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“L’Europe serait emportée par le coronavirus”, prédit l’ancien président du Parlement européen, Antonio Tajani

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Ravagée par le coronavirus, l’Italie voit mal la décision prise par l’Union européenne (UE), 26 mars dernier, de reporter l’examen de mesures plus fortes afin d’atténuer les conséquences économiques et sociales dramatiques liées à la pandémie.

L’ancien président du Parlement européen, Antonio Tajani prédit qu’elle serait “emportée par le coronavirus”, tout en qualifiant l’Europe de “lâche”.

Cette même attitude est reprise par le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, qui dit à une “Europe morte d’aller se faire foutre“, selon le titre du journal Il Fatto Quotidiano.

Cette colère est survenue après avoir sollicité à plusieurs reprises l’aide de l’Union européenne pour soutenir son pays terrassé par le COVID-19.

D’ailleurs, Giuseppe Conte a notamment, avec l’appui de la France, proposé la création de «coronabonds» qui mutualiseraient la dette des États membres. Une option refusée par plusieurs pays du nord de l’Europe, dont l’Allemagne en tête de liste.

“Nous avons dit, du côté allemand, mais aussi de la part d’autres participants, que ce n’était pas la conception de tous les États membres” d’émettre ces emprunts européens communs pour soutenir l’économie, a déclaré la chancelière allemande, Angela Merkel à l’issue d’un sommet organisé en visioconférence le 26 mars dernier.

Aucun accord n’a été trouvé sur des mesures fortes visant à apporter de l’aide aux nations les plus touchées par le coronavirus.

Mise à part les autorités italiennes, la presse italienne s’est déchaînée et mal pris la décision de l’UE.

Pour une partie de la presse, Bruxelles abandonne la péninsule à son sort. Elle n’hésite pas à parler d’une UE «laide» et «morte».

«Si l’UE ne se met pas d’accord, le projet européen est terminé », écrit de manière si catégorique le quotidien italien pro-européen, le plus diffusé du pays, Corriere della Sera.

Il faut signaler que l’Italie est le pays le plus touché par le Covid-19 avec près de 8 200 décès et 82 000 personnes infectées.

Payant le prix fort au niveau sanitaire comme économique, l’Italie réaffirme sa «préférence pour le MES» ou Mécanisme européen de stabilité, un fonds de secours créé en 2012 lors de la crise de la dette et doté d’une capacité de prêt de 410 milliards d’euros.

Le refus des États membres à soutenir les pays ravagés par le Covid-19 met en rogne le Premier ministre Giuseppe Conte qui se sent agacé par le manque de soutien de ses partenaires européens, jusqu’à menacer de refuser de signer la déclaration commune si les autres pays de l’UE n’adoptaient pas des mesures fortes, «avec des instruments financiers innovants et réellement adéquats pour une guerre que nous devons mener ensemble».

Une prise de position qui a eu pour effet de pousser les 27 pays membres à «présenter des propositions dans un délai de deux semaines».

Le quotidien Corriere della Sera parle d’accord «a minima». Il fustige une «union qui ne fait pas la force». 

Même son de cloche du côté du pro-européen La Repubblica, qui parle d’une «laide Europe». Pour le quotidien financier Il Sole-24Ore, Bruxelles est «à un tournant». Le journal cite notamment un diplomate qui estime que «quand on compte les morts, on ne compte pas les milliards».

Le chef de la diplomatie italienne Luigi Di Maio s’est également montré ferme avec Bruxelles en postant sur son compte Facebook: «Nous attendons de la part de nos partenaires européens de la loyauté, nous attendons que l’Europe fasse sa part, parce que les belles paroles, on ne sait pas quoi en faire.»

«Pendant que l’on meurt et que l’économie s’effondre, les décisions sont renvoyées à dans deux semaines. L’égoïsme masochiste des tenants de la rigueur est myope et dangereux pour tous. »

«Une fois de plus, l’Europe démontre son absence, il n’y a pas de stratégie », critique Luca Zaia, gouverneur de la Vénétie, région particulièrement touchée par l’épidémie.

À rappeler que l’Europe est actuellement le continent le plus touché par la pandémie avec un total de 265 000 cas, et plus de 14 500 morts. 

Sources combinées

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LE RÔLE DU COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT DANS LE FONCTIONNEMENT DE LA JUSTICE PÉNALE

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Un conflit a récemment éclaté entre le Ministre de la Justice et de la sécurité publique, Vincent Rockefeller, et le Commissaire du gouvernement, Jacques Lafontant. Au-delà de ce différend et même à cause de cela, il serait utile d’évoquer, ici, le rôle du Commissaire du gouvernement dans le fonctionnement de la justice pénale, peut-être pour éviter à l’avenir de dangereuses confusions des rôles.

Suite à une lettre de remontrances de son ministre de tutelle, le Commissaire du gouvernement du gouvernement, Me Jacques Lafontant, a durement accablé son supérieur hiérarchique, Vincent Rockefeller, accusant celui-ci d’avoir commis dans le passé des actes contraires à l’éthique professionnelle et à la morale publique. Les faits évoqués par Me Lafontant contre l’actuel Garde des Sceaux relèvent-ils de la calomnie d’un fonctionnaire public acculé qui veut se venger ? On ne le sait. En tout cas, dans tout État sérieux, une enquête aurait déjà été diligentée en vue de faire la lumière sur ces graves accusations portées sur la place publique contre le Ministre. Il s’agit quand même de la gestion d’une République qui se fonde sur des valeurs dont le Chef de l’État est à la fois le dépositaire et le garant.

Après cet échange musclé, le Commissaire Lafontant a démissionné. Pour plus d’un, dans une telle situation, il a fait ce qu’il fallait faire pour rester égal à lui-même. Somme toute, l’ancien diplômé en lettres à l’École normale supérieure avait dirigé le parquet avec honnêteté, rigidité et une compétence dont il peut se vanter, a déclaré le très intègre Magistrat Jean Wilner Morin, juge et juge d’instruction au Tribunal de Première instance de Port-au- Prince et chef d’une association de magistrats. Cet avocat public qui va certainement retourner dans la sphère privée et à qui je dédie un plus grand destin, est assurément en réserve de la République.

