mirlande Manigat, c’est « pour la raison et pour la loi » que le mandat de Jovenel Moïse prend fin le 7 février 2021. C’est pour la stabilité politique et la continuité de l’État qu’il ne doit pas avoir un décalage entre le temps constitutionnel et le temps électoral.

C’est enfin dans ce même souci de respecter le temps constitutionnel que le gouvernement de Privert avait un pris un arrêté de nomination daté de 29 mars 2016 dans lequel il avait demandé aux nouveaux membres du CEP de continuer le processus entamé en 2015. Cet arrêté, rappelons-le, fait suite aux deux notes respectives de l’Ambassade américaine en Haïti en date du 15 février 2016 et du Core Group, le 28 mars 2016, signée de Sandra Honoré dans lesquelles la communauté internationale, à travers ses différents représentants, appelle les acteurs à rétablir un CEP pour l’achèvement du processus électoral de 2015. Il n’y avait pas coupure, mais continuité si on se fie aux textes officiel et non officiel.

Égalité devant la loi
C’est ce décalage entre ces deux temps qui a permis au président Moïse de constater la fin du mandat d’un deuxième tiers du Sénat au deuxième lundi de janvier 2020, en arguant avec raison la primauté du temps constitutionnel sur le temps électoral. Les circonstances politiques ont fait que le
mandat de ces dix-huit sénateurs avait commencé deux ans avant que leur élection ait eu lieu, ces mêmes circonstances ont fait que le successeur de Martelly n’ait pu rentrer en fonction le 7 février 2016.

Le Président n’a pas plus de droits que ces sénateurs dont il avait constaté la fin de leur mandat. L’égalité de chacun devant la loi (art. 18 de la Constitution), comme détenteur d’une part de souveraineté (art 58 de la Constitution), est la règle de base qui détermine aujourd’hui l’essentiel des principes qui fondent notre système juridique. En effet, cette égalité de tous devant la loi n’est possible que dans la mesure où la loi est la même pour le monde. Ce principe implique lui même une forme d’objectivation de la règle de droit. L’égalité devant la loi implique aussi une seule interprétation de la loi (Pierre Noreau, Le droit préventif). Ainsi, le droit perd sa cohérence, la loi son caractère impersonnel si chacun devient son propre juge et l’égalité devant la loi n’existe plus. C’est la fin de l’État, c’ est l’anarchie (Mireille Delmas-Marty).

C’est la loi qui donne au citoyen sa valeur. Loi que nous devons tous respecter et qui doit être appliquée de la même manière pour tous. La réalité spirituelle du citoyen se trouve dans l’exercice des droits que lui confèrent la constitution et les lois de la République. L’existence de plusieurs applications d’une même règle de droit ne garantit pas l’ égalité des citoyens devant la loi, de même la cohérence de notre système de droit qui doit se reposer sur l’existence d’un ordre juridique unique.

L’arbitrage présidentiel ne doit pas être exercé pour résoudre sa propre cause. Le Chef de l’État n’est pas l’arbitre de ses propres différents (art. 136 de la Constitution). Au contraire, il est là pour assurer le salut de la nation.

La démarche du Professeur laisse quelque arrière-goût et nous invite à la méditation. Étant citoyen français, la France des droits de l’homme, le Professeur EGEA semble oublier que selon la déclaration française de 1789 tous les hommes sont égaux en droit et devant la loi. Ce document daté du 18e siècle traduit l’ esprit français dont chaque citoyen français doit en être fier, et pour lequel beaucoup de peuples de la planète souhaiteraient être citoyens de la France. Ces principes qui sont devenus des principes généraux du droit, la France les avait fabriqués pour le bonheur de la France mais Haiti les matérialisés, mondialisés, et avait contraint l’ humanité à les respecter. C’ est contre l’ absolutisme, et c’ est précisément parce que chaque haïtien est égal devant la loi, le President Moise laissera le pouvoir le 7 février 2021, en vertu de ce principe constitutionnel : “tous les haïtiens sont égaux devant la loi”. ( art 18 const). L’ égalité de chaque citoyen haïtien devant la loi est cette “Idée Supérieure” qui fonde le principe de l’unicité de notre système juridique national.

Les démarches de certains intervenants dans ce débat sont non seulement fausses mais elles sont souvent issues de passions claniques. Je rappelle que le droit est une profession qui s’exerce avec brio, et bien qu’il puisse être imparfait, même dans ses fondements, ce n’est pas, comme semble le comprendre le Dr Georges Michel, une plaisanterie grotesque, comme celle qu’il a dirigée contre Dr Mirlande Manigat, constitutionnaliste et professeure de droit constitutionnel. C’est assez déraisonnable de pousser l’imposture jusqu’à s’attaquer à cette intellectuelle en fin de carrière, cette beauté de l’esprit. Pour qu’une analyse scientifique soit acceptable, il faut la connaissance, des aptitudes à appréhender l’objet droit et une construction théorique et conceptuelle à la base de toute démarche scientifique. Ainsi faisons-nous nôtre l’avertissement un jour donné par Voltaire selon lequel si l’on voulait discuter avec lui, il fallait bien définir ses termes. C’est une observation importante, une mise en garde qui a tout son sens dans le débat scientifique actuel. Socrate avait fait remarquer qu’un débat qui n’a pas de cadre théorique, devient automatiquement une discussion oiseuse, et c’est précisément cette attitude à laquelle notre adorable ami et talentueux journaliste Guyler C. Delva nous a malheureusement habitués.

La modestie nous force de reconnaître la limite de la théorie évoquée pour évaluer la réalité que nous prétendons expliquer. Il est un fait que le Président Privert avait posé des actes qui engagent encore l’État d’Haïti. Ce fait n’est pas accidentel. Il en est de même des régimes du président Joseph Nerette et d’Emile Jonasaint : ceux-ci avaient exercé une partie du mandat du Président Aristide. On ne peut pas effacer ces actes ni non plus les constitutionnaliser. Ce sont des malentendus politiques et historiques qui ne devaient jamais arriver ni être acceptés dans le cadre d’une société de droit. C’est pourquoi, il nous faut rationaliser le comportement de nos acteurs politiques et la vie politique haïtienne.

Pour une solution nationale négociée
On doit éviter tout esprit polémiste et rester sur le terrain de la science. Un juriste digne de ce nom n’a pas d’autre choix que d’affronter certaines interprétations oiseuses dont l’objectif est de faire ombrage à la vérité que nous recherchons tous ensemble. Ceci dit, il n’y a pas de désaccord entre mon point de vue et celui du docteur Ricardo Augustin. Nous ne prenons pas une distraction de l’esprit pour un désaccord scientifique. Le professeur Augustin le sait bien. Le coup est piteusement raté. Mais avec ce pouvoir qui s’enlise de plus en plus dans l’anormalité et la non juridicité de ses actions, il y aura toujours pour mon ami une occasion d’être sur la toile et dire ce qu’il a à dire, raisonnablement. Mais à chaque fois, nous lui conseillerons d’avoir un usage prudent de ses écrits. Car l’écriture appartient au futur. Quoiqu’on dise, le professeur Ricardo appartient à la communauté universitaire et tout écart dans sa démarche sera jugé par ses pairs avec le plus grand sérieux mais aussi avec un risque d’être frappé d’un discrédit moral, éthique, et intellectuel. Car dans le domaine scientifique, tout désaccord est théorique ou conceptuel.

Loin des préjugés et luttes partisanes, notre démarche se veut être scientifique et philosophique. Nous ne sommes ni prétentieux ni arrogant, encore moins suffisant pour imposer notre point de vue à la communauté juridique nationale. Nous n’avons pas étalé nos préférences, ni nos appréciations concernant les diverses interprétations de l’article 134-2. Dans le cadre de cette démarche, nous avons fait appel à des connaissances pour répondre aux interrogations incessantes des étudiants en sciences juridiques avec toutes les exigences d’honnêteté et de courage que cela exige. Il est dommage que l’intellectuel polémiste Yves-Germain Joseph y voie un venin destructeur pour la communauté universitaire. Le droit, c’est d’abord une science, et non une hypothétique chimérique. C’est pourquoi ce dialogue ne passe pas entre le juriste exigeant et rigoureux et le politicien habile dans la défense de ses intérêts politiques.

