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Opinion

Les sénateurs de l’artibonite ont caché des informations à la PNH

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Un dossier datant de Décembre 2018, entre les sénateurs du département de l’Artibonite Garcia Delva et Youri Latortue, fait la une en Août 2019, soit 8 mois après.

On se demande pourquoi maintenant? Et qui raconte la vérité dans cette histoire? Rappelons que le sénateur Garcia Delva a affirmé que son collègue Youri Latortue , en décembre dernier, cherchant à prendre contact avec le chef de Gang Arnel Joseph, l’avait contacté en lui disant qu’il voulait apprivoiser ce dernier. Et sa stratégie mise en place pour approcher le puissant Arnel de l’époque était de lui faire “Don” de kits alimentaires. Une pratique que nous connaissons déjà tous dans les rouages de la politique sociale en Haïti pour attirer les faveurs des chefs de gangs dans les quartiers populaires, appélés par certains ” des leaders Communautaires”, au profit évidemment des périodes électorales.

Le 3 novembre 2018, suite à une opération musclée de la PNH à village de Dieu dans les localités d’Hollywood, Arnel Joseph s’échappe laissant derrière lui « la boîte de Pandore » contenant tous les maux du Sénateur Garcia Delva et d’autres personnalités jamais révélées jusqu’à date. Plus d’une vingtaine d’appels entre le bandit et le parlementaire, faisant suite à l’exclusion du Sénateur de l’artibonite du parti AAA « Ayiti An Aksyon » le 26 avril 2019 plus de 6 mois après.

Le sénateur Youri Latortue grand stratège, dément les dires de Garcia Delva, ancien élu du Parti PHTK et AAA, tout en l’accusant à son tour de lui avoir demandé de faire don à Arnel Joseph des kits alimentaires en décembre 2018 et avait scrupuleusement confié que c’était dans l’objectif d’apprivoiser Arnel Joseph. Ce que Youri Latortue a « refusé », suivant sa version des faits. Le parti AAA dirigé par Sénateur Youri Latortue tarde quand même à tourner le dos au sénateur Garcia Delva, malgré les evidences de ces dites relations avec le chef de gang Arnel Joseph.

13 février 2019, Le chef de gang Arnel, invité à la mêlée, prend part aux manifestations en série de l’opposition, baptisées « Peyi Lock ». Une apparition qui n’a pourtant dérangé les leaders de l’opposition.

Tous les moyens sont bons pour renverser le président Jovenel Moïse, crièrent-ils dans les rues de la capitale, ou encore aux grands maux le grand remède. Hormis le journaliste Guerrier Henry la soirée même, dans son émission Boukante la Parole dénoncera le mutisme des leaders du mouvement Peyi Lock tout en pointant du doigt la mauvaise graine dans la mêlée. Ne voulant pas passer pour des extrémistes, certains leaders du mouvement dénonceront par la suite le sénateur de l’artibonite, à faire usage des gangs armés au profit de la présidence. Coup de maître! Si tel était le cas.

Il faut dire que le peuple haïtien ne serait jamais informé de ces dérives entre des sénateurs et le chef de gang si toutefois le débat n’avait pas été orienté vers une vaste campagne de dénonciation sur l’affaire des kits alimentaires au micro de Valery Numa de la Radio vision 2000, 8 mois après. Désormais, le duel entre les deux sénateurs devient public, c’est du tac au tac. Ils dénoncent autant qu’ils démentent.

À trop vouloir s’innocenter, ils révèlent maintenant des allégations du temps qu’ils étaient proches. Quelles seraient leurs intentions, leurs motivations, pourquoi n’ont-ils pas révélé ces informations bien avant que la police enquêtait sur des complicités entre des groupes de gangs et des sénateurs de la république?

Arnel serait-il un cheval de Troie pour les élus de l’Artibonite, ou le parfait tremplin pour réorienter l’opinion publique ou pour calmer les agitations populaires? Garcia aurait-il acquis de la maturité politique pour concocter une aussi bonne stratégie médiatique, d’où Youri ne saurait lui-même dénouer les ficelles ?

Au final, la population sera perdante. Elle sera de préférence enlisée dans une perpétuelle histoire de deux compères quit se fait la guerre à cause du pouvoir. Pour ma part on assiste à ce que l’on appelle «la défense de Shewbacca », stratégie de défense ou de propagande visant à noyer l’auditoire sous un flot d’arguments sans rapport avec l’objet du débat.

Haïti est elle réduite à ses stratégies merdiques? Au peuple haïtien de prendre note de ces dérives parlementaires et de décider de son avenir dans les prochaines élections.

Bellevue Herold

Opinion

Haïti transition: QUI REMPORTERA LA MISE ?

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Le projet accouché au forceps le week-end dernier par « l’Alternative consensuelle » est-elle conforme à la constitution ? L’opposition n’est-elle pas en train de réinventer la roue en proposant l’organisation d’une « conférence nationale » et l’élaboration d’une « réforme constitutionnelle » ? Et qui aura la plus grosse part dans cette âpre lutte pour le pouvoir ? Voici trois sujets qui méritent d’être scrupuleusement étudiés.

Depuis des mois, des manifestations de rue occupent le devant de la scène politique et le mot d’ordre est le départ du Président Jovenel Moïse avant la fin de son mandat constitutionnel de cinq ans. Sous l’obédience de la « Passerelle », l’opposition, de son côté, tente de chercher une formule consensuelle pour contraindre le locataire du palais national à abandonner le pouvoir, comme s’il y avait une vacance présidentielle, un vide de pouvoir.

L’agitation de nos « chefs de bande » défie le bon sens. Est-ce de l’ignorance ou de la haine qui anime nos hommes politiques et qui les conduit à la bêtise répétitive ?