Au-delà d’une affaire opposant un supérieur hiérarchique à un subalterne ou du conflit entre le ministère de la justice et le parquet, la démission de Me Lafontant nous donne l’opportunité de questionner le rôle ou le statut véritable du Commissaire du gouvernement dans le fonctionnement de justice haïtienne, et plus précisément dans la justice pénale, à l’heure de la réforme pénale en Haïti. Dans ce cadre, quatre questions fondamentales mériteraient d’être abordées telles que: 1) les règles de l’enquête, la poursuite, l’instruction et le jugement ; 2) les pouvoirs des autorités pénales ; 3) les limites de ces pouvoirs ; 4) l’équilibre entre la protection des libertés individuelles (droit de la défense et celle de la société).

Cependant, je n’examinerai pas ces quatre questions dans ce texte. Je me bornerai à traiter du statut ou du rôle du Commissaire du gouvernement au regard du principe de l’égalité des armes, principe témoin de l’État de droit dans lequel est associé le droit à la défense pleine et entière.

Pourquoi devrait-on considérer les Commissaires du gouvernement comme faisant partie de la magistrature ?

La France, le pays où Haïti a puisé pour se doter de ses codes, indique que le parquet désigne le lieu où se tenaient les magistrats du ministère public. C’est la France qui a introduit dans son système judiciaire les concepts de « magistrature assise » et de « magistrature debout ». Cette conception française de l’organisation de la justice remonte au 14e siècle. Elle domine encore la justice haïtienne. En France, tout comme en Haïti, le Commissaire du gouvernement et ses substituts, appelé « magistrats du parquet » sont placés sous la direction et le contrôle de leurs chefs hiérarchiques et sous l’autorité du garde des sceaux, le ministre de la Justice.

Cette distinction française adoptée dans notre droit national est pernicieuse. Elle est en désaccord aux principes nouveaux développés dans le droit moderne, notamment ceux de l’État de droit. Comparée aux pays de « common law », la France accuse certains retards. Mais des récents développements observés dans la jurisprudence française dans la mise en œuvre des principes de l’État de droit, montrent qu’il y a évolution.

La justice est un pouvoir en Haïti
Dans le système français, la justice est une autorité, tandis qu’en Haïti, elle est un pouvoir légitime de la démocratie : c’est une distinction fondamentale. Nos magistrats confondent Haïti avec la France. Ils ont importé le modèle français sans tenir compte des principes énoncés par la Constitution haïtienne.

La justice en Haïti est une institution républicaine. Il s’agit là d’une question constitutionnelle que beaucoup d’acteurs de la scène judiciaire haïtienne n’arrivent pas à bien saisir. C’est ce qui explique la débandade dans la gouvernance judiciaire haïtienne et la mauvaise relation entre les trois grands pouvoirs de l’État. À la base de chaque système juridique, il se dégage des conceptions philosophiques et historiques qui le distinguent d’un autre. Ces emprunts faits dans certains systèmes juridiques dans d’autres pays, brouillent la cohérence de notre système national et a des difficultés pour s’insérer dans cette réalité haïtienne qui leur est tout à fait étrangère.

Les modes de désignation des magistrats en France sont différents de la procédure tracée par la Constitution haïtienne. En France, les magistrats sont nommés sur avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature. Cette formule française, pourtant contraire à la Constitution haïtienne, est adoptée en Haïti en application du décret du 22 août 1995 sur la magistrature haïtienne.

Il est à remarquer que cette manière de désigner les membres de la magistrature haïtienne, hormis ceux de la Cour de cassation, est en violation de la Constitution de 1987. Notre loi mère en son article 175 indique que les juges de la Cour de cassation sont nommés par le Président de la République sur une liste de trois (3) personnes par siège soumise par le Sénat. Ceux des Cours d’appel et des Tribunaux de première instance le sont sur une liste soumise par l’Assemblée départementale concernée et les juges de paix, sur une liste présentée par les Assemblées communales.

En Haïti, comme en France, les Commissaires du gouvernement et leurs substituts ne bénéficient pas de la garantie d’inamovibilité des magistrats du siège. D’un point de vue statutaire, le vocable « magistrat » attaché aux Commissaires du gouvernement et leurs substituts, fait problème. Haïti a hérité cette confusion de la France. La loi portant création du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire est non seulement inconstitutionnelle mais renforce cette confusion, en y introduisant un agent du Pouvoir exécutif dans la gouvernance du pouvoir judiciaire en la personne du Commissaire du gouvernement ; ce qui rend illégitime cet organisme dédié à la discipline des magistrats. C’est le cas aussi de la présence des membres des organisations de la société civile au sein de la gouvernance du pouvoir judiciaire. Cette formule est contradictoire. Alors comment établir la différence entre l’État et la société civile ? Les juges entretiennent aussi cette confusion, en ignorant le statut de pouvoir que confère la Constitution à la Justice (article 173).

Le pouvoir n’a pas de supérieur
Le Pouvoir judiciaire est en effet dépositaire de la souveraineté nationale (article 58) au même titre que l’Exécutif et le Législatif. Un pouvoir ne peut pas avoir des syndicats en son sein. Le pouvoir judiciaire haïtien, en acceptant de fonctionner avec des syndicats de magistrats en son sein, renonce pratiquement à son statut de pouvoir. C’est un peu de l’irresponsabilité. C’est même de la trahison. Un pouvoir n’a pas de supérieur et ne peut être soumis à aucune autre forme de direction interne ou externe.

Les mauvaises conditions de travail des juges et les revendications salariales ne peuvent et ne doivent pas être des motifs pour la formation des syndicats dans la magistrature haïtienne. L’État haïtien est unitaire et décentralisé. Dès lors, l’Exécutif ne peut décider tout seul en matière de budget. Il revient au pouvoir judiciaire d’évaluer ses besoins en fonction des ressources disponibles.

Les juges sont en principe les délégués de la souveraineté nationale et ils ne peuvent pas renoncer à ce statut. Ils sont mandatés par le peuple à travers les élections indirectes, même si, ce n’est pas le cas aujourd’hui. Ce manque de légitimité les place dans une situation de vulnérabilité par rapport aux deux pouvoirs politiques. Avec la présence du syndicat au sein de la magistrature haïtienne, ils développent un réflexe de survie et renforcent la dépendance du Pouvoir judiciaire. Nos magistrats évoluent donc dans une situation périlleuse à laquelle malheureusement ils ont largement contribué.