Ironiquement, au lieu de s’en tenir à la lettre constitutionnelle, certains blindent leur « argumentation » en recourant à des docteurs, des professeurs recrutés ici et ailleurs, alliés aux faucons de la politique traditionnelle haïtienne, avec l’onction de la communauté internationale honteusement sollicitée dans un débat qui ne concerne que les Haïtiens. Ce qui montre la difficulté à trouver une réponse pertinente et rassurante au président Moïse pouvant lui permettre de mettre définitivement le cap sur 2022. Gaspiller l’énergie d’un peuple, mobiliser des ressources intellectuelles pour déraisonner sur la nation, sa constitution, ses lois dans le but de garder un pouvoir sans force, au lieu de les canaliser dans la perspective du relèvement de l’Université d’État d’Haïti et du développement du pays est pronfondément malsain. La force d’une administration, disait la sociologie saint-simonienne, réside dans les services que ses dirigeants fournissent aux citoyens. L’État réel, ce sont les services sociaux de base et essentiels distribués aux citoyens, a écrit le grand réformateur, Dr Josué Pierre-Louis. Alors pourquoi ne pas rechercher une solution nationale négociée avant qu’il soit trop tard, comme l’a suggéré le professeur Wilson Laleau, ancien directeur de Cabinet du Président Moïse ? C’est précisément pour éviter la barbarie politique comme celle de l’intelligence actuellement à l’œuvre qu’il nous faut de manière patriotique et consensuelle préparer l’après 7 février 2021 avec tous et sans exclusivisme pour “Built something irregular to back to the rule of law”.

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Assassinat de Me Monferrier Dorval: Oups, quel gâchis, a twitté Rénald Lubérice

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Dans la nuit du vendredi 28 août 2020, le bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince a été lâchement abattu par des individus non identifiés.

Un meurtre qui a soulevé l’indignation, la colère, et la tristesse de plus d’uns. Le pays perd un grand homme, dit-on.

Toutefois, si l’assassinat du bâtonnier fait pleurer de nombreuses personnes, cette situation dramatique semble ne pas ébranler le secrétaire général du conseil des ministres, Rénald Lubérice, dans le sens d’une tristesse éprouvée.

Oups! Quel gâchis ! a twitté monsieur Lubérice en rapport à l’assassinat du professeur Dorval.

Parmi les nombreuses interprétations qui pourraient y avoir sur ce tweet, une retient vraiment l’attention.

Le tweet de monsieur Lubérice laisse présager qu’il savait que le bâtonnier allait recevoir la visite de certains voyous, mais ignore en toute innocence que ces derniers allaient l’assassiner. Comme s’il s’agissait d’une maladresse. D’où l’exclamation de surprise : Oups!

Peut-être que les voyous avaient seulement la mission de faire peur au bâtonnier, pour reprendre le mot gâchis employé par Lubérice. Mais arrivés sur les lieux, les choses ont dégénéré et ont abouti au meurtre.

En tout cas, le tweet du secrétaire général du conseil des ministres ressemble à un semi-aveu indiquent des personnes. D’autres commentant le tweet du secrétaire parlent d’un aveu, et soutiennent qu’il devrait répondre les questions de la justice sur cet acte odieux. Certains qualifient Lubérice de répugnant.

Mais il n’y a pas que Rénald Lubérice au sein du pouvoir qui parodie l’assassinat du bâtonnier. L’inhumanité habite le pouvoir en place qui ne fait que banaliser la vie humaine.

Dans sa costume de ridicule, le président Jovenel MOÏSE a demandé trois jours de deuil national, et en même temps exigé que les stations de radio jouent des musiques de circonstances. Comme si cela allait résoudre le problème de l’insécurité. Au lieu de prendre des mesures pour pallier à cette insécurité généralisée, Jovenel Moïse se contente de repousser les limites de l’irresponsabilité, de l’incompétence et de l’indécence.

“Je ne m’appartiens plus. J’appartiens au pays. Je fais le sacrifice de ma vie pour servir le pays. J’aime ce pays”, dit Me Monferrier Dorval en interview avec le journaliste Robenson Geffrard sur les ondes de la radio Magik9, vendredi matin avant son assassinat. Propos rapportés par le journaliste sur son compte Twitter.

Espérant que ses sacrifices apportent ses fruits. Comme l’a si bien dit F.B “l’on ne voit pas toujours la fin du combat que l’on mène, n’empêche qu’il prendra fin”.

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LE RÔLE DU COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT DANS LE FONCTIONNEMENT DE LA JUSTICE PÉNALE

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Un conflit a récemment éclaté entre le Ministre de la Justice et de la sécurité publique, Vincent Rockefeller, et le Commissaire du gouvernement, Jacques Lafontant. Au-delà de ce différend et même à cause de cela, il serait utile d’évoquer, ici, le rôle du Commissaire du gouvernement dans le fonctionnement de la justice pénale, peut-être pour éviter à l’avenir de dangereuses confusions des rôles.

Suite à une lettre de remontrances de son ministre de tutelle, le Commissaire du gouvernement du gouvernement, Me Jacques Lafontant, a durement accablé son supérieur hiérarchique, Vincent Rockefeller, accusant celui-ci d’avoir commis dans le passé des actes contraires à l’éthique professionnelle et à la morale publique. Les faits évoqués par Me Lafontant contre l’actuel Garde des Sceaux relèvent-ils de la calomnie d’un fonctionnaire public acculé qui veut se venger ? On ne le sait. En tout cas, dans tout État sérieux, une enquête aurait déjà été diligentée en vue de faire la lumière sur ces graves accusations portées sur la place publique contre le Ministre. Il s’agit quand même de la gestion d’une République qui se fonde sur des valeurs dont le Chef de l’État est à la fois le dépositaire et le garant.

Après cet échange musclé, le Commissaire Lafontant a démissionné. Pour plus d’un, dans une telle situation, il a fait ce qu’il fallait faire pour rester égal à lui-même. Somme toute, l’ancien diplômé en lettres à l’École normale supérieure avait dirigé le parquet avec honnêteté, rigidité et une compétence dont il peut se vanter, a déclaré le très intègre Magistrat Jean Wilner Morin, juge et juge d’instruction au Tribunal de Première instance de Port-au- Prince et chef d’une association de magistrats. Cet avocat public qui va certainement retourner dans la sphère privée et à qui je dédie un plus grand destin, est assurément en réserve de la République.

Au-delà d’une affaire opposant un supérieur hiérarchique à un subalterne ou du conflit entre le ministère de la justice et le parquet, la démission de Me Lafontant nous donne l’opportunité de questionner le rôle ou le statut véritable du Commissaire du gouvernement dans le fonctionnement de justice haïtienne, et plus précisément dans la justice pénale, à l’heure de la réforme pénale en Haïti. Dans ce cadre, quatre questions fondamentales mériteraient d’être abordées telles que: 1) les règles de l’enquête, la poursuite, l’instruction et le jugement ; 2) les pouvoirs des autorités pénales ; 3) les limites de ces pouvoirs ; 4) l’équilibre entre la protection des libertés individuelles (droit de la défense et celle de la société).

Cependant, je n’examinerai pas ces quatre questions dans ce texte. Je me bornerai à traiter du statut ou du rôle du Commissaire du gouvernement au regard du principe de l’égalité des armes, principe témoin de l’État de droit dans lequel est associé le droit à la défense pleine et entière.

Pourquoi devrait-on considérer les Commissaires du gouvernement comme faisant partie de la magistrature ?

La France, le pays où Haïti a puisé pour se doter de ses codes, indique que le parquet désigne le lieu où se tenaient les magistrats du ministère public. C’est la France qui a introduit dans son système judiciaire les concepts de « magistrature assise » et de « magistrature debout ». Cette conception française de l’organisation de la justice remonte au 14e siècle. Elle domine encore la justice haïtienne. En France, tout comme en Haïti, le Commissaire du gouvernement et ses substituts, appelé « magistrats du parquet » sont placés sous la direction et le contrôle de leurs chefs hiérarchiques et sous l’autorité du garde des sceaux, le ministre de la Justice.

Cette distinction française adoptée dans notre droit national est pernicieuse. Elle est en désaccord aux principes nouveaux développés dans le droit moderne, notamment ceux de l’État de droit. Comparée aux pays de « common law », la France accuse certains retards. Mais des récents développements observés dans la jurisprudence française dans la mise en œuvre des principes de l’État de droit, montrent qu’il y a évolution.