Un secteur de l’opposition propose de se tourner vers la Cour de Cassation pour remplacer l’actuel Président encore en fonction. Cette solution préconisée aura des conséquences tant sur le plan juridique que politique. Toute action politique doit avoir une cohésion ou une logique interne. On ne renverse pas un Président par consensus : on l’évacue soit par le vote des citoyens, soit par la force. Quels moyens forts dont dispose l’opposition pour évincer le chef de l’État ? À quel exercice se livre l’opposition : est-il de nature démocratique ou révolutionnaire ?

En droit constitutionnel, et surtout dans un État de droit constitutionnel démocratique, les détenteurs du pouvoir décident par délégation du peuple. Une fraction du peuple ne peut pas se poser comme peuple en extorquant la souveraineté nationale. Nous appartenons à une république dont la forme repose sur l’égalité des droits civils et politiques pour tous. Si nous avons les mêmes droits, il me semble que nous n’ayons pas les mêmes chances d’en faire usage. Il ne faut pas qu’au sein de cette table de concertation, l’égalité des droits se réduise au droit de quelques-uns.

Somme toute, le pouvoir du citoyen ou la souveraineté du peuple s’épuise dans le choix démocratique de ses représentants. (Articles 58 et 59 de la Constitution). C’est à la Constitution qu’il revient de donner un cadre juste du pouvoir. La solution à laquelle nous recourons nous ouvre une voie sans retour.

Deux points de trop

Au niveau des élites politiques et économiques, sans que l’on puisse parler d’échec, l’unité nationale autour d’un projet commun n’est pas aussi facile à réaliser comme certains le croient. Deux grands points du programme de la transition – la conférence nationale et la réforme constitutionnelle – mériteraient d’être analysés.

L’idée de la réalisation d’une conférence nationale pour refonder la nation n’est pas l’approche à privilégier. Une conférence nationale nous projette un futur imprécis, chargé de virtualités douteuses quant à l’avenir des recommandations qui y seront adoptées. Elle est une illusion du passé qui n’habite que les esprits en retard. Notre monde globalisé vit au rythme de la démocratie, du multilatéralisme et du libéralisme triomphant. Notre monde, on le répète, est celui de la démocratie, de l’État de droit, de la bonne gouvernance et des droits de l’homme. Ces concepts forment aujourd’hui ce que nous appelons l’idéologie dominante. La société haïtienne, comme toute société humaine aspirant à la modernité, ne peut fonctionner en dehors de cette réalité globale.

Le projet de conférence nationale souveraine apparaît comme une réponse facile d’élites en panne d’inspiration face à des problèmes complexes. La mondialisation nous place devant des choix difficiles. Il se révèle donc impossible de gouverner aujourd’hui sans recourir au savoir, à la technologie et au savoir-faire, conditions indispensables à la transformation du monde.

Le savoir est d’abord culturel. Il proclame la post – modernité, en réaction à la pensée moderne occidentale ayant dominé le monde pendant des siècles. Aujourd’hui la question qui est posée aux intellectuels haïtiens est la suivante : en quoi la dimension culturelle du savoir nous permettrait -elle de construire un savoir et un savoir-faire haïtiens déliés de toute domination pour répondre aux besoins du développement d’ Haïti, tout en assumant notre appartenance au monde globalisé ?

En ce qui concerne la réforme constitutionnelle, est-elle la réforme de l’État ? Parler de réforme constitutionnelle revient d’abord à se demander quelle est la meilleure constitution pour Haïti, c’est-à-dire par quelle disposition, quelle organisation, quelle structure du pouvoir d’État, les buts de l’État peuvent être le plus sûrement atteints ?

Je l’ai souligné à maintes fois que le pays n’a pas un problème de lois et de constitution. Celles qui se révèlent les meilleures dans notre arsenal juridique et constitutionnel n’ont jamais été appliquées dans le sens du renforcement de la démocratie, de l’État de droit et de la bonne gouvernance. L’application de la Constitution ne dépend pas seulement de sa valeur juridique, politique et idéologique, donc de sa valeur intrinsèque, mais de la volonté des gouvernants et des gouvernés de la respecter. L’obéissance à la loi est d’abord une question d’éducation. Pour appliquer la loi, il faut apprendre à vouloir la loi et à l’aimer.

L’homme n’est ce qu’il doit être que par l’éducation, par l’entraînement. L’animal termine bien vite sa formation. L’homme ne bénéficie pas ce bienfait de la nature. Il faut mettre les élites haïtiennes à l’école de la démocratie et à l’école tout court.

La dyarchie installée au sein du Pouvoir exécutif n’a pas diminué l’institution présidentielle. Au contraire, la Constitution de 1987 accorde de réels pouvoirs au Président de la République. L’article 136 de la Constitution, qui est une sorte de dérogation au principe de la séparation des pouvoirs, hisse le Chef de l’État au rang d’arbitre neutre des conflits et des contradictions pouvant surgir dans le fonctionnement régulier des pouvoirs de l’État. Le Président de la République, l’élu du peuple, a de réels pouvoirs, ce qui est important, c’est de savoir « comment les exercer », comme disait feu Leslie Manigat.

En dernière analyse, on peut dire que la Constitution de 1987 accouche un régime politique dans lequel les pouvoirs doivent faire preuve de modération et acceptent l’existence des contre-pouvoirs. La dictature ne peut venir que de l’exécutif. C’est pourquoi les peuples ont mis plusieurs siècles à réduire l’arbitraire du détenteur de ce pouvoir par la construction de l’État de droit. La Constitution de 1987 était venue résoudre un problème : la crainte d’un retour de l’autoritarisme présidentiel.

Le déséquilibre créé au profit du pouvoir législatif est la preuve de la rationalité du régime politique haïtien. Il n’y a pas de loi sans raison. Il y a toujours une raison à la loi. On n’élabore pas une Constitution dans un vide factuel. Toute loi vient pour résoudre un problème. La raison de la Constitution de 1987 est historique et politique. Sur ce point, elle a accompli son travail historique. La méconnaissance de l’histoire est un obstacle à la connaissance du droit et à la connaissance tout court.