La fonction de magistrat ou du juge est différente de celle du Commissaire du gouvernement. Considérer ce dernier comme un magistrat est contraire au procès pénal moderne et aux principes de l’État de droit. Dans un procès, il n’y a que les parties litigieuses. Sous le regard neutre du juge, les parties doivent être sur le même pied d’égalité.

La défense et l’accusation doivent être dans les mêmes conditions pour présenter leurs causes. L’égal accès aux plateaux de la balance judiciaire est la base du procès pénal moderne. L’existence d’une « partie principale » sous-entend forcément qu’il y a une ou deux parties secondaires au procès. La balance veut dire que l’équilibre ne doit pas être modifié par rapport au pouvoir ou la position de l’une ou de l’autre dans la balance.

Le Commissaire est un avocat public
Le Commissaire n’est pas un magistrat mais un avocat public ou général. Le juge décide au nom de la république en tant que dépositaire de la souveraineté nationale. Le Commissaire a un rôle différent de celui de l’avocat qui fonctionne dans le privé mais ils sont tous deux des demandeurs. Pour le triomphe de leur point de vue, ils font des réquisitions auprès du juge appelé à décider, et par conséquent ils doivent être placés dans des conditions raisonnables pour plaider leurs causes.

Le juge est neutre et indépendant. C’est la neutralité du juge qui garantit l’équité du procès. Dans notre système pénal, le Commissaire est partie au procès. Il y est pour soutenir le point de vue de son chef hiérarchique. Le juge n’a pas de chef hiérarchique : il décide sur le litige soumis à son appréciation, selon le droit, l’équité et son intime conviction.

Si on veut que le Commissaire du gouvernement soit un magistrat, il faut absolument revoir son statut ou lui accorder un nouveau rôle. On peut s’inspirer du rôle du Procureur dans la justice pénale internationale dans sa fonction de poursuite des crimes internationaux.

Me Guerilus Fanfan a cité dans son mémoire de maîtrise en droit l’arrêt Medvedyev du 10 juillet 2008 de la Cour européenne des droits de l’Homme, où est précisé que le Procureur ne pouvait être considéré comme une autorité judiciaire au sens de l’article 53 de la Convention. Elle estime qu’il manque d’indépendance à l’égard du Pouvoir exécutif. La Cour de cassation française aujourd’hui semble adopter cette interprétation de la Cour européenne des droits de l’homme.
Dans son cours « État de droit », mon ancien professeur Jacques Yvon Morin à l’ Université de Montréal a enseigné que ce qui garantit l’indépendance de la justice est la procédure de nomination des magistrats. Seuls les juges indépendants peuvent rendre une décision équitable, a-t-il précisé.

La présence du Commissaire du gouvernement comme partie principale au procès pénal est contraire au principe de « l’égalité des armes ». Cet principe est inhérent à celui du « procès juste et équitable ». L’égalité des armes veut que chaque partie se voie offrir une possibilité raisonnable de présenter sa cause dans des conditions qui ne la placent pas dans une situation de désavantage par rapport à l’autre partie.

Ce principe développé en common law n’est pas bien connu dans la tradition continentale. Ce qui traduit un déficit terrible pour les juristes formés en droit civil. Le droit évolue vers une mixité de systèmes avec un net avantage pour la common law au niveau international. C’est le cas de dire que la transformation de la science du droit est presque l’œuvre de la common law. Les avocats formés uniquement dans la tradition civiliste ont des efforts à consentir s’ils veulent rester sur le terrain du droit, du nouveau droit.

Le droit à un procès équitable fait partie des droits érigés en principes généraux du droit, donc supranationaux. Dans un procès pénal, il ne peut pas y avoir de partie principale. En matière des droits fondamentaux de la personne humaine, c’est l’individualité du citoyen qui compte. En ce qui concerne ses droits, l’individu se trouve placé sur le même pied d’égalité avec l’État.

Le Commissaire est un fonctionnaire de l’Exécutif
Dans le système romano-germanique, c’est l’État qui garantit les droits des citoyens. Dans la conception accusatoire, le droit protège le citoyen contre l’arbitraire des pouvoirs. Ces deux visions du droit ont élaboré une conception singulière des rapports entre l’individu et l’ État.

Faut-il rappeler que dans le procès pénal moderne, l’équité fait partie des trois impératifs ! L’équité est l’élément fondamental du procès. Car la loi, en raison de son processus de fabrication parfois truqué, manipulé par les groupes dominants, peut porter en elle les germes inéquitables. Le juge n’est pas esclave de la loi : il doit plutôt y être fidèle. C’est la raison pour laquelle la formation savante du magistrat n’est fondamentale dans la distribution de la justice, mais plutôt son honorabilité, son intégrité, son sens de l’équité à dicter la solution vraie au litige qui lui a été soumis. Il me semble que c’est cette conception qui traverse la philosophie de notre justice. La participation du peuple dans le choix de ses représentants, telle que consacrée par la Constitution de 1987, est un élément fondamental dans le caractère démocratique des pouvoirs. Ces qualités et conditions ne sont pas à exiger d’un Commissaire du gouvernement, fonctionnaire de l’Exécutif au sein de l’appareil judiciaire.

L’ordre judiciaire haïtien est constitutionnalisé. Comme on vient de le voir, le pouvoir judiciaire est détenu par les juges non pas par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire qui en assure aujourd’hui le contrôle.