La justice est un pouvoir en Haïti
Dans le système français, la justice est une autorité, tandis qu’en Haïti, elle est un pouvoir légitime de la démocratie : c’est une distinction fondamentale. Nos magistrats confondent Haïti avec la France. Ils ont importé le modèle français sans tenir compte des principes énoncés par la Constitution haïtienne.

La justice en Haïti est une institution républicaine. Il s’agit là d’une question constitutionnelle que beaucoup d’acteurs de la scène judiciaire haïtienne n’arrivent pas à bien saisir. C’est ce qui explique la débandade dans la gouvernance judiciaire haïtienne et la mauvaise relation entre les trois grands pouvoirs de l’État. À la base de chaque système juridique, il se dégage des conceptions philosophiques et historiques qui le distinguent d’un autre. Ces emprunts faits dans certains systèmes juridiques dans d’autres pays, brouillent la cohérence de notre système national et a des difficultés pour s’insérer dans cette réalité haïtienne qui leur est tout à fait étrangère.

Les modes de désignation des magistrats en France sont différents de la procédure tracée par la Constitution haïtienne. En France, les magistrats sont nommés sur avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature. Cette formule française, pourtant contraire à la Constitution haïtienne, est adoptée en Haïti en application du décret du 22 août 1995 sur la magistrature haïtienne.

Il est à remarquer que cette manière de désigner les membres de la magistrature haïtienne, hormis ceux de la Cour de cassation, est en violation de la Constitution de 1987. Notre loi mère en son article 175 indique que les juges de la Cour de cassation sont nommés par le Président de la République sur une liste de trois (3) personnes par siège soumise par le Sénat. Ceux des Cours d’appel et des Tribunaux de première instance le sont sur une liste soumise par l’Assemblée départementale concernée et les juges de paix, sur une liste présentée par les Assemblées communales.

En Haïti, comme en France, les Commissaires du gouvernement et leurs substituts ne bénéficient pas de la garantie d’inamovibilité des magistrats du siège. D’un point de vue statutaire, le vocable « magistrat » attaché aux Commissaires du gouvernement et leurs substituts, fait problème. Haïti a hérité cette confusion de la France. La loi portant création du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire est non seulement inconstitutionnelle mais renforce cette confusion, en y introduisant un agent du Pouvoir exécutif dans la gouvernance du pouvoir judiciaire en la personne du Commissaire du gouvernement ; ce qui rend illégitime cet organisme dédié à la discipline des magistrats. C’est le cas aussi de la présence des membres des organisations de la société civile au sein de la gouvernance du pouvoir judiciaire. Cette formule est contradictoire. Alors comment établir la différence entre l’État et la société civile ? Les juges entretiennent aussi cette confusion, en ignorant le statut de pouvoir que confère la Constitution à la Justice (article 173).

Le pouvoir n’a pas de supérieur
Le Pouvoir judiciaire est en effet dépositaire de la souveraineté nationale (article 58) au même titre que l’Exécutif et le Législatif. Un pouvoir ne peut pas avoir des syndicats en son sein. Le pouvoir judiciaire haïtien, en acceptant de fonctionner avec des syndicats de magistrats en son sein, renonce pratiquement à son statut de pouvoir. C’est un peu de l’irresponsabilité. C’est même de la trahison. Un pouvoir n’a pas de supérieur et ne peut être soumis à aucune autre forme de direction interne ou externe.

Les mauvaises conditions de travail des juges et les revendications salariales ne peuvent et ne doivent pas être des motifs pour la formation des syndicats dans la magistrature haïtienne. L’État haïtien est unitaire et décentralisé. Dès lors, l’Exécutif ne peut décider tout seul en matière de budget. Il revient au pouvoir judiciaire d’évaluer ses besoins en fonction des ressources disponibles.

Les juges sont en principe les délégués de la souveraineté nationale et ils ne peuvent pas renoncer à ce statut. Ils sont mandatés par le peuple à travers les élections indirectes, même si, ce n’est pas le cas aujourd’hui. Ce manque de légitimité les place dans une situation de vulnérabilité par rapport aux deux pouvoirs politiques. Avec la présence du syndicat au sein de la magistrature haïtienne, ils développent un réflexe de survie et renforcent la dépendance du Pouvoir judiciaire. Nos magistrats évoluent donc dans une situation périlleuse à laquelle malheureusement ils ont largement contribué.

La fonction de magistrat ou du juge est différente de celle du Commissaire du gouvernement. Considérer ce dernier comme un magistrat est contraire au procès pénal moderne et aux principes de l’État de droit. Dans un procès, il n’y a que les parties litigieuses. Sous le regard neutre du juge, les parties doivent être sur le même pied d’égalité.

La défense et l’accusation doivent être dans les mêmes conditions pour présenter leurs causes. L’égal accès aux plateaux de la balance judiciaire est la base du procès pénal moderne. L’existence d’une « partie principale » sous-entend forcément qu’il y a une ou deux parties secondaires au procès. La balance veut dire que l’équilibre ne doit pas être modifié par rapport au pouvoir ou la position de l’une ou de l’autre dans la balance.

Le Commissaire est un avocat public
Le Commissaire n’est pas un magistrat mais un avocat public ou général. Le juge décide au nom de la république en tant que dépositaire de la souveraineté nationale. Le Commissaire a un rôle différent de celui de l’avocat qui fonctionne dans le privé mais ils sont tous deux des demandeurs. Pour le triomphe de leur point de vue, ils font des réquisitions auprès du juge appelé à décider, et par conséquent ils doivent être placés dans des conditions raisonnables pour plaider leurs causes.

Le juge est neutre et indépendant. C’est la neutralité du juge qui garantit l’équité du procès. Dans notre système pénal, le Commissaire est partie au procès. Il y est pour soutenir le point de vue de son chef hiérarchique. Le juge n’a pas de chef hiérarchique : il décide sur le litige soumis à son appréciation, selon le droit, l’équité et son intime conviction.

Si on veut que le Commissaire du gouvernement soit un magistrat, il faut absolument revoir son statut ou lui accorder un nouveau rôle. On peut s’inspirer du rôle du Procureur dans la justice pénale internationale dans sa fonction de poursuite des crimes internationaux.

Me Guerilus Fanfan a cité dans son mémoire de maîtrise en droit l’arrêt Medvedyev du 10 juillet 2008 de la Cour européenne des droits de l’Homme, où est précisé que le Procureur ne pouvait être considéré comme une autorité judiciaire au sens de l’article 53 de la Convention. Elle estime qu’il manque d’indépendance à l’égard du Pouvoir exécutif. La Cour de cassation française aujourd’hui semble adopter cette interprétation de la Cour européenne des droits de l’homme.
Dans son cours « État de droit », mon ancien professeur Jacques Yvon Morin à l’ Université de Montréal a enseigné que ce qui garantit l’indépendance de la justice est la procédure de nomination des magistrats. Seuls les juges indépendants peuvent rendre une décision équitable, a-t-il précisé.

La présence du Commissaire du gouvernement comme partie principale au procès pénal est contraire au principe de « l’égalité des armes ». Cet principe est inhérent à celui du « procès juste et équitable ». L’égalité des armes veut que chaque partie se voie offrir une possibilité raisonnable de présenter sa cause dans des conditions qui ne la placent pas dans une situation de désavantage par rapport à l’autre partie.

Ce principe développé en common law n’est pas bien connu dans la tradition continentale. Ce qui traduit un déficit terrible pour les juristes formés en droit civil. Le droit évolue vers une mixité de systèmes avec un net avantage pour la common law au niveau international. C’est le cas de dire que la transformation de la science du droit est presque l’œuvre de la common law. Les avocats formés uniquement dans la tradition civiliste ont des efforts à consentir s’ils veulent rester sur le terrain du droit, du nouveau droit.

Le droit à un procès équitable fait partie des droits érigés en principes généraux du droit, donc supranationaux. Dans un procès pénal, il ne peut pas y avoir de partie principale. En matière des droits fondamentaux de la personne humaine, c’est l’individualité du citoyen qui compte. En ce qui concerne ses droits, l’individu se trouve placé sur le même pied d’égalité avec l’État.

Le Commissaire est un fonctionnaire de l’Exécutif
Dans le système romano-germanique, c’est l’État qui garantit les droits des citoyens. Dans la conception accusatoire, le droit protège le citoyen contre l’arbitraire des pouvoirs. Ces deux visions du droit ont élaboré une conception singulière des rapports entre l’individu et l’ État.