En opposition à ces idées un peu boiteuses, ma compréhension du problème est que les élites haïtiennes entretiennent un rapport difficile au droit et à la loi. De ce fait, elles se révèlent incapables d’évoluer dans une société haïtienne moderne dominée par les principes de l’État de droit, de la bonne gouvernance et de la démocratie. En ce sens, ne faut-il pas regarder du côté des générations plus jeunes, des citoyens plus responsables, modernes, mieux formés et informés ? Pour ces jeunes, férus d’Internet et de technologies modernes, la fin du système n’est-elle pas la fin de la domination de la classe dirigeante, opposition et pouvoir confondus ? Qui sont les partants et quels sont les nouveaux arrivants ?

Il ne fait l’ombre de doute que la population donne une certaine forme de soutien à l’opposition mais rejette du même coup ses méthodes violentes. Quelle issue reste-t-il au peuple ? Dispose-t-il d’une réelle avant-garde? Les contradictions sont multiples. L’absence d’une voix forte, rassurante et légitime est fortement regrettable, pour ne pas dire inquiétante. Nous sommes devant la complexité des problèmes posés par un possible départ du Président Jovenel Moise et son remplacement par un juge à la Cour de Cassation. L’entente apparaît difficile parce que la cupidité des uns et des autres au sein de cette opposition les empêche de trouver la formule consensuelle pour arriver à ce partage de pouvoir hors de l’onction populaire.

Le partage du gâteau


Qui aura la plus grande portion du gâteau ? Assurément « L’Alternative consensuelle ». Cette entité fractionnelle de l’opposition réclame la plus grande part du pouvoir parce qu’elle estime que son niveau d’engagement sur le terrain est plus fort que les autres. Elle fait valoir à ses concurrents qu’elle compte beaucoup de victimes dans ce combat engagé contre le pouvoir en place il y a plus d’une année. Par son rôle d’avant-gardiste, l’Alternative se considère comme la plus grande force politique actuelle. En conséquence, elle ne saurait se mesurer à l’aune des autres, ni avoir le même niveau de responsabilité dans la nouvelle gouvernance publique qui sera instaurée à la tête du pays après le départ du Président Jovenel Moïse. Prenant le contre pied de de la déclaration de l’aile dure de l’opposition, Madame Edmonde Supplice Beauzile a rétorqué si le nombre de morts était devenu un indicateur de pouvoir, d’engagement ou de manifestation de puissance ?

Quoiqu’il en soit, un problème subsiste de part et d’autre. Mais la question est celle-ci : que faudrait-il pour avoir le pouvoir, la force politique et la légitimité pour négocier une part importante du pouvoir ? La déclaration de l’Alternative consensuelle est un message codé dans la langue des prix. Le mort est le prix de la légitimité sur le marché politique. Ce marché qui, pour l’heure, prend le pas sur la vie. Qu’auront donc ces morts déclarés après leur mort organisée dans cette bataille politique ? Avaient-ils été tout simplement liquidés sur l’autel des prix du marché libre de la politique concurrentielle des autres ?

La Cheffe de la Fusion des sociaux-démocrates devrait-elle reconsidérer ses méthodes de combat pour mobiliser les sentiments et les engagements pour avoir plus d’efficacité dans la bataille politique ou se tenir à sa force de conviction ? Une politique contre la vie et l’intérêt humain est-ce vraiment ce qu’il nous faut ? La politique en Haïti chez nous se limite-t-elle seulement à garantir un environnement social et économique à haut risque ? En politique, il y a toujours des intérêts personnels mais il ne faut que ceux-ci deviennent égoïstes et mesquins, a-t-elle insisté.

L’espoir s’effrite avec la politique de la corde raide. Dans le secteur de l’opposition, les violons ne s’accordent pas. Ces tiraillements internes ne servent-ils pas le pouvoir qui ne peut que les entretenir à son profit ? Chacun se croit le seul détenteur de la vérité qu’il cherche à monopoliser à son seul et unique profit. Voilà pourquoi rien ne garantit que la proposition commune que « l’opposition plurielle » vient d’accoucher, tiendra la route. Il me semble que chacun se replie dans son état chronique d’hyper-conscience de son moi et dans une subjectivité ne jouissant plus que d’elle-même. Tout se passe comme si nous serions entrés dans une nouvelle barbarie de la réflexion politique ?

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Opinion

Que faut – il faire quand les fondements de l’ État sont renversés ?

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Oser penser libre dans un foyer d’ intolérance.

Le mouvement de mobilisation contre le Président Jovenel Moise draine chaque jour des secteurs importants de la société. L e Chef d’ État, peut -il continuer à diriger le pays, s’il est isolé du peuple ?

Comment expliquer que tant de secteurs importants de la vie nationale lui tournent le dos en si peu de temps ?

Le pays vit actuellement une situation extrêmement difficile. L’ appel au dialogue lancé par la communauté internationale n’ arrive pas toujours aux oreilles des protagonistes de la crise. Dans les deux camps c’ est la corde raide. D’ un coté, le Président est fortement contrarié dans ses actions mais pas encore démis ni chassé du pouvoir. De l’ autre coté, l’ opposition fait des gains politiques considérables en empêchant le Président de gouverner mais ne parvient pas à mettre en oeuvre son agenda politique. De ce fait, nous assistons entre le pouvoir et l’ opposition, à une lutte à mort pour le contrôle du pouvoir et de l’ espace politique. Mais, au delà de cette lutte intestine, il y a la réalité quotidienne qui sonne plus fort que n’ importe quelle voix.