Étant défini comme une institution républicaine, il serait plus indiqué et approprié que la gouvernance de ce pouvoir soit confiée aux juges de la Cour de cassation. Constitué de cette manière, cet organisme aurait plus de légitimité du fait de l’intervention du Sénat dans le choix des juges de cette Cour : ils jouiront d’une légitimité dérivée. En l’absence du Conseil constitutionnel, création de l’amendement de 2011, qui n’a jamais été mis en place, de ce fait c’ est la Cour de cassation qui assure donc l’empire de la Constitution et la règle de droit. En matière de lois et de constitution, la Cour de cassation a le dernier mot. Ce relâchement constaté au niveau de notre Cour suprême nous amène à nous interroger sur la capacité réelle des gardiens de la règle de droit à assurer la sécurité de notre système juridique national.
Dans l’avenir, il faudra penser à une composition multidisciplinaire de notre Cour suprême. Cette formule nous permettrait de combiner les expériences et les connaissances de nos magistrats de carrière à d’autres professionnels du droit venant d’autres horizons ou ayant d’autres profils, tels que les sociologues du droit, les historiens du droit et les politologues du droit. Cela permettrait d’avoir un plus grand rayonnement de la justice haïtienne. La composition de nos différentes Cours (Cour de cassation, Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif, Cour constitutionnelle) doivent être analysées avec plus de sérieux. Cette démarche est fondée sur le fait que l’explication du droit fait appel à la multidisciplinarité, donc extérieure au droit. Dans la compréhension de l’objet droit, il faut associer “law in book” à “law in action”, dans le cadre de ce qui a été appelé les “gap studies”. En effet, les juristes peuvent détenir une position privilégiée mais ne sont pas les seuls à énoncer le discours scientifique sur le social, l’économie, la politique et le commentaire légitime sur le droit. Reprenant à sa manière la pensée de Pierre Bourdieu, le juriste sociologue, Me Ocnam Dameus, a rappelé avec raison qu’un “regard droit sur le droit confond le droit”.

Le pouvoir judiciaire dépositaire de la souveraineté nationale

Une observation fondamentale du décret du 22 août 1995 sur l’organisation judiciaire nous permet de voir que
les articles 18 à 25 du dit decret établissent deux catégories de magistrats. Ce decret contourne la Constitution de 1987 en son article 175 qui introduit la participation populaire dans le choix des juges. L’exercice de ce droit constitutionnel par les Assemblées territoriales assure aux juges une légitimité, hisse l’instance judiciaire au rang de pouvoir légitime de la démocratie et élimine du même coup la hiérarchie démocratique entre les trois pouvoirs. C’est le respect de cette procédure qui assurera l’indépendance du Pouvoir judiciaire.

Avec la Constitution de 1987, il est à remarquer qu’aucun pouvoir ne peut prétendre être plus légitime et démocratique que l’autre en raison du suffrage universel. Le pouvoir judiciaire est dépositaire de la souveraineté au même titre que les deux autres pouvoirs de l’État. C’est parce que les juges sont issus de la volonté du peuple, donc du suffrage universel indirect qu’ils peuvent prétendre décider au “nom de la République”.

Ce décret sur l’organisation judiciaire adopté en marge de la Constitution consacre l’effacement d’un droit du peuple au profit des groupes dominants. Un tel décret ne peut que créer des institutions d’oppression. C’est la raison pour laquelle les citoyens pensent que la justice haïtienne oppresse le peuple. Politiquement, le décret du 22 août 1995 dans sa philosophie était destinée à écarter la participation populaire dans la mise en place d’un pouvoir judiciaire véritablement indépendant.

Au regard de l’article 22 de cette présente loi, on se demande combien de juges, depuis l’adoption de ce decret ont été choisis par les Assemblées territoriales du peuple ? Il faut souligner que les conditions pour favoriser cette participation n’ont jamais été créées. Les Assemblées territoriales qui constituent le mécanisme par lequel on devrait rendre effective cette participation, n’ont jamais été constituées pour permettre à ces dernières de jouer véritablement le rôle qui leur est dévolu par la Constitution. Car la proximité des juges avec le suffrage universel est la base de l’indépendance de notre justice.

Les nécessités liées à la continuité de l’État dans le domaine du service public judiciaire ne peuvent pas expliquer le choix de tous les gouvernements de passer outre ces relais locaux et régionaux. Cette mise à l’écart du peuple dans les affaires publiques traduit le mépris et les préjugés que les élites locales ont toujours cultivés à l’égard du peuple. En effet, quelque soit le niveau de formation de nos magistrats, issus de l’École de la magistrature haïtienne ou française, ceci ne résout pas la question constitutionnelle du droit de proposition dévolu aux Assemblées, a expliqué, la professeure de droit constitutionnel, Mirlande H. Manigat. Professionnalisation de la justice et légitimité des juges peuvent se conjuguer dans le cadre du combat pour l’indépendance effective de la justice. Dans ce combat, le droit doit être à l’avant-garde de tous les mouvements de réforme. Il faut que le peuple devienne citoyen. En ce sens, un programme d’éducation juridique est nécessaire afin de porter la science du droit au peuple pour qu’il se révolte et se libère (Jacques Rancière).

Trouver une alternative entre la « common law » et le droit continental
En conclusion, nous constatons hélas ! que l’ignorance et la médiocrité alliées au manque de patriotisme de nos gouvernants, restent la principale cause du dysfonctionnement de l’État. Les failles relevées dans le Code pénal par Me Josué Pierre-Louis, rendues publiques dans ses prises de position largement partagées par la communauté universitaire, ont convaincu la société haïtienne qu’un travail intellectuel de longue haleine doit nécessairement être mené dans le champ du droit en Haïti. On copie trop. Notre système juridique devient confus et incertain. Occidentalisation ne veut pas dire modernisation, a expliqué l’ancien patron de l’OMRH.

Dans le cas d’une réforme du droit et de la justice, il sera nécessaire de trouver une alternative entre la « common law » et le droit continental -, les deux grands systèmes juridiques dominants -, afin de mieux asseoir notre propre conception de la justice. C’est sur les limites des deux, et en se basant sur la dimension locale de notre réalité que devra venir cette solution. Autrement dit, c’est en prenant en compte la dimension culturelle du savoir que nous pouvons construire nos institutions politiques et celles destinées à la mise en œuvre de l’État de droit (voir Jacques Derrida, philosophe de la déconstruction).

Un conflit a récemment éclaté entre le Ministre de la Justice et de la sécurité publique, Vincent Rockefeller, et le Commissaire du gouvernement, Jacques Lafontant. Au-delà de ce différend et même à cause de cela, il serait utile d’évoquer, ici, le rôle du Commissaire du gouvernement dans le fonctionnement de la justice pénale, peut-être pour éviter à l’avenir de dangereuses confusions des rôles.