Faut-il rappeler que dans le procès pénal moderne, l’équité fait partie des trois impératifs ! L’équité est l’élément fondamental du procès. Car la loi, en raison de son processus de fabrication parfois truqué, manipulé par les groupes dominants, peut porter en elle les germes inéquitables. Le juge n’est pas esclave de la loi : il doit plutôt y être fidèle. C’est la raison pour laquelle la formation savante du magistrat n’est fondamentale dans la distribution de la justice, mais plutôt son honorabilité, son intégrité, son sens de l’équité à dicter la solution vraie au litige qui lui a été soumis. Il me semble que c’est cette conception qui traverse la philosophie de notre justice. La participation du peuple dans le choix de ses représentants, telle que consacrée par la Constitution de 1987, est un élément fondamental dans le caractère démocratique des pouvoirs. Ces qualités et conditions ne sont pas à exiger d’un Commissaire du gouvernement, fonctionnaire de l’Exécutif au sein de l’appareil judiciaire.

L’ordre judiciaire haïtien est constitutionnalisé. Comme on vient de le voir, le pouvoir judiciaire est détenu par les juges non pas par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire qui en assure aujourd’hui le contrôle.

Étant défini comme une institution républicaine, il serait plus indiqué et approprié que la gouvernance de ce pouvoir soit confiée aux juges de la Cour de cassation. Constitué de cette manière, cet organisme aurait plus de légitimité du fait de l’intervention du Sénat dans le choix des juges de cette Cour : ils jouiront d’une légitimité dérivée. En l’absence du Conseil constitutionnel, création de l’amendement de 2011, qui n’a jamais été mis en place, de ce fait c’ est la Cour de cassation qui assure donc l’empire de la Constitution et la règle de droit. En matière de lois et de constitution, la Cour de cassation a le dernier mot. Ce relâchement constaté au niveau de notre Cour suprême nous amène à nous interroger sur la capacité réelle des gardiens de la règle de droit à assurer la sécurité de notre système juridique national.
Dans l’avenir, il faudra penser à une composition multidisciplinaire de notre Cour suprême. Cette formule nous permettrait de combiner les expériences et les connaissances de nos magistrats de carrière à d’autres professionnels du droit venant d’autres horizons ou ayant d’autres profils, tels que les sociologues du droit, les historiens du droit et les politologues du droit. Cela permettrait d’avoir un plus grand rayonnement de la justice haïtienne. La composition de nos différentes Cours (Cour de cassation, Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif, Cour constitutionnelle) doivent être analysées avec plus de sérieux. Cette démarche est fondée sur le fait que l’explication du droit fait appel à la multidisciplinarité, donc extérieure au droit. Dans la compréhension de l’objet droit, il faut associer “law in book” à “law in action”, dans le cadre de ce qui a été appelé les “gap studies”. En effet, les juristes peuvent détenir une position privilégiée mais ne sont pas les seuls à énoncer le discours scientifique sur le social, l’économie, la politique et le commentaire légitime sur le droit. Reprenant à sa manière la pensée de Pierre Bourdieu, le juriste sociologue, Me Ocnam Dameus, a rappelé avec raison qu’un “regard droit sur le droit confond le droit”.

Le pouvoir judiciaire dépositaire de la souveraineté nationale

Une observation fondamentale du décret du 22 août 1995 sur l’organisation judiciaire nous permet de voir que
les articles 18 à 25 du dit decret établissent deux catégories de magistrats. Ce decret contourne la Constitution de 1987 en son article 175 qui introduit la participation populaire dans le choix des juges. L’exercice de ce droit constitutionnel par les Assemblées territoriales assure aux juges une légitimité, hisse l’instance judiciaire au rang de pouvoir légitime de la démocratie et élimine du même coup la hiérarchie démocratique entre les trois pouvoirs. C’est le respect de cette procédure qui assurera l’indépendance du Pouvoir judiciaire.

Avec la Constitution de 1987, il est à remarquer qu’aucun pouvoir ne peut prétendre être plus légitime et démocratique que l’autre en raison du suffrage universel. Le pouvoir judiciaire est dépositaire de la souveraineté au même titre que les deux autres pouvoirs de l’État. C’est parce que les juges sont issus de la volonté du peuple, donc du suffrage universel indirect qu’ils peuvent prétendre décider au “nom de la République”.

Ce décret sur l’organisation judiciaire adopté en marge de la Constitution consacre l’effacement d’un droit du peuple au profit des groupes dominants. Un tel décret ne peut que créer des institutions d’oppression. C’est la raison pour laquelle les citoyens pensent que la justice haïtienne oppresse le peuple. Politiquement, le décret du 22 août 1995 dans sa philosophie était destinée à écarter la participation populaire dans la mise en place d’un pouvoir judiciaire véritablement indépendant.

Au regard de l’article 22 de cette présente loi, on se demande combien de juges, depuis l’adoption de ce decret ont été choisis par les Assemblées territoriales du peuple ? Il faut souligner que les conditions pour favoriser cette participation n’ont jamais été créées. Les Assemblées territoriales qui constituent le mécanisme par lequel on devrait rendre effective cette participation, n’ont jamais été constituées pour permettre à ces dernières de jouer véritablement le rôle qui leur est dévolu par la Constitution. Car la proximité des juges avec le suffrage universel est la base de l’indépendance de notre justice.

Les nécessités liées à la continuité de l’État dans le domaine du service public judiciaire ne peuvent pas expliquer le choix de tous les gouvernements de passer outre ces relais locaux et régionaux. Cette mise à l’écart du peuple dans les affaires publiques traduit le mépris et les préjugés que les élites locales ont toujours cultivés à l’égard du peuple. En effet, quelque soit le niveau de formation de nos magistrats, issus de l’École de la magistrature haïtienne ou française, ceci ne résout pas la question constitutionnelle du droit de proposition dévolu aux Assemblées, a expliqué, la professeure de droit constitutionnel, Mirlande H. Manigat. Professionnalisation de la justice et légitimité des juges peuvent se conjuguer dans le cadre du combat pour l’indépendance effective de la justice. Dans ce combat, le droit doit être à l’avant-garde de tous les mouvements de réforme. Il faut que le peuple devienne citoyen. En ce sens, un programme d’éducation juridique est nécessaire afin de porter la science du droit au peuple pour qu’il se révolte et se libère (Jacques Rancière).

Trouver une alternative entre la « common law » et le droit continental
En conclusion, nous constatons hélas ! que l’ignorance et la médiocrité alliées au manque de patriotisme de nos gouvernants, restent la principale cause du dysfonctionnement de l’État. Les failles relevées dans le Code pénal par Me Josué Pierre-Louis, rendues publiques dans ses prises de position largement partagées par la communauté universitaire, ont convaincu la société haïtienne qu’un travail intellectuel de longue haleine doit nécessairement être mené dans le champ du droit en Haïti. On copie trop. Notre système juridique devient confus et incertain. Occidentalisation ne veut pas dire modernisation, a expliqué l’ancien patron de l’OMRH.

Dans le cas d’une réforme du droit et de la justice, il sera nécessaire de trouver une alternative entre la « common law » et le droit continental -, les deux grands systèmes juridiques dominants -, afin de mieux asseoir notre propre conception de la justice. C’est sur les limites des deux, et en se basant sur la dimension locale de notre réalité que devra venir cette solution. Autrement dit, c’est en prenant en compte la dimension culturelle du savoir que nous pouvons construire nos institutions politiques et celles destinées à la mise en œuvre de l’État de droit (voir Jacques Derrida, philosophe de la déconstruction).

Un conflit a récemment éclaté entre le Ministre de la Justice et de la sécurité publique, Vincent Rockefeller, et le Commissaire du gouvernement, Jacques Lafontant. Au-delà de ce différend et même à cause de cela, il serait utile d’évoquer, ici, le rôle du Commissaire du gouvernement dans le fonctionnement de la justice pénale, peut-être pour éviter à l’avenir de dangereuses confusions des rôles.