La situation économique d’ Haïti atteint aujourd’hui un niveau critique. Or, on ne saurait blâmer Jovenel Moise, ni le rendre responsable du sous – développement chronique dans lequel le pays est plongé depuis plus de deux siècles . Cette faillite actuelle de la société et de l’ État est le bilan de tous les gouvernements qui ont dirigé Haïti, et notamment ceux qui l’ ont gouvernée après 1986 . Cependant, le Président Jovenel Moise, comme ceux qui l’ ont précédé, ont leur part de responsabilité dans cette descente aux enfers. Le peuple vomit cette forme de gouvernance publique et on ne peut plus continuer à faire les choses de la même façon. Il nous faut vraiment du nouveau. mais comment imposer le nouveau modernisateur sans faire l’ inventaire des bêtises et des échecs de ces trente dernières années. ?

Du point de vue politique, la rupture est sur point d’ être consommée. Nous vivons un changement d’ époque. Le temps d’ un nouveau modèle de développement est arrivé. Les citoyens exigent que les cartes soient rebattues mais elles ne peuvent pas être rebattues d’ elles mêmes.

Depuis un certain temps,
des secteurs importants de la société appellent à la mise en place d’ un pouvoir de transition pour remplacer l’ actuel locataire du palais national. Pour y arriver, les protestations contre le gouvernement sont organisées dans tous les coins. Les citoyens, faute de mieux, semblent adhérer à ce projet de transition dont les contours et l’ agenda ne sont pas clairement définis. Il y a risque de se tromper une nouvelle fois. Face à cette incertitude, Il y a quand même des questions qui méritent d’ être légitimement posées. Qui seront les acteurs de cette transition? Qui seront les sortants et les entrants? Quelle sera la durée de cette transition? Quel sera le rôle de la communauté internationale dans cette transition ?

La montée en puissance de l’ ancien destructeur fait peur. La plus grande faiblesse de ce projet de transition est la crainte d’un retour offensif de l’ ancien désuet dans gestion de l’ État.
Pour plus d’ un, il y a des figures qui se projettent au devant de la scène devraient passer par un questionnement rigoureux de leur bilan. Le probleme de la crédibilité des acteurs est l’ obstacle majeur pour la mise en place de ce gouvernement de transition.

L’ État en Haïti demeure la substance de tout. Les sortants ne sortiront jamais. Depuis trente (30) ans la politique est prise en otage par les sortants, les ramassis de coquins, les réactionnaires, les boss du crime organisé des deux camps. Le problème de la confiance se pose. L’ histoire politique récente nous montre que ce sont les sortants en réserve de la République qui ont toujours profité de la contestation populaire pour se tailler une nouvelle position à l’ arrivée de tout nouveau pouvoir. Dans la bataille du peuple, il y a d’ autres batailles qui ne sont pas les siennes. La bataille pour le changement véritable ne s’ annonce – t -elle pas difficile ? Sommes-nous enfin abonnés ou condamnés à la politique du pire?

La manifestation du passé dans notre présent déterminant, ne doit – elle pas nous contraindre à la réflexion ?

Devant les incertitudes grandissantes, il devient de plus en plus probable qu’on rate une nouvelle fois le train du changement. Le peuple oublie très vite. A cause de l’amnésie collective dans laquelle est plongée notre société, l’ accouchement du nouveau devient difficile. L’ ancien plus rusé tient le nouveau en échec. En effet, sans un partenariat des gens de bien, des progressistes et des patriotes de toute tendance et de toutes conditions sociales, nous risquons de renouveler à chaque fois la politique du pire à la tête de l’ État.

Une ère nouvelle, commence – t- elle en Hait? Le système se trouve dos au mur. La contestation se généralise. Sur le terrain, le peuple revendicatif crache sa colère. Face à l’ incapacité du pouvoir en place de répondre à ses besoins , de faire régner l’ ordre et la paix dans le pays, le projet d’ une transition politique se précise chaque jour et apparait pour plus d’ un comme la solution légitime pour résoudre la crise politique actuelle. Mais, on le sait, plus une légitimité est forte, et plus elle suscite des attentes qui ne souffrent pas d’ être déçues.

Ce projet de transition n’ est pas certain. A cause des divisions et des ambitions démesurées au sein de cette opposition, il semblerait que la transition qu’ on annonce facile, dans une vision erronée de la réalité politique pourrait être porteuse de menaces plus que de promesses.

Au niveau des élites dominantes et dirigeantes, sans que l’ on puisse parler d’ échec, l’ unité nationale autour d’ un projet commun n’ est pas aussi facile à réaliser que certains le croient.

Analysons les deux grands points du programme de la transition: la conférence nationale et la réforme constitutionnelle

1) La conférence nationale.

L’ idée de la réalisation d’ une conférence nationale pour refonder la nation n’ est pas l’ approche à privilégier. La conférence nationale nous projette un futur imprécis chargé de virtualités douteuses quant à l’ avenir des recommandations qui y seront adoptées. Elle est une illusion du passé qui n’ habite que les esprits en retard. Notre monde globalisé vit au rythme de la démocratie, du multilatéralisme et du libéralisme triomphant. Notre monde, on le répète, est celui de la démocratie, de l’ État droit, de la bonne gouvernance et des droits de l’ homme. Ces concepts forment aujourd’hui ce que nous appelons l’ idéologie dominante. La société haïtienne, comme toute société humaine qui aspire à la modernité ne peut fonctionner en dehors de cette réalité globale.

Le projet de conférence nationale souveraine apparait comme une réponse facile des élites en panne d’ inspiration face à des problèmes complexes. La mondialisation nous place devant des choix difficiles. Il se révèle donc impossible de gouverner aujourd’hui sans recourir au savoir, à la technologie et au savoir-faire, conditions indispensables à la transformation du monde.

Le savoir est d’ abord culturel, proclame la post modernité, en réaction à la pensée moderne occidentale qui a dominé le monde pendant des siècles. Aujourd’ hui la question qui est posée aux intellectuels haïtiens est la suivante : en quoi la dimension culturelle du savoir nous permettrait – elle de construire un savoir et un savoir-faire haïtiens déliés de toute domination pour répondre aux besoins du développement d’ Haïti, tout en assumant notre appartenance au monde globalisé ?