Suite à une lettre de remontrances de son ministre de tutelle, le Commissaire du gouvernement du gouvernement, Me Jacques Lafontant, a durement accablé son supérieur hiérarchique, Vincent Rockefeller, accusant celui-ci d’avoir commis dans le passé des actes contraires à l’éthique professionnelle et à la morale publique. Les faits évoqués par Me Lafontant contre l’actuel Garde des Sceaux relèvent-ils de la calomnie d’un fonctionnaire public acculé qui veut se venger ? On ne le sait. En tout cas, dans tout État sérieux, une enquête aurait déjà été diligentée en vue de faire la lumière sur ces graves accusations portées sur la place publique contre le Ministre. Il s’agit quand même de la gestion d’une République qui se fonde sur des valeurs dont le Chef de l’État est à la fois le dépositaire et le garant.

Après cet échange musclé, le Commissaire Lafontant a démissionné. Pour plus d’un, dans une telle situation, il a fait ce qu’il fallait faire pour rester égal à lui-même. Somme toute, l’ancien diplômé en lettres à l’École normale supérieure avait dirigé le parquet avec honnêteté, rigidité et une compétence dont il peut se vanter, a déclaré le très intègre Magistrat Jean Wilner Morin, juge et juge d’instruction au Tribunal de Première instance de Port-au- Prince et chef d’une association de magistrats. Cet avocat public qui va certainement retourner dans la sphère privée et à qui je dédie un plus grand destin, est assurément en réserve de la République.

Au-delà d’une affaire opposant un supérieur hiérarchique à un subalterne ou du conflit entre le ministère de la justice et le parquet, la démission de Me Lafontant nous donne l’opportunité de questionner le rôle ou le statut véritable du Commissaire du gouvernement dans le fonctionnement de justice haïtienne, et plus précisément dans la justice pénale, à l’heure de la réforme pénale en Haïti. Dans ce cadre, quatre questions fondamentales mériteraient d’être abordées telles que: 1) les règles de l’enquête, la poursuite, l’instruction et le jugement ; 2) les pouvoirs des autorités pénales ; 3) les limites de ces pouvoirs ; 4) l’équilibre entre la protection des libertés individuelles (droit de la défense et celle de la société).

Cependant, je n’examinerai pas ces quatre questions dans ce texte. Je me bornerai à traiter du statut ou du rôle du Commissaire du gouvernement au regard du principe de l’égalité des armes, principe témoin de l’État de droit dans lequel est associé le droit à la défense pleine et entière.

Pourquoi devrait-on considérer les Commissaires du gouvernement comme faisant partie de la magistrature ?

La France, le pays où Haïti a puisé pour se doter de ses codes, indique que le parquet désigne le lieu où se tenaient les magistrats du ministère public. C’est la France qui a introduit dans son système judiciaire les concepts de « magistrature assise » et de « magistrature debout ». Cette conception française de l’organisation de la justice remonte au 14e siècle. Elle domine encore la justice haïtienne. En France, tout comme en Haïti, le Commissaire du gouvernement et ses substituts, appelé « magistrats du parquet » sont placés sous la direction et le contrôle de leurs chefs hiérarchiques et sous l’autorité du garde des sceaux, le ministre de la Justice.

Cette distinction française adoptée dans notre droit national est pernicieuse. Elle est en désaccord aux principes nouveaux développés dans le droit moderne, notamment ceux de l’État de droit. Comparée aux pays de « common law », la France accuse certains retards. Mais des récents développements observés dans la jurisprudence française dans la mise en œuvre des principes de l’État de droit, montrent qu’il y a évolution.

La justice est un pouvoir en Haïti
Dans le système français, la justice est une autorité, tandis qu’en Haïti, elle est un pouvoir légitime de la démocratie : c’est une distinction fondamentale. Nos magistrats confondent Haïti avec la France. Ils ont importé le modèle français sans tenir compte des principes énoncés par la Constitution haïtienne.

La justice en Haïti est une institution républicaine. Il s’agit là d’une question constitutionnelle que beaucoup d’acteurs de la scène judiciaire haïtienne n’arrivent pas à bien saisir. C’est ce qui explique la débandade dans la gouvernance judiciaire haïtienne et la mauvaise relation entre les trois grands pouvoirs de l’État. À la base de chaque système juridique, il se dégage des conceptions philosophiques et historiques qui le distinguent d’un autre. Ces emprunts faits dans certains systèmes juridiques dans d’autres pays, brouillent la cohérence de notre système national et a des difficultés pour s’insérer dans cette réalité haïtienne qui leur est tout à fait étrangère.

Les modes de désignation des magistrats en France sont différents de la procédure tracée par la Constitution haïtienne. En France, les magistrats sont nommés sur avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature. Cette formule française, pourtant contraire à la Constitution haïtienne, est adoptée en Haïti en application du décret du 22 août 1995 sur la magistrature haïtienne.

Il est à remarquer que cette manière de désigner les membres de la magistrature haïtienne, hormis ceux de la Cour de cassation, est en violation de la Constitution de 1987. Notre loi mère en son article 175 indique que les juges de la Cour de cassation sont nommés par le Président de la République sur une liste de trois (3) personnes par siège soumise par le Sénat. Ceux des Cours d’appel et des Tribunaux de première instance le sont sur une liste soumise par l’Assemblée départementale concernée et les juges de paix, sur une liste présentée par les Assemblées communales.

En Haïti, comme en France, les Commissaires du gouvernement et leurs substituts ne bénéficient pas de la garantie d’inamovibilité des magistrats du siège. D’un point de vue statutaire, le vocable « magistrat » attaché aux Commissaires du gouvernement et leurs substituts, fait problème. Haïti a hérité cette confusion de la France. La loi portant création du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire est non seulement inconstitutionnelle mais renforce cette confusion, en y introduisant un agent du Pouvoir exécutif dans la gouvernance du pouvoir judiciaire en la personne du Commissaire du gouvernement ; ce qui rend illégitime cet organisme dédié à la discipline des magistrats. C’est le cas aussi de la présence des membres des organisations de la société civile au sein de la gouvernance du pouvoir judiciaire. Cette formule est contradictoire. Alors comment établir la différence entre l’État et la société civile ? Les juges entretiennent aussi cette confusion, en ignorant le statut de pouvoir que confère la Constitution à la Justice (article 173).