Suite à une lettre de remontrances de son ministre de tutelle, le Commissaire du gouvernement du gouvernement, Me Jacques Lafontant, a durement accablé son supérieur hiérarchique, Vincent Rockefeller, accusant celui-ci d’avoir commis dans le passé des actes contraires à l’éthique professionnelle et à la morale publique. Les faits évoqués par Me Lafontant contre l’actuel Garde des Sceaux relèvent-ils de la calomnie d’un fonctionnaire public acculé qui veut se venger ? On ne le sait. En tout cas, dans tout État sérieux, une enquête aurait déjà été diligentée en vue de faire la lumière sur ces graves accusations portées sur la place publique contre le Ministre. Il s’agit quand même de la gestion d’une République qui se fonde sur des valeurs dont le Chef de l’État est à la fois le dépositaire et le garant.

Après cet échange musclé, le Commissaire Lafontant a démissionné. Pour plus d’un, dans une telle situation, il a fait ce qu’il fallait faire pour rester égal à lui-même. Somme toute, l’ancien diplômé en lettres à l’École normale supérieure avait dirigé le parquet avec honnêteté, rigidité et une compétence dont il peut se vanter, a déclaré le très intègre Magistrat Jean Wilner Morin, juge et juge d’instruction au Tribunal de Première instance de Port-au- Prince et chef d’une association de magistrats. Cet avocat public qui va certainement retourner dans la sphère privée et à qui je dédie un plus grand destin, est assurément en réserve de la République.

Au-delà d’une affaire opposant un supérieur hiérarchique à un subalterne ou du conflit entre le ministère de la justice et le parquet, la démission de Me Lafontant nous donne l’opportunité de questionner le rôle ou le statut véritable du Commissaire du gouvernement dans le fonctionnement de justice haïtienne, et plus précisément dans la justice pénale, à l’heure de la réforme pénale en Haïti. Dans ce cadre, quatre questions fondamentales mériteraient d’être abordées telles que: 1) les règles de l’enquête, la poursuite, l’instruction et le jugement ; 2) les pouvoirs des autorités pénales ; 3) les limites de ces pouvoirs ; 4) l’équilibre entre la protection des libertés individuelles (droit de la défense et celle de la société).

Cependant, je n’examinerai pas ces quatre questions dans ce texte. Je me bornerai à traiter du statut ou du rôle du Commissaire du gouvernement au regard du principe de l’égalité des armes, principe témoin de l’État de droit dans lequel est associé le droit à la défense pleine et entière.

Pourquoi devrait-on considérer les Commissaires du gouvernement comme faisant partie de la magistrature ?

La France, le pays où Haïti a puisé pour se doter de ses codes, indique que le parquet désigne le lieu où se tenaient les magistrats du ministère public. C’est la France qui a introduit dans son système judiciaire les concepts de « magistrature assise » et de « magistrature debout ». Cette conception française de l’organisation de la justice remonte au 14e siècle. Elle domine encore la justice haïtienne. En France, tout comme en Haïti, le Commissaire du gouvernement et ses substituts, appelé « magistrats du parquet » sont placés sous la direction et le contrôle de leurs chefs hiérarchiques et sous l’autorité du garde des sceaux, le ministre de la Justice.

Cette distinction française adoptée dans notre droit national est pernicieuse. Elle est en désaccord aux principes nouveaux développés dans le droit moderne, notamment ceux de l’État de droit. Comparée aux pays de « common law », la France accuse certains retards. Mais des récents développements observés dans la jurisprudence française dans la mise en œuvre des principes de l’État de droit, montrent qu’il y a évolution.

La justice est un pouvoir en Haïti
Dans le système français, la justice est une autorité, tandis qu’en Haïti, elle est un pouvoir légitime de la démocratie : c’est une distinction fondamentale. Nos magistrats confondent Haïti avec la France. Ils ont importé le modèle français sans tenir compte des principes énoncés par la Constitution haïtienne.

La justice en Haïti est une institution républicaine. Il s’agit là d’une question constitutionnelle que beaucoup d’acteurs de la scène judiciaire haïtienne n’arrivent pas à bien saisir. C’est ce qui explique la débandade dans la gouvernance judiciaire haïtienne et la mauvaise relation entre les trois grands pouvoirs de l’État. À la base de chaque système juridique, il se dégage des conceptions philosophiques et historiques qui le distinguent d’un autre. Ces emprunts faits dans certains systèmes juridiques dans d’autres pays, brouillent la cohérence de notre système national et a des difficultés pour s’insérer dans cette réalité haïtienne qui leur est tout à fait étrangère.

Les modes de désignation des magistrats en France sont différents de la procédure tracée par la Constitution haïtienne. En France, les magistrats sont nommés sur avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature. Cette formule française, pourtant contraire à la Constitution haïtienne, est adoptée en Haïti en application du décret du 22 août 1995 sur la magistrature haïtienne.

Il est à remarquer que cette manière de désigner les membres de la magistrature haïtienne, hormis ceux de la Cour de cassation, est en violation de la Constitution de 1987. Notre loi mère en son article 175 indique que les juges de la Cour de cassation sont nommés par le Président de la République sur une liste de trois (3) personnes par siège soumise par le Sénat. Ceux des Cours d’appel et des Tribunaux de première instance le sont sur une liste soumise par l’Assemblée départementale concernée et les juges de paix, sur une liste présentée par les Assemblées communales.

En Haïti, comme en France, les Commissaires du gouvernement et leurs substituts ne bénéficient pas de la garantie d’inamovibilité des magistrats du siège. D’un point de vue statutaire, le vocable « magistrat » attaché aux Commissaires du gouvernement et leurs substituts, fait problème. Haïti a hérité cette confusion de la France. La loi portant création du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire est non seulement inconstitutionnelle mais renforce cette confusion, en y introduisant un agent du Pouvoir exécutif dans la gouvernance du pouvoir judiciaire en la personne du Commissaire du gouvernement ; ce qui rend illégitime cet organisme dédié à la discipline des magistrats. C’est le cas aussi de la présence des membres des organisations de la société civile au sein de la gouvernance du pouvoir judiciaire. Cette formule est contradictoire. Alors comment établir la différence entre l’État et la société civile ? Les juges entretiennent aussi cette confusion, en ignorant le statut de pouvoir que confère la Constitution à la Justice (article 173).

Le pouvoir n’a pas de supérieur
Le Pouvoir judiciaire est en effet dépositaire de la souveraineté nationale (article 58) au même titre que l’Exécutif et le Législatif. Un pouvoir ne peut pas avoir des syndicats en son sein. Le pouvoir judiciaire haïtien, en acceptant de fonctionner avec des syndicats de magistrats en son sein, renonce pratiquement à son statut de pouvoir. C’est un peu de l’irresponsabilité. C’est même de la trahison. Un pouvoir n’a pas de supérieur et ne peut être soumis à aucune autre forme de direction interne ou externe.

Les mauvaises conditions de travail des juges et les revendications salariales ne peuvent et ne doivent pas être des motifs pour la formation des syndicats dans la magistrature haïtienne. L’État haïtien est unitaire et décentralisé. Dès lors, l’Exécutif ne peut décider tout seul en matière de budget. Il revient au pouvoir judiciaire d’évaluer ses besoins en fonction des ressources disponibles.

Les juges sont en principe les délégués de la souveraineté nationale et ils ne peuvent pas renoncer à ce statut. Ils sont mandatés par le peuple à travers les élections indirectes, même si, ce n’est pas le cas aujourd’hui. Ce manque de légitimité les place dans une situation de vulnérabilité par rapport aux deux pouvoirs politiques. Avec la présence du syndicat au sein de la magistrature haïtienne, ils développent un réflexe de survie et renforcent la dépendance du Pouvoir judiciaire. Nos magistrats évoluent donc dans une situation périlleuse à laquelle malheureusement ils ont largement contribué.

La fonction de magistrat ou du juge est différente de celle du Commissaire du gouvernement. Considérer ce dernier comme un magistrat est contraire au procès pénal moderne et aux principes de l’État de droit. Dans un procès, il n’y a que les parties litigieuses. Sous le regard neutre du juge, les parties doivent être sur le même pied d’égalité.

La défense et l’accusation doivent être dans les mêmes conditions pour présenter leurs causes. L’égal accès aux plateaux de la balance judiciaire est la base du procès pénal moderne. L’existence d’une « partie principale » sous-entend forcément qu’il y a une ou deux parties secondaires au procès. La balance veut dire que l’équilibre ne doit pas être modifié par rapport au pouvoir ou la position de l’une ou de l’autre dans la balance.