2) La réforme constitutionnelle.
La réforme constitutionnelle est- elle la réforme de l’ État?

Parler de réforme constitutionnelle revient d’ abord à se demander quelle est la meilleure Constitution pour Haïti, c’ est – à – dire par quelle disposition, quelle organisation, quelle structure du pouvoir d’ État, les buts de l’ État peuvent être le plus sûrement atteints ?

Je l’ ai souligné à maintes fois que le pays n’ a pas un problème de lois et de Constitution. Celles qui se révèlent les meilleures dans notre arsenal juridique et constitutionnel n’ ont jamais été appliquées dans le sens du renforcement de la démocratie, de l’ État de droit et de la bonne gouvernance. L’ application de la Constitution ne dépend pas seulement de sa valeur juridique, politique et idéologique, donc de sa valeur intrinsèque mais de la volonté des gouvernants et des gouvernés de la respecter. L’ obéissance à la loi est d’ abord une question d’ éducation. Pour appliquer la loi, il faut apprendre à vouloir la loi, et à aimer la loi.
L’ homme n’ est ce qu’il doit être que par l’ éducation, par l’ entrainement. L’ animal termine bien vite sa formation. L’ homme ne bénéficie pas ce bienfait de la nature. Il faut mettre les élites haitiennes à l’ école de la démocratie et à l’ école tout court.

La dyarchie installée au sein du Pouvoir Exécutif n’ a pas diminué l’ institution présidentielle. Au contraire, la Constitution de 1987 accorde de séreux ou de réels pouvoirs au Président de la République. L’ article 136 de la Constitution qui est une sorte de dérogation au principe de la séparation des pouvoirs hisse le Chef de l’ État au rang d’ arbitre neutre des conflits et des contradictions qui peuvent surgir dans le fonctionnent régulier des pouvoirs de l’ État. Le Président de la République, l’ élu du peuple à de réels pouvoirs, ce qui est important, c’ est de savoir comment les exercer, disait Leslie Manigat.

En dernière analyse, on peut dire que la Constitution de 1987 accouche un régime politique dans lequel les pouvoirs doivent faire preuve de modération et acceptent l’ existence des contre – pouvoirs. La dictature ne peut venir que de l’ exécutif. C ‘ est pourquoi, les peuples ont mis plusieurs siècles à réduire l’ arbitraire du détenteur de ce pouvoir par la construction de l’ État de droit.

La Constitution de 1987 était venue pour résoudre un problème : la crainte d’ un retour de l’ autoritarisme présidentiel.
Le déséquilibre créé au profit du pouvoir législatif est la preuve de la rationalité du régime politique haïtien. Il n’ y a pas de loi sans raison. Il y a toujours une raison à la loi. On élabore pas une Constitution dans un vide factuel. Toute loi vient pour résoudre un problème. La raison de la Constitution de 1987 est historique et politique. Sur cet point, elle a accompli son travail historique. La méconnaissance de l’ histoire est un obstacle à la connaissance du droit et à la connaissance tout court.

En opposition à ces idées un peu boiteuses, ma compréhension du problème est que les élites haïtiennes entretiennent un rapport difficile au droit et à la loi. De ce fait, elles se révèlent incapables d’ évoluer dans une société haïtienne moderne dominée par les principes de l’ État de droit, de la bonne gouvernance et de la démocratie. En ce sens, ne faut- il pas regarder du coté des générations plus jeunes, des citoyens plus responsables, modernes, mieux formés et informés. Pour ces jeunes, férus d’ internet et de technologies modernes, la fin du système, n’ est – elle pas la fin de la domination de la classe dirigeante, opposition et pouvoir ? Qui sont partants et les nouveaux arrivants?

En tant qu’élite du barreau, je tiens à dire qu’on improvise pas la présidence d’un pays. Une telle fonction exige de la préparation. C’ est pourquoi, rien n’ augure de bon avec des chefs de bande qui dominent la scène politique haïtienne depuis plus de trente (30) ans. Leurs actions démesurées et irresponsables nous conduisent à cette déchéance. Nous devons rester à la vigie. Nous sommes dans une situation de confusion générale. Il faut faire attention aux magouilleurs professionnels de la politique haïtienne. Ils répandent un discours populaire mais sont dépourvus de conscience patriotique. Ce sont des entrepreneurs politiques qui ne pensent qu’a leurs intérêts égoïstes et mesquins. Dans ce combat pour le changement, il y a une démarcation à faire pour séparer le bon du mauvais, le bien du mal. Dans le combat politique, il y a une dimension éthique .En un mot, la politique, pour atteindre ses buts ultimes ne peut pas se passer des vertus. Cela est fondamental.

On ne doit pas perdre de vue que cette crise est le fait de l’ irresponsabilité des élites dirigeantes. La responsabilité est la destination absolue de l’ homme. Cette destination lui permet de faire la différence entre ce qui est bien et ce qui est mal. Seul l’ animal est irresponsable. Quand on renonce à sa responsabilité, on devient bête. Notre animalité, c’est l’ exercice du pouvoir politique à des fins égoïstes. Notre désolation, c’ est la politique du pire.

Avec ces mouvements revendicatifs successifs déclenchés dans tout le pays, s’ abolissent le monde des anciens et le système traditionnel désuet. Les modernes doivent anticiper l’ avenir face à un possible retour possible des maîtres du système. Quand il s’ agit de politique, le bien commun, ou de Constitution, tout le monde est légitime. Il nous faut créer des contre mouvements pour faire échec aux tentations autoritaires des tenants du système traditionnel désuet et corrompu. Cette vieille élite nous ennuie.

Les contraires se radicalisent, mais à partir de quoi il ne faut point désespérer ?

Impopulaire, miné par le déclin économique, totalement seul avec sa garde de corps, le président Jovenel Moise tient ferme à la barre et s’ accroche à son pouvoir, en se moquant de l’ humiliation publique. Comment a -.t- il pu résister jusqu’à présent à tous ces assauts?