Le pouvoir n’a pas de supérieur
Le Pouvoir judiciaire est en effet dépositaire de la souveraineté nationale (article 58) au même titre que l’Exécutif et le Législatif. Un pouvoir ne peut pas avoir des syndicats en son sein. Le pouvoir judiciaire haïtien, en acceptant de fonctionner avec des syndicats de magistrats en son sein, renonce pratiquement à son statut de pouvoir. C’est un peu de l’irresponsabilité. C’est même de la trahison. Un pouvoir n’a pas de supérieur et ne peut être soumis à aucune autre forme de direction interne ou externe.

Les mauvaises conditions de travail des juges et les revendications salariales ne peuvent et ne doivent pas être des motifs pour la formation des syndicats dans la magistrature haïtienne. L’État haïtien est unitaire et décentralisé. Dès lors, l’Exécutif ne peut décider tout seul en matière de budget. Il revient au pouvoir judiciaire d’évaluer ses besoins en fonction des ressources disponibles.

Les juges sont en principe les délégués de la souveraineté nationale et ils ne peuvent pas renoncer à ce statut. Ils sont mandatés par le peuple à travers les élections indirectes, même si, ce n’est pas le cas aujourd’hui. Ce manque de légitimité les place dans une situation de vulnérabilité par rapport aux deux pouvoirs politiques. Avec la présence du syndicat au sein de la magistrature haïtienne, ils développent un réflexe de survie et renforcent la dépendance du Pouvoir judiciaire. Nos magistrats évoluent donc dans une situation périlleuse à laquelle malheureusement ils ont largement contribué.

La fonction de magistrat ou du juge est différente de celle du Commissaire du gouvernement. Considérer ce dernier comme un magistrat est contraire au procès pénal moderne et aux principes de l’État de droit. Dans un procès, il n’y a que les parties litigieuses. Sous le regard neutre du juge, les parties doivent être sur le même pied d’égalité.

La défense et l’accusation doivent être dans les mêmes conditions pour présenter leurs causes. L’égal accès aux plateaux de la balance judiciaire est la base du procès pénal moderne. L’existence d’une « partie principale » sous-entend forcément qu’il y a une ou deux parties secondaires au procès. La balance veut dire que l’équilibre ne doit pas être modifié par rapport au pouvoir ou la position de l’une ou de l’autre dans la balance.

Le Commissaire est un avocat public
Le Commissaire n’est pas un magistrat mais un avocat public ou général. Le juge décide au nom de la république en tant que dépositaire de la souveraineté nationale. Le Commissaire a un rôle différent de celui de l’avocat qui fonctionne dans le privé mais ils sont tous deux des demandeurs. Pour le triomphe de leur point de vue, ils font des réquisitions auprès du juge appelé à décider, et par conséquent ils doivent être placés dans des conditions raisonnables pour plaider leurs causes.

Le juge est neutre et indépendant. C’est la neutralité du juge qui garantit l’équité du procès. Dans notre système pénal, le Commissaire est partie au procès. Il y est pour soutenir le point de vue de son chef hiérarchique. Le juge n’a pas de chef hiérarchique : il décide sur le litige soumis à son appréciation, selon le droit, l’équité et son intime conviction.

Si on veut que le Commissaire du gouvernement soit un magistrat, il faut absolument revoir son statut ou lui accorder un nouveau rôle. On peut s’inspirer du rôle du Procureur dans la justice pénale internationale dans sa fonction de poursuite des crimes internationaux.

Me Guerilus Fanfan a cité dans son mémoire de maîtrise en droit l’arrêt Medvedyev du 10 juillet 2008 de la Cour européenne des droits de l’Homme, où est précisé que le Procureur ne pouvait être considéré comme une autorité judiciaire au sens de l’article 53 de la Convention. Elle estime qu’il manque d’indépendance à l’égard du Pouvoir exécutif. La Cour de cassation française aujourd’hui semble adopter cette interprétation de la Cour européenne des droits de l’homme.
Dans son cours « État de droit », mon ancien professeur Jacques Yvon Morin à l’ Université de Montréal a enseigné que ce qui garantit l’indépendance de la justice est la procédure de nomination des magistrats. Seuls les juges indépendants peuvent rendre une décision équitable, a-t-il précisé.

La présence du Commissaire du gouvernement comme partie principale au procès pénal est contraire au principe de « l’égalité des armes ». Cet principe est inhérent à celui du « procès juste et équitable ». L’égalité des armes veut que chaque partie se voie offrir une possibilité raisonnable de présenter sa cause dans des conditions qui ne la placent pas dans une situation de désavantage par rapport à l’autre partie.

Ce principe développé en common law n’est pas bien connu dans la tradition continentale. Ce qui traduit un déficit terrible pour les juristes formés en droit civil. Le droit évolue vers une mixité de systèmes avec un net avantage pour la common law au niveau international. C’est le cas de dire que la transformation de la science du droit est presque l’œuvre de la common law. Les avocats formés uniquement dans la tradition civiliste ont des efforts à consentir s’ils veulent rester sur le terrain du droit, du nouveau droit.

Le droit à un procès équitable fait partie des droits érigés en principes généraux du droit, donc supranationaux. Dans un procès pénal, il ne peut pas y avoir de partie principale. En matière des droits fondamentaux de la personne humaine, c’est l’individualité du citoyen qui compte. En ce qui concerne ses droits, l’individu se trouve placé sur le même pied d’égalité avec l’État.

Le Commissaire est un fonctionnaire de l’Exécutif
Dans le système romano-germanique, c’est l’État qui garantit les droits des citoyens. Dans la conception accusatoire, le droit protège le citoyen contre l’arbitraire des pouvoirs. Ces deux visions du droit ont élaboré une conception singulière des rapports entre l’individu et l’ État.