Le Commissaire est un avocat public
Le Commissaire n’est pas un magistrat mais un avocat public ou général. Le juge décide au nom de la république en tant que dépositaire de la souveraineté nationale. Le Commissaire a un rôle différent de celui de l’avocat qui fonctionne dans le privé mais ils sont tous deux des demandeurs. Pour le triomphe de leur point de vue, ils font des réquisitions auprès du juge appelé à décider, et par conséquent ils doivent être placés dans des conditions raisonnables pour plaider leurs causes.

Le juge est neutre et indépendant. C’est la neutralité du juge qui garantit l’équité du procès. Dans notre système pénal, le Commissaire est partie au procès. Il y est pour soutenir le point de vue de son chef hiérarchique. Le juge n’a pas de chef hiérarchique : il décide sur le litige soumis à son appréciation, selon le droit, l’équité et son intime conviction.

Si on veut que le Commissaire du gouvernement soit un magistrat, il faut absolument revoir son statut ou lui accorder un nouveau rôle. On peut s’inspirer du rôle du Procureur dans la justice pénale internationale dans sa fonction de poursuite des crimes internationaux.

Me Guerilus Fanfan a cité dans son mémoire de maîtrise en droit l’arrêt Medvedyev du 10 juillet 2008 de la Cour européenne des droits de l’Homme, où est précisé que le Procureur ne pouvait être considéré comme une autorité judiciaire au sens de l’article 53 de la Convention. Elle estime qu’il manque d’indépendance à l’égard du Pouvoir exécutif. La Cour de cassation française aujourd’hui semble adopter cette interprétation de la Cour européenne des droits de l’homme.
Dans son cours « État de droit », mon ancien professeur Jacques Yvon Morin à l’ Université de Montréal a enseigné que ce qui garantit l’indépendance de la justice est la procédure de nomination des magistrats. Seuls les juges indépendants peuvent rendre une décision équitable, a-t-il précisé.

La présence du Commissaire du gouvernement comme partie principale au procès pénal est contraire au principe de « l’égalité des armes ». Cet principe est inhérent à celui du « procès juste et équitable ». L’égalité des armes veut que chaque partie se voie offrir une possibilité raisonnable de présenter sa cause dans des conditions qui ne la placent pas dans une situation de désavantage par rapport à l’autre partie.

Ce principe développé en common law n’est pas bien connu dans la tradition continentale. Ce qui traduit un déficit terrible pour les juristes formés en droit civil. Le droit évolue vers une mixité de systèmes avec un net avantage pour la common law au niveau international. C’est le cas de dire que la transformation de la science du droit est presque l’œuvre de la common law. Les avocats formés uniquement dans la tradition civiliste ont des efforts à consentir s’ils veulent rester sur le terrain du droit, du nouveau droit.

Le droit à un procès équitable fait partie des droits érigés en principes généraux du droit, donc supranationaux. Dans un procès pénal, il ne peut pas y avoir de partie principale. En matière des droits fondamentaux de la personne humaine, c’est l’individualité du citoyen qui compte. En ce qui concerne ses droits, l’individu se trouve placé sur le même pied d’égalité avec l’État.

Le Commissaire est un fonctionnaire de l’Exécutif
Dans le système romano-germanique, c’est l’État qui garantit les droits des citoyens. Dans la conception accusatoire, le droit protège le citoyen contre l’arbitraire des pouvoirs. Ces deux visions du droit ont élaboré une conception singulière des rapports entre l’individu et l’ État.

Faut-il rappeler que dans le procès pénal moderne, l’équité fait partie des trois impératifs ! L’équité est l’élément fondamental du procès. Car la loi, en raison de son processus de fabrication parfois truqué, manipulé par les groupes dominants, peut porter en elle les germes inéquitables. Le juge n’est pas esclave de la loi : il doit plutôt y être fidèle. C’est la raison pour laquelle la formation savante du magistrat n’est fondamentale dans la distribution de la justice, mais plutôt son honorabilité, son intégrité, son sens de l’équité à dicter la solution vraie au litige qui lui a été soumis. Il me semble que c’est cette conception qui traverse la philosophie de notre justice. La participation du peuple dans le choix de ses représentants, telle que consacrée par la Constitution de 1987, est un élément fondamental dans le caractère démocratique des pouvoirs. Ces qualités et conditions ne sont pas à exiger d’un Commissaire du gouvernement, fonctionnaire de l’Exécutif au sein de l’appareil judiciaire.

L’ordre judiciaire haïtien est constitutionnalisé. Comme on vient de le voir, le pouvoir judiciaire est détenu par les juges non pas par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire qui en assure aujourd’hui le contrôle.

Étant défini comme une institution républicaine, il serait plus indiqué et approprié que la gouvernance de ce pouvoir soit confiée aux juges de la Cour de cassation. Constitué de cette manière, cet organisme aurait plus de légitimité du fait de l’intervention du Sénat dans le choix des juges de cette Cour : ils jouiront d’une légitimité dérivée. En l’absence du Conseil constitutionnel, création de l’amendement de 2011, qui n’a jamais été mis en place, de ce fait c’ est la Cour de cassation qui assure donc l’empire de la Constitution et la règle de droit. En matière de lois et de constitution, la Cour de cassation a le dernier mot. Ce relâchement constaté au niveau de notre Cour suprême nous amène à nous interroger sur la capacité réelle des gardiens de la règle de droit à assurer la sécurité de notre système juridique national.
Dans l’avenir, il faudra penser à une composition multidisciplinaire de notre Cour suprême. Cette formule nous permettrait de combiner les expériences et les connaissances de nos magistrats de carrière à d’autres professionnels du droit venant d’autres horizons ou ayant d’autres profils, tels que les sociologues du droit, les historiens du droit et les politologues du droit. Cela permettrait d’avoir un plus grand rayonnement de la justice haïtienne. La composition de nos différentes Cours (Cour de cassation, Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif, Cour constitutionnelle) doivent être analysées avec plus de sérieux. Cette démarche est fondée sur le fait que l’explication du droit fait appel à la multidisciplinarité, donc extérieure au droit. Dans la compréhension de l’objet droit, il faut associer “law in book” à “law in action”, dans le cadre de ce qui a été appelé les “gap studies”. En effet, les juristes peuvent détenir une position privilégiée mais ne sont pas les seuls à énoncer le discours scientifique sur le social, l’économie, la politique et le commentaire légitime sur le droit. Reprenant à sa manière la pensée de Pierre Bourdieu, le juriste sociologue, Me Ocnam Dameus, a rappelé avec raison qu’un “regard droit sur le droit confond le droit”.

Le pouvoir judiciaire dépositaire de la souveraineté nationale

Une observation fondamentale du décret du 22 août 1995 sur l’organisation judiciaire nous permet de voir que
les articles 18 à 25 du dit decret établissent deux catégories de magistrats. Ce decret contourne la Constitution de 1987 en son article 175 qui introduit la participation populaire dans le choix des juges. L’exercice de ce droit constitutionnel par les Assemblées territoriales assure aux juges une légitimité, hisse l’instance judiciaire au rang de pouvoir légitime de la démocratie et élimine du même coup la hiérarchie démocratique entre les trois pouvoirs. C’est le respect de cette procédure qui assurera l’indépendance du Pouvoir judiciaire.

Avec la Constitution de 1987, il est à remarquer qu’aucun pouvoir ne peut prétendre être plus légitime et démocratique que l’autre en raison du suffrage universel. Le pouvoir judiciaire est dépositaire de la souveraineté au même titre que les deux autres pouvoirs de l’État. C’est parce que les juges sont issus de la volonté du peuple, donc du suffrage universel indirect qu’ils peuvent prétendre décider au “nom de la République”.

Ce décret sur l’organisation judiciaire adopté en marge de la Constitution consacre l’effacement d’un droit du peuple au profit des groupes dominants. Un tel décret ne peut que créer des institutions d’oppression. C’est la raison pour laquelle les citoyens pensent que la justice haïtienne oppresse le peuple. Politiquement, le décret du 22 août 1995 dans sa philosophie était destinée à écarter la participation populaire dans la mise en place d’un pouvoir judiciaire véritablement indépendant.