La faiblesse morale de l’ opposition n’ est – elle pas la force de Jovenel Moise?

Le mouvement des artistes, n’ est – il pas un contre mouvement?
Par la popularité dont il jouit, s’il arrive à s’ imposer dans la société civile, ce mouvement, à coté d’ autres, pourra être à mon sens une réponse citoyenne crédible à l’ intransigeance affichée par les protagonistes.

Ce tâtonnement dans la recherche de solution à cette impasse politique explique bien notre dilemme. Aucune figure politique n’ émerge de cette crise. Au bout du compte, cette crise nous amène à une crise de la vérité. Une crise sur la manière de sortir de la crise. Qui a la solution à cette crise ? A qui revient donc la légitimité de trancher ?

La politique est le lieu commun. Dans le cadre institutionnel de la
démocratie, du moins personne ne peut prétendre avoir accès privilégié à la vérité des questions politiques, constitutionnelles ou législatives. De l’ extérieur du système, n’ est – il pas temps de construire une opposition au pouvoir et à l’ opposition en vue de parer aux incertitudes de l’ avenir.

Les patriotes haïtiens doivent anticiper les événements pour ne pas perdre le contrôle de l’ avenir. La possibilité d’ un dialogue inter haïtien est nulle. Les haïtiens n’ont pas la pratique des échanges libres. Le comportement pratique de l’ homme haïtien, c’ est la jalousie et le rejet systématique de l’ autre. En ce sens, la culture du refus rend difficile toute solution humaine à la crise actuelle. Les ridicules à outrance qui sont au pouvoir et dans l’ opposition ne mesurent pas la dimension humaine de la crise. Leur ignorance du mal nous dirige tout droit vers la perte du territoire national.

La réalité est que le pays est complètement fermé. Les familles pauvres souffrent terriblement en place. Le citoyen ne peut quitter son espace pour se procurer ce qui est nécessaire à ses besoins. C’ est notre liberté qui est menacée. Car personne n’ a le droit de disposer d’ une autre personne et de contrôler ses possibilités d’ action au point que la personne dépendante se voie privée d’ une part essentielle de sa liberté. D où viendra le secours ? Les forces de sécurité nationale sont – elles en mesure d’ imposer l’ ordre ou réguler cette situation ? Il s’ agit de questions qui intéressent essentiellement les citoyens.

L’ absence de réponses à ces questions nous plonge dans un immense désarroi. Lorsque nous ne serons plus capables de supporter la faim, lorsque nos malades ne pourront plus voir leurs médecins, lorsque nous serons plus en mesure de protéger nos enfants du danger, lorsque tout s’ écroule dans le chaos généralisé, à ce moment là, nous ferons appel comme d’ habitude aux tuteurs étrangers pour nous sauver de la barbarie, au maitre du système régnant, les États-Unis d’ Amérique, pour résoudre le problème haïtien à notre place. Une fois encore, ce sera la suprême offense, une troisième occupation militaire étrangère humiliante, en moins d’ un quart de siècle. Les déchus de la patrie nous conduiront sur les remparts du déshonneur et de l’ incivisme. La flambée nationaliste du peuple va se heurter à la trahison des politiciens de service qui n’ auront aucun problème à collaborer avec les occupants. Les jeunes de ma génération vont – ils se rendre compte à la fin de la journée qu’ils ont été des idiots utiles dans une vaste manipulation des anciens, des anciens dépourvus du privilège” de l’ ancienneté”, voleurs de jeunesse.
Tous les scénarios sont possibles. Il est un fait que les forces publiques ne rassurent pas les citoyens. Les mesures annoncées par le gouvernement dans le sens de la reprise des activités sont jusqu’à présent sans effet. Des groupes de citoyens devant leurs barricades défient la police. On ne demande pas aux citoyens d’ accepter l’ ordre, c’ est ridicule. L’ ordre doit être accepté. En cas de résistance, on l’ impose par la contrainte, c’ est classique. La fonction du maintien de l’ ordre public et la sécurité intérieure est liée à l’ existence même de l’ État. L’ État perd – il le monopole de la violence légitime ?

Tout cela est rendu possible parce que l’ union entre l’ État et le citoyen s’ effrite . L’ absence de cette union rend impossible toute action consciente de l’ État. Entre temps, c’ est l’ impasse, c’ est la mort des consciences, du patriotisme, ce sont des pertes en vie humaine regrettables et impardonnables. Tout est bloqué, l’ ordre républicain est renversé. Le processus de démocratique d’ Haiti encadré par l’ international depuis des années est interrompu. Les institutions républicaines sont carrément disloquées. L’ État d’ Haiti est effondré sous le regard complice des Nations-Unies dont la mission principale était d’ assurer un environnement politique sûr et stable dans le pays. Après avoir dépensé tant d’ argent pour un bilan aussi désastreux, comment pourraient – elles admettre aujourd’hui, au nom de la démocratie l’ établissement d’ un gouvernement en dehors des normes démocratiques ?

Cette communauté internationale, n’ est – elle pas aussi dos au mur? Quel a été son véritable projet pour Haïti ? Les haïtiens vont découvrir très tard que derrière chaque projet, il y a un mensonge et derrière chaque mensonge, il y a un projet macabre.

La vérité de ce projet est la destruction de l’ État nègre d’ Haiti avec support des nègres locaux pour justifier l’ incapacité des nègres d’ Haïti à gouverner le pays dans le sens du bien, du beau, de la qualité et de l’ excellence.

Du coté de l’ international, l’ échec est total et sans appel. Cet échec est toutefois partagé entre le pouvoir et la communauté internationale. C’ est un bilan particulièrement décevant, insignifiant et triste pour la communauté internationale. C’ est un désaveu total qui, à mon avis devrait inviter la communauté international à revoir sa stratégie en Haïti. Sa crédibilité est mise à rude épreuve.