Faut-il rappeler que dans le procès pénal moderne, l’équité fait partie des trois impératifs ! L’équité est l’élément fondamental du procès. Car la loi, en raison de son processus de fabrication parfois truqué, manipulé par les groupes dominants, peut porter en elle les germes inéquitables. Le juge n’est pas esclave de la loi : il doit plutôt y être fidèle. C’est la raison pour laquelle la formation savante du magistrat n’est fondamentale dans la distribution de la justice, mais plutôt son honorabilité, son intégrité, son sens de l’équité à dicter la solution vraie au litige qui lui a été soumis. Il me semble que c’est cette conception qui traverse la philosophie de notre justice. La participation du peuple dans le choix de ses représentants, telle que consacrée par la Constitution de 1987, est un élément fondamental dans le caractère démocratique des pouvoirs. Ces qualités et conditions ne sont pas à exiger d’un Commissaire du gouvernement, fonctionnaire de l’Exécutif au sein de l’appareil judiciaire.

L’ordre judiciaire haïtien est constitutionnalisé. Comme on vient de le voir, le pouvoir judiciaire est détenu par les juges non pas par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire qui en assure aujourd’hui le contrôle.

Étant défini comme une institution républicaine, il serait plus indiqué et approprié que la gouvernance de ce pouvoir soit confiée aux juges de la Cour de cassation. Constitué de cette manière, cet organisme aurait plus de légitimité du fait de l’intervention du Sénat dans le choix des juges de cette Cour : ils jouiront d’une légitimité dérivée. En l’absence du Conseil constitutionnel, création de l’amendement de 2011, qui n’a jamais été mis en place, de ce fait c’ est la Cour de cassation qui assure donc l’empire de la Constitution et la règle de droit. En matière de lois et de constitution, la Cour de cassation a le dernier mot. Ce relâchement constaté au niveau de notre Cour suprême nous amène à nous interroger sur la capacité réelle des gardiens de la règle de droit à assurer la sécurité de notre système juridique national.
Dans l’avenir, il faudra penser à une composition multidisciplinaire de notre Cour suprême. Cette formule nous permettrait de combiner les expériences et les connaissances de nos magistrats de carrière à d’autres professionnels du droit venant d’autres horizons ou ayant d’autres profils, tels que les sociologues du droit, les historiens du droit et les politologues du droit. Cela permettrait d’avoir un plus grand rayonnement de la justice haïtienne. La composition de nos différentes Cours (Cour de cassation, Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif, Cour constitutionnelle) doivent être analysées avec plus de sérieux. Cette démarche est fondée sur le fait que l’explication du droit fait appel à la multidisciplinarité, donc extérieure au droit. Dans la compréhension de l’objet droit, il faut associer “law in book” à “law in action”, dans le cadre de ce qui a été appelé les “gap studies”. En effet, les juristes peuvent détenir une position privilégiée mais ne sont pas les seuls à énoncer le discours scientifique sur le social, l’économie, la politique et le commentaire légitime sur le droit. Reprenant à sa manière la pensée de Pierre Bourdieu, le juriste sociologue, Me Ocnam Dameus, a rappelé avec raison qu’un “regard droit sur le droit confond le droit”.

Le pouvoir judiciaire dépositaire de la souveraineté nationale

Une observation fondamentale du décret du 22 août 1995 sur l’organisation judiciaire nous permet de voir que
les articles 18 à 25 du dit decret établissent deux catégories de magistrats. Ce decret contourne la Constitution de 1987 en son article 175 qui introduit la participation populaire dans le choix des juges. L’exercice de ce droit constitutionnel par les Assemblées territoriales assure aux juges une légitimité, hisse l’instance judiciaire au rang de pouvoir légitime de la démocratie et élimine du même coup la hiérarchie démocratique entre les trois pouvoirs. C’est le respect de cette procédure qui assurera l’indépendance du Pouvoir judiciaire.

Avec la Constitution de 1987, il est à remarquer qu’aucun pouvoir ne peut prétendre être plus légitime et démocratique que l’autre en raison du suffrage universel. Le pouvoir judiciaire est dépositaire de la souveraineté au même titre que les deux autres pouvoirs de l’État. C’est parce que les juges sont issus de la volonté du peuple, donc du suffrage universel indirect qu’ils peuvent prétendre décider au “nom de la République”.

Ce décret sur l’organisation judiciaire adopté en marge de la Constitution consacre l’effacement d’un droit du peuple au profit des groupes dominants. Un tel décret ne peut que créer des institutions d’oppression. C’est la raison pour laquelle les citoyens pensent que la justice haïtienne oppresse le peuple. Politiquement, le décret du 22 août 1995 dans sa philosophie était destinée à écarter la participation populaire dans la mise en place d’un pouvoir judiciaire véritablement indépendant.

Au regard de l’article 22 de cette présente loi, on se demande combien de juges, depuis l’adoption de ce decret ont été choisis par les Assemblées territoriales du peuple ? Il faut souligner que les conditions pour favoriser cette participation n’ont jamais été créées. Les Assemblées territoriales qui constituent le mécanisme par lequel on devrait rendre effective cette participation, n’ont jamais été constituées pour permettre à ces dernières de jouer véritablement le rôle qui leur est dévolu par la Constitution. Car la proximité des juges avec le suffrage universel est la base de l’indépendance de notre justice.

Les nécessités liées à la continuité de l’État dans le domaine du service public judiciaire ne peuvent pas expliquer le choix de tous les gouvernements de passer outre ces relais locaux et régionaux. Cette mise à l’écart du peuple dans les affaires publiques traduit le mépris et les préjugés que les élites locales ont toujours cultivés à l’égard du peuple. En effet, quelque soit le niveau de formation de nos magistrats, issus de l’École de la magistrature haïtienne ou française, ceci ne résout pas la question constitutionnelle du droit de proposition dévolu aux Assemblées, a expliqué, la professeure de droit constitutionnel, Mirlande H. Manigat. Professionnalisation de la justice et légitimité des juges peuvent se conjuguer dans le cadre du combat pour l’indépendance effective de la justice. Dans ce combat, le droit doit être à l’avant-garde de tous les mouvements de réforme. Il faut que le peuple devienne citoyen. En ce sens, un programme d’éducation juridique est nécessaire afin de porter la science du droit au peuple pour qu’il se révolte et se libère (Jacques Rancière).