Au regard de l’article 22 de cette présente loi, on se demande combien de juges, depuis l’adoption de ce decret ont été choisis par les Assemblées territoriales du peuple ? Il faut souligner que les conditions pour favoriser cette participation n’ont jamais été créées. Les Assemblées territoriales qui constituent le mécanisme par lequel on devrait rendre effective cette participation, n’ont jamais été constituées pour permettre à ces dernières de jouer véritablement le rôle qui leur est dévolu par la Constitution. Car la proximité des juges avec le suffrage universel est la base de l’indépendance de notre justice.

Les nécessités liées à la continuité de l’État dans le domaine du service public judiciaire ne peuvent pas expliquer le choix de tous les gouvernements de passer outre ces relais locaux et régionaux. Cette mise à l’écart du peuple dans les affaires publiques traduit le mépris et les préjugés que les élites locales ont toujours cultivés à l’égard du peuple. En effet, quelque soit le niveau de formation de nos magistrats, issus de l’École de la magistrature haïtienne ou française, ceci ne résout pas la question constitutionnelle du droit de proposition dévolu aux Assemblées, a expliqué, la professeure de droit constitutionnel, Mirlande H. Manigat. Professionnalisation de la justice et légitimité des juges peuvent se conjuguer dans le cadre du combat pour l’indépendance effective de la justice. Dans ce combat, le droit doit être à l’avant-garde de tous les mouvements de réforme. Il faut que le peuple devienne citoyen. En ce sens, un programme d’éducation juridique est nécessaire afin de porter la science du droit au peuple pour qu’il se révolte et se libère (Jacques Rancière).

Trouver une alternative entre la « common law » et le droit continental
En conclusion, nous constatons hélas ! que l’ignorance et la médiocrité alliées au manque de patriotisme de nos gouvernants, restent la principale cause du dysfonctionnement de l’État. Les failles relevées dans le Code pénal par Me Josué Pierre-Louis, rendues publiques dans ses prises de position largement partagées par la communauté universitaire, ont convaincu la société haïtienne qu’un travail intellectuel de longue haleine doit nécessairement être mené dans le champ du droit en Haïti. On copie trop. Notre système juridique devient confus et incertain. Occidentalisation ne veut pas dire modernisation, a expliqué l’ancien patron de l’OMRH.

Dans le cas d’une réforme du droit et de la justice, il sera nécessaire de trouver une alternative entre la « common law » et le droit continental -, les deux grands systèmes juridiques dominants -, afin de mieux asseoir notre propre conception de la justice. C’est sur les limites des deux, et en se basant sur la dimension locale de notre réalité que devra venir cette solution. Autrement dit, c’est en prenant en compte la dimension culturelle du savoir que nous pouvons construire nos institutions politiques et celles destinées à la mise en œuvre de l’État de droit (voir Jacques Derrida, philosophe de la déconstruction).

Somme toute, ces démissions, comme ces révocations en ces temps de reniement, sont des actes qui font partie de la chronique d’une fin de règne tourmentée par la peur d’un lendemain sans pouvoir, après avoir exercé un pouvoir sans lendemain.

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Editorial

LE NOUVEAU CODE PÉNAL HAÏTIEN AU-DELÀ DE LA QUESTION DES MOEURS

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Presque tous les secteurs de la vie nationale prennent position sur le contenu du nouveau pénal adopté par décret par l’administration Jovenel/Joseph. Peu imbus de la question en débat, les médias forcent le public et les juristes à prendre position dans un débat où les questions sont souvent mal posées.

S’attaquant à son contenu pour des raisons morales, la majorité de ceux qui s’y sont prononcés demandent l’annulation des dispositions posant problème. Pour eux, la question est si simple : on doit annuler le Code. Leur argument-clé : ces dispositions violent nos mœurs. Au-delà de cette question de société, le Président Moise est-il autorisé à publier son Code, comme ce fut le cas pour d’autres questions législatives sur lesquelles cet Exécutif de facto avait déjà pris position ? En raison des remous provoqués par la publication de ce Code pénal, le Président de la République a dû demander à son Premier ministre Joseph Jouthe de rencontrer les secteurs afin de recueillir les différents points de vue pour s’en faire une opinion responsable.

Ce Code soulève des controverses sur beaucoup des questions et continue d’alimenter le débat qui ne laisse personne indifférent. En effet, il fait resurgir la vieille opposition théorique et classique entre le droit, la morale et le social. Un débat qui semble loin d’être épuisé. Des questions telles que : est-ce que la science du droit relève-t-elle d’une normativité morale ? Autrement dit le droit dépend-il d’un système auquel il est assujetti ? (Hans Kelsen, théorie pure du droit). Le droit est-il vraiment autonome ? (Pierre Bourdieu). La loi vise-t-elle à faire un bon citoyen ou un homme moralement bon ?

Contrainte et vertu se contredisent dans la bataille de l’éthique et du droit. Ceci soulève aussi le débat entre l’universalisme des droits de l’homme et le relativisme des cultures. Quelle voie possible pour éviter l’intégrisme des droits de l’homme d’une part et le refus du dialogue basé sur un repli identitaire dans un monde de plus en plus dominé par des droits, d’autre part.

Mon texte ne va pas examiner la prise en compte de l’élément moral dans le fonctionnement du droit. Car le pluralisme moral ne permet pas de dégager un consensus éthique (Chaïm Perelman, Droit et moral). J’aimerais plutôt introduire une autre question que j’estime fondamentalement plus promoteur pour le débat actuel. Comme toujours, c’est pour répondre aux interrogations de mes étudiants que ce papier est rédigé et j’espère qu’ils feront un usage public et professionnel de mes analyses.

Discuter juridiquement, c’est d’abord savoir la question juridique à résoudre dans ce débat. Les questions agitées ces derniers jours suite à la publication du nouveau Code pénal haïtien, sont souvent mal posées. Refusant de discuter du contenu de ce texte litigieux et d’autres déjà publiés, la question à poser est la suivante : l’administration Moise/Joute peut-elle prendre des décrets lois ayant force de loi susceptibles de modifier les lois?

Limite de l’Exécutif haïtien en matière de lois
Dans l’état actuel du droit positif haïtien, toute question d’intérêt national tombe dans le domaine législatif. Le Pouvoir législatif concentre le monopole normatif, c’est-à-dire, qu’il bénéficie d’une sorte de légicentrisme (Mirlande Manigat, Traité de droit constitutionnel). Le Pouvoir exécutif ne peut pas adopter des décisions qui relèvent du du domaine législatif. . Cependant, il peut prendre des décrets, c’est-à-dire des actes ayant une force exécutoire, par exemple pour mettre en œuvre une loi.

En effet, la Constitution de 1987 prévoit que différents organes de l’État peuvent adopter des décrets. L’exercice de ce pouvoir n’est que réglementaire. Le mot « décret » existe dans la Constitution de 1987. Elle fait obligation de publier dans les deux langues les décisions d’État, parmi lesquelles les décrets (article 40). Il convient de voir les articles 159, 181, 276-1, 293, 297 en ce qui concerne les organes de l’État habilités à prendre des décrets

Le régime politique haïtien tel que défini par la Constitution de 1987 interdit au Président de la République de prendre des décrets ou des décrets-lois ayant force de loi. La loi fondamentale ne laisse pas cette possibilité à l’Exécutif. Les exigences de la continuité de l’État dont le Chef de l’État est en principe le garant ne lui permettent pas de combiner les pouvoirs exécutif et législatif. Chaque pouvoir est indépendant des deux autres dans ses attributions qu’il exerce séparément (article 60 de la constitution). La confiscation des pouvoirs mène toujours à la ruine.

Le Président de la République n’a d’autres pouvoirs que ceux qui lui sont attribués par la Constitution. En adoptant des décisions sous forme de décrets loi, le Président Moise est en train d’organiser un système dictatorial en Haïti à la barbe de ses tuteurs internationaux. Le régime du Président Moise est caractérisé par l’instrumentalisation des pleins pouvoirs, comme ceux que le Président Jean-Claude Duvalier s’était donné à travers la Constitution de 1983 en son article 79. En vertu de cette clause, il pouvait, dans des conditions et modes prévus par cette Constitution, prendre des décrets ayant force de loi après délibération en Conseil des Ministres. Ces décrets deviennent exécutoires après leur publication au journal officiel. Le président Jovenel Moise n’a d’ailleurs ni les moyens ni l’idéologie encore moins la capacité pour implanter une dictature en Haïti. La dictature a ses lois, ses règles et ses principes. On avance tout simplement vers la fin de quelque chose. La fin d’ un temps présidentiel.