Sur le terrain, chaque jour, on se rend à l’ évidence que le gouvernement éprouve toutes les difficultés à contrôler les espaces territoriaux de l’ État. Les États-Unis, qui avaient toujours pris position en faveur du respect du mandat présidentiel, sont – ils entrain de laisser couler doucement la présidence de Jovenel Moise ? Si l’ appui, il en existe, en quoi se manifeste – t- il dans le contexte actuel. ?

Les citoyens ont de quoi à mettre en doute ce soutien mou des américains. On s’ étonne que les États-Unis n’ aient pas réussi jusqu’à présent à convaincre l’ opposition politique haïtienne à dialoguer avec le pouvoir en vue de trouver une solution pacifique à la crise. De plus, il est surprenant que le gouvernement d’Haïti en proie à tous les problèmes n’ ait reçu aucun support économique de la part des États-Unis.

L’ heure n’ est – elle pas venue d’ interroger la stratégie américaine en Haïti ?

La politique internationale est dynamique et évolutive. La vitesse des événements en Haïti pourrait – elle conduire à un revirement de la position de la communauté internationale dans cette crise?. Pour l’ heure, il me semble que les États-Unis ne souhaitent pas lâcher le Président Jovenel Moise, tant que celui-ci sera encore utile sur la scène internationale pour les raisons que l’ on sait. Sur la question du maintien du Président Jovenel Moise au pouvoir, il n’ y a pas d’ ambiguïtés dans la position américaine. En réponse à la demande de démission du Chef de l’ État formulée par l’ opposition, le maître du jeu, le juge de la nation, préconise le dialogue entre les acteurs en conflit pour résoudre la crise.

L’ étranger est vraiment étranger à la réalité haïtienne. L’opposition politique ne contrôle pas la rue, encore moins ces jeunes chômeurs détenteurs de licence, de maîtrise, obtenus dans les universités haïtiennes, européennes et nord américaines, qui ne jurent que par le chambardement du système actuel. L’ opposition chauffe sur une réalité, réalité due aux inégalités sociales que ces jeunes veulent en finir.

En effet, sommes – nous encore dans le temps du dialogue? Le temps n’ a – t- il pas suspendu son vol ? Dans l’ arrêt du temps n’ a- t- il pas encore le temps?

Loin du regard du puissant maître, le mal s’ installe partout. Cette situation, telle que nous la vivons quotidiennement, dépasse les acteurs, tant du coté du pouvoir que ceux de l’ opposition. C’ est la vie qui risque d’ être fermée sur nous ou de nous échapper totalement. Subitement l’haïtien devient un mort en attente de mourir. Si cela continue, si le Président Jovenel Moise perd le pouvoir, on le fera passer dans l’ histoire comme un modèle d’ ignorance et de cruauté, un tyran au contrôle duquel la justice internationale d’ essence hégémonique devrait sévir pour les violations graves des droits humains. S’ il triomphe, il sera un modèle de lutteur et de bravoure pour les générations futures. L’ histoire n’ est pas neutre. Elle est toujours écrite par les vainqueurs.

Conclusion

Dans cette lutte d’ auto destruction qui est une façon de déserter la lutte, où se situe donc le destin de la République d’ Haïti ?

Nous sommes arrivés à un point fixe où nous devons choisir entre la grandeur et la décadence.

Le pays est plus grand que nous. Haïti est une authentique patrie, gardons – la jalousement. Le Président Jovenel Moise n’ est qu’un moment de l’ histoire de ce pays. Car l’ histoire d’ un peuple est tout ce qui était possible à un moment de la vie. Le passé ne peut pas nous contraindre, mais nous inviter à refaire l’ avenir avec plus d’ assurance.

A ce carrefour difficile, où les fondements de l’ État sont renversés, ne faudrait-il pas se délester du fardeau que la nature fait peser sur nous pour conclure raisonnablement un nouveau deal, mettre en place une gouvernance éclairée axée sur un nouveau modèle de développement avec la participation de tous les citoyens dans la perspective de la construction d’ une société haïtienne socialement plus juste et économiquement plus ouverte?

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Justice-Faits Divers

Transition politique en Haiti: Une démarche sans complaisance. Qui dit mieux?

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La solution à la crise passe – t- elle vraiment par la Cour de Cassation?

L’ opposition radicale institue une “Commission de Passation de pouvoir” et regarde en direction de la Cour de Cassation pour assurer la transition politique en Haïti, une fois qu’ elle obtient de gré ou de force la démission du Président Jovenel Moise, de plus en plus isolé de son peuple, mais élu pour un mandat constitutionnel de (5) ans. Faut – il prendre au sérieux cette démarche ?

Nous sommes, en effet, régis par une Constitution, mais est – ce que les juges de la Cour de Cassation nous disent ce qu’elle est? Comment comprennent – ils leur propre pouvoir ?

Je l’ ai souligné plusieurs fois dans mes textes que notre Cour de Cassation n’ est pas Cour Suprême des États-Unis, dont le pouvoir n’ a d’ égal que son autorité morale. La nation américaine a confiance en ses juges, en ses gardiens impartiaux de la règle de droit.

Le pouvoir judiciaire des États-Unis, qui est un véritable pouvoir, est dévolu à une Cour Suprême. Les juges de cette Cour, sans nier leurs convictions idéologiques, ont un devoir d’ ingratitude ( R. Badinter).

En Haiti, selon l’ article 173 de la Constitution, le Pouvoir Judiciaire est exercé par la Cour de Cassation, les Cours d’ Appel, les Tribunaux de première instance, les Tribunaux de Paix et les Tribunaux Spéciaux.

La Cour de Cassation d’ Haïti est notre Cour Suprême. En principe, elle ne se prononce pas sur les questions de fait mais de droit. C’ est ce qu’on appelle dans le langage du droit le contrôle normatif de la Cour de Cassation. “Elle assure l’ empire du droit et l’ autorité de la Constitution.

Dans l’ état actuel des choses, le Pouvoir judiciaire n’ est pas exercé par la Cour de Cassation, encore moins par les juges de cette institution républicaine , mais bien par le Conseil Supérieur du Pouvoir au sein duquel sont intégrés les représentants des organisations de la société civile.

Il y a là un imbroglio constitutionnel. En effet, l’ article 184- 2 de la Constitution se lit comme suit: L’ administration et le contrôle du Pouvoir Judiciaire sont confiés à un Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire qui exerce sur les magistrats un droit de surveillance et de discipline, et qui dispose d’ un pouvoir général d’ information et de recommandation sur l’ État de la magistrature.

Tenant compte de la Composition du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, Me Guerilus Fanfan se demande : comment des non magistrats, peuvent – ils sanctionner des magistrats pour les fautes commises dans l’ exercice de leurs fonctions?

Comment un simple citoyen, peut – il prétendre sanctionner un parlementaire pour les fautes commises dans l’ exercice de sa fonction, s’il n’est pas membre du Parlement?

Qui assure l’ autorité de notre Constitution et l’ empire de la Règle de droit?

La Constitution de 1987 définit Haiti comme une République démocratique . En conséquence, ne peuvent exercer la souveraineté nationale que les seuls détenteurs de la légitimité populaire. En effet, de qui, les représentants des organisations siégeant au sein du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, ont – ils reçu la délégation de souveraineté pour exercer le Pouvoir Judiciaire ?

Par maladresse juridique, ou par incapacité de nos législateurs, le pouvoir reconnu aux juges par la Constitution d’ exercer le Pouvoir Judiciaire avait été transférée au Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, suite à une loi inconstitutionnelle adoptée en novembre 2007 instituant le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire.

Mise au point

Notre Constitution en son article 58 dit que la souveraineté nationale réside dans l’ universalité des citoyens mais toutefois qui en délégue l’ exercice à trois (3) pouvoirs.( art 59.)

Comment un pouvoir de l’ État, peut – il exercer la souveraineté nationale en dehors de la légitimité populaire ?

Le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, tel qu’il est constitué suivant les directives de la loi de novembre 2007 est aux antipodes des principes de la démocratie représentative. Somme toute, le pouvoir des citoyens se résume et s’ épuise dans l’ élection de leurs représentants,( art 58). C’ est la souveraineté par délégation. Il s’ agit, en espèce, d’ une délégation provisoire. Le peuple délégue son pouvoir à ses élus ou nommés sans jamais y dénoncer.

En effet, les bénéficiaires de la délégation de souveraineté sont établis par le vote des citoyens pour garantir les droits et leur pouvoir émane du consentement des gouvernés.( Voir chapitre II des droits fondamentaux Const de 1987) .Toutes les fois qu’un gouvernement continue un obstacle à la réalisation de ce but, le peuple a le droit de le changer ou l’ abolir. ( voir le préambule Const 1987 )

Notre Constitution, en dépit de ses problèmes, aurait pu être la meilleure au monde, si ses gardiens impartiaux de la règle de droit avait joué leur rôle. Notre loi – mère avait hissé le Pouvoir Judiciaire au rang des pouvoirs légitimes de la démocratie, en établissant une procédure de désignation des juges qui devrait garantir l’ indépendance de la justice. ( voir les articles 174 et 175). Car le texte de 1987, est parvenu, de façon heureuse à concilier la liberté des citoyens et les pouvoirs de l’ État.

Rien d’ étonnant si des voix s’ élèvent partout pour demander de la changer. Car, le respect de la loi est une question d’ éducation. Ce n’ est pas la Constitution qui est mauvaise, ce sont les élites haïtiennes qui ne peuvent pas évoluer dans une société haïtienne dominée par les règles de droit. ” Il faut mettre ces élites à l’ école de la démocratie, et à l’ école tout court”, disait le Prof Leslie Manigat.

Le choix d’un juge à la Cour de Cassation pour assurer la transition politique n’ est pas fait dans le but de garantir la neutralité de la transition mais motivé par les ambitions démesurées et égoïstes qui traversent les différents clans de l’opposition.

Notre Cour n’ est pas traversée par le devoir d’ ingratitude. On connait son mode d’ élection. Ce n’ est pas une procédure dissuasive. Il n’ y a pas eu de véritables auditions au Senat de la République pour leur désignation. Des auditions qui auraient pu se porter tant sur les aptitudes professionnelles que la vie privée.

Cette Cour n’ est garante de rien. Tout le monde a un juge dans sa poche pour cette transition. La Cour devient donc un instrument par lequel chaque groupe entend construire son hégémonie politique. Tout y est, sauf un projet national salvateur.

Conclusion

La société est un nœud de conflits et de contradictions. Les conflits naissent dans la société, grandissant, disparaissent et réapparaissent. Considérée sous cet angle, la démocratie apparait comme le traitement des conflits. En démocratie, le dialogue est l’ outil par lequel on traite les conflits. Le dialogue est donc nécessaire pour résoudre la crise actuelle. Il n’ y a pas d’ autres voies.

La démarche en faveur d’ une transition politique est peut-être une solution à la crise, mais comporte trop de risques, parce que les acteurs haïtiens n’ ont presque aucun droit de manœuvre face à une communauté internationale unie dans la défense de ses intérêts. Les dirigeants haïtiens divisés sur des questions fondamentales, n’ ont pas été toujours en constante dignité face à l’ étranger. En ces sens, il est important que les protagonistes mettent fin à leur illusion de puissance, en empruntant la voie de la raison. Car, face à la faillite de l’ État d’ Haïti organisée et provoquée par ses propres dirigeants d’ hier et aujourd’hui, la force politique réelle sur le terrain, n’ est ni plus, ni moins, celle de la communauté internationale qui a le contrôle sur tout. Départ ordonné ou pas, transition politique ou pas, la réalité d’ Haïti sera toujours ce qu’ elle a été, tout le temps que ce sont les étrangers qui sont maîtres de la politique chez nous. Qui dit mieux?

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