Il est à souligner que depuis 1987, Haïti se définit comme un État de droit démocratique. Des lors, il est constitutionnellement impossible et incorrect que le Président puisse s’emparer du monopole normatif dont le Parlement détient le pouvoir absolu et exclusif.

La Constitution de 1987 ne prévoit qu’une branche de l’État soit inexistante. Le rôle fondamental du Président est d’assurer la vie des institutions (article 136). L’une des principales activités du Parlement, c’est de faire des lois, c’est-à-dire des textes adoptés par les deux Chambres, promulgués et rendus exécutoires par le Président de la République. La Constitution de 1987 édicte un principe absolu en son article 111 qui stipule que le Pouvoir législatif fait des lois sur tous les objets d’ intérêt public.

Le document publié au journal « Le Moniteur » intitulé “projet de Code pénal haïtien” est un vrai faux, a expliqué Me Guérilus Fanfan. Déposé au Parlement pour être adopté par les parlementaires, ce document ne peut pas se retrouver aux mains de l’Exécutif aux fins de publication sans son retrait au Parlement motifs à l’appui. Le Parlement dysfonctionnel, cette formalité était impossible. Lorsque celui-ci sera constitué, ce document publié fera partie de l’inventaire de ce dernier. Ce qui est encore plus étrange, le Président de l’actuel tiers du Sénat restant, appelle à une discussion entre l’Exécutif et la société sur un document en examen au Parlement.

C’est le comble de l’ignorance, c’est le cas de dire après Daly Valet, que les élites haïtiennes ne sont pas préparées pour diriger les affaires chez nous. Nos conflits, dit-il fort à propos, proviennent de l’impréparation de nos élites.

Une pratique courante dans le passé
Sous les régimes antérieurs – par exemple sous Duvalier plus proche de nous -, il y a une habilitation constitutionnelle ou législative qui autorisait ces pratiques, jugées aujourd’hui contraires aux régimes représentatifs et de l’État de droit. Seul le Conseil National de Gouvernement dirigé par le Général Henri Namphy était habilité par la Constitution de 1987 à prendre des décrets. En effet ,l’ article 285-1 de la Constitution inséré au chapitre consacré aux dispositions transitoires, il est dit que « le Conseil national de gouvernement est autorisé à prendre en Conseil des Ministres conformément à la Constitution des décrets ayant force de loi jusqu’à l’entrée en fonction des députés et sénateurs sous l’empire de la présente Constitution ».

Donc, le décret-loi a bel et bien existé dans les pratiques abusives du Pouvoir exécutif et même dans certaines constitutions passées, comme celles de 1935 et de 1983.

Pourtant c’est contre la logique de l’exercice des pleins pouvoirs que les constituants de 1987 ont rédigé l’article 61-1 qui dispose qu’aucun d’eux ne peut sous aucun motif, déléguer ses attributions en tout ou en partie, ni sortir des limites qui lui sont fixés par la Constitution et la loi. C’est dans le but de modérer le Pouvoir présidentiel et de réduire les risques de dictature que ces derniers ont installé une dyarchie au sein du Pouvoir exécutif par la mise en place d’un poste de Premier ministre. Le Chef de gouvernement partage ainsi avec le Président les attributions du Pouvoir exécutif.

Force est d’admettre que malgré la multiplication des freins et des contre-pouvoirs, le pouvoir en Haïti est toujours présidentiel. La société haïtienne n’est traversée par aucun sentiment démocratique et les mentalités politiques n’ont pas vraiment évolué. Il n’empêche que dans les conditions actuelles, la mise en place d’un régime présidentiel comporte trop de risques pour l’avenir démocratique d’Haïti.

Notre système juridique est en danger
Force est de conclure que notre système juridique national est en danger. Il est noyé dans des considérations politiques pour sauvegarder certains intérêts politiques, ce qui l’empêche d’être un système objectif. Le nouveau Code pénal, tout comme certaines décisions prises par cette administration, sont situées en dehors du droit existant. Le droit n’existe pas sans les théories, les principes et les concepts. La confrontation de l’univers brut qu’est celui de nos codes aux grands principes développés dans le droit moderne modifie substantiellement notre réalité juridique.

Malheureusement, la majorité de nos juristes manquent d’outils théoriques et conceptuels pour comprendre ces perturbations juridiques dans l’ordre national et pour appréhender l’objet droit. Au contact du global, il y a souvent perversion du local. Ce sont, à n’en pas douter, les conséquences du choix de l’État.

Sans entrer dans les détails de ce nouveau Code pénal, dans la question sur l’homosexualité, il me semble qu’à travers les conventions qu’elle a signées, Haïti a déjà donné son accord à la relation des personnes de même sexe. Car, le concept de la discrimination, tel que interprété par la Cour inter-américaine des droits de l’Homme est le fait de traiter une personne de manière moins favorable qu’une autre ne l’est pas, ne l’a été ou ne l’aura été dans une situation comparable (discrimination directe). Il y a discrimination indirecte lorsqu’une disposition, un critère ou une pratique neutre en apparence, est susceptible d’entraîner pour les mêmes motifs un désavantage particulier pour des personnes par rapport à d’autres. Il reste à savoir si les tribunaux haïtiens accepteront la définition de la discrimination telle que donnée par la Cour inter-américaine des droits de l’Homme.

D’ailleurs, la position officielle de l’État haïtien sur cette question a été adoptée avant que ce débat ne fût. L’ancien Ministre René Magloire l’a dit très clairement sans grand développement à l’émission « L’invité du Jour » de Marie Lucie Bonhomme qu’Haïti à travers ce code ne fait que répondre à ses obligations internationales en matière de respect des droits humains. Tout le reste n’est que camouflage de la réalité. Il faut noter que l’ignorance de ceux qui nous gouvernent conduit à ratifier certaines conventions internationales sans comprendre leur fondement et les principes à la base de leur élaboration. On peut faire cette même considération en ce qui concerne les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les crimes de génocide, glissés à l’article 221 du Code pénal pour lesquels une loi est nécessaire, comme ce fut d’ailleurs le cas du Canada qui avait adopté une loi en cette matière en 2000. La Belgique en avait une dans laquelle elle s’est donnée une compétence universelle mais elle a dû y renoncer sous la pression de certaines puissances occidentales.

Appel à la modération
En tout état de cause, il n’est pas exagéré de dire qu’en Haïti, l’ordre démocratique et constitutionnel est aujourd’hui renversé avec l’émergence d’un nouvel ordre totalitaire, ce qui signifie que l’ordre républicain établi par la Constitution de 1987 cesse du même coup d’être valable avec l’instrumentalisation des pleins-pouvoirs. Ce nouvel ordre totalitaire délègue donc le pouvoir au Président le droit de créer le droit. Ce faisant, le Chef de l’État anéantit l’instance de contrôle gouvernemental en assurant le monopole normatif et la fonction juridictionnelle. Il crée un contre-État dans lequel il dissout la souveraineté nationale dont le peuple est le dépositaire, donc fractionnée au nom du principe de l’ égalité des citoyens . Le Président Moise écarte le souverain, véritable acteur politique et décisif de l’histoire (articles 58 et 59 de la Constitution). Donc, en dernière analyse, s’il y a rupture de l’ordre démocratique et constitutionnel, c’est aux citoyens de dire s’ils sont d’accord avec ce nouvel ordre établi par Jovenel Moise, ou encore à ses tuteurs internationaux de lui donner la note pour ses travaux en matière de démocratie, de bonne gouvernance, de l’État de droit et de respect des droits fondamentaux.

La discussion agitée dans l’opinion publique sur le contenu des textes juridiques publiés par le Président Moise est finalement un débat faux. Toute la question juridique est de savoir, est-ce que l’actuel Chef de l’Exécutif haïtien est habilité à prendre des décrets susceptibles de modifier des lois existantes, du moins à asseoir une autorité juridique au service des intérêts politiques de ses clans ? Question à laquelle, notre texte a valablement répondu.

En fin de compte, faut-il rappeler que l’exercice du pouvoir politique fait appel à la modération. Quoiqu’on dise, le 7 février 2021 c’est demain. Il se peut que tout s’envole avant que demain n’arrive. Ce temps est aussi court pour l’un comme pour l’autre.

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