Trouver une alternative entre la « common law » et le droit continental
En conclusion, nous constatons hélas ! que l’ignorance et la médiocrité alliées au manque de patriotisme de nos gouvernants, restent la principale cause du dysfonctionnement de l’État. Les failles relevées dans le Code pénal par Me Josué Pierre-Louis, rendues publiques dans ses prises de position largement partagées par la communauté universitaire, ont convaincu la société haïtienne qu’un travail intellectuel de longue haleine doit nécessairement être mené dans le champ du droit en Haïti. On copie trop. Notre système juridique devient confus et incertain. Occidentalisation ne veut pas dire modernisation, a expliqué l’ancien patron de l’OMRH.

Dans le cas d’une réforme du droit et de la justice, il sera nécessaire de trouver une alternative entre la « common law » et le droit continental -, les deux grands systèmes juridiques dominants -, afin de mieux asseoir notre propre conception de la justice. C’est sur les limites des deux, et en se basant sur la dimension locale de notre réalité que devra venir cette solution. Autrement dit, c’est en prenant en compte la dimension culturelle du savoir que nous pouvons construire nos institutions politiques et celles destinées à la mise en œuvre de l’État de droit (voir Jacques Derrida, philosophe de la déconstruction).

Somme toute, ces démissions, comme ces révocations en ces temps de reniement, sont des actes qui font partie de la chronique d’une fin de règne tourmentée par la peur d’un lendemain sans pouvoir, après avoir exercé un pouvoir sans lendemain.

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Mort d’une fillette de 14 ans au Cap-Haïtien, le silence de la société devient complice

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Mamoune Régis, fillette de 14 ans, a été assassinée par un agent de sécurité du restaurant Cap Deli, le 18 juin 2020.

À son âge, elle débrouillait pour trouver de quoi se nourrir pour ne pas mourir de faim.
“Elle tenait comme moyen de survie une corbeille de surettes. Parfois, pour mieux joindre les deux bouts, pour ne pas mourir de faim, elle s’essayait à épousseter les voitures qui sillonnent le boulevard du Cap-Haïtien, dans l’espoir de quelques gourdes”, rapporte le journal Port-au-Prince Post.

C’est en cherchant à joindre les deux bouts qu’elle a été tuée. Selon les informations, Mamoune Régis attendait devant le restaurant la gratification d’un boss après avoir essuyé sa voiture. Pendant l’attente, l’agent de sécurité (Lions Sécurité) lui hurlait dessus pour qu’elle s’en aille. Mamoune lui a demandé : ‘’pourquoi tu me gueules dessus ? Te prends-tu pour un chef ?’’ Alors, rouge de colère, l’agent de sécurité, sans hésiter, dégaine son arme et tire à bout portant. Mamoune n’en sortira pas vivant. Elle rendit l’âme ! Pour un rien …», lit-on dans les colonnes de Port-au-Prince Post.

Pour compenser la vie de cette fille qui ne valait rien aux yeux de la société, à ce qu’il paraît, les responsables du restaurant ont sorti une note de presse pour dénoncer l’action de leur agent de sécurité, tout en la qualifiant d’incident.

« La direction du restaurant Cap Deli a le vif regret d’informer qu’un incident grave s’est produit cet après-midi devant son local au cours duquel un agent de sécurité a lâchement assassiné une fillette dans des circonstances tragiques ». Après deux jours de fermeture, le restaurant reprend service comme si la vie de Mamoune Régis n’avait aucune importance. D’ailleurs, la société ne s’intéresse pas au sort de cette fillette qui, plongé dans la misère, essayait de s’en sortir dignement en faisant des boulots jugés dégradants.

Et pour se conforter, un responsable du restaurant disait que la responsabilité pénale est personnelle. Sachant que l’agent de sécurité a pris la fuite.

Malgré la photo de la fillette circulait sur les réseaux sociaux, l’indignation semble ne pas consumer les gens comme ce fut le cas pour les danseurs Nancy Droléans et Sébastien Petit. De l’indignation sélective, dit-on.

Depuis quelques semaines, l’insécurité continue de faire pleurer des familles. Pendant que des personnes se font tuées, le pouvoir en place s’attèle à publier des décrets, les uns plus bizarres que les autres. Comme si le pouvoir PHTK veut attirer l’attention du public sur d’autres choses que les véritables problèmes du pays.

À chaque assassinat, l’on a l’impression que l’indignation pourrait atteindre son apogée.

Les réseaux sociaux s’enflamment après la mort du danseur Sébastien Petit (20 ans) et de la danseuse Nancy Droléans (25 ans) en date du 23 juin 2020. Revenus d’une répétition à Petion-Ville pour le spectacle live de l’artiste Misty Jean, ces deux jeunes n’ont pu rentrer chez eux. Au contraire, ils ont été retrouvés morts calcinés à Tabarre.

Une situation qui plongerait les internautes haïtiens dans une colère. Colère ! Tout le monde semble s’indigner de voir des vies disparues aussi facilement comme si la vie humaine n’a aucun sens.

Samedi 27 juin 2020, Norvella Bellamy, 56 ans, cadre de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Daphnée Fils-Aimé, la mère de son fils de quatre ans, et un homme dont l’identité est encore inconnue ont été tués par balle, à la rue Lespinasse, Delmas 75, presqu’en face de l’hôpital Espoir

Le juge de paix Jean Flaury Raymond, citant le témoignage d’une femme de ménage, a indiqué que les victimes participaient à « une réunion politique du parti Regroupement patriotes responsables (RPR) quand une discussion a éclaté et des coups ont été tirés », a rapporté le quotidien Le Nouvelliste.

Le jeudi 25 juin 2020, un fusillade a fait six morts à Ganthier. Selon les informations, un “malade mental” au nom de Jimmy Charles s’est emparé de l’arme régulièrement enregistrée d’un commerçant avec laquelle il a tué 5 personnes au centre ville de Ganthier.

Pris en chasse, Jimmy Charles a été intercepté et lynché par des membres de la population. Dans ce fusillade, trois autres personnes ont été blessées et transportées à l’hôpital.

Bien avant, soit le 15 juin 2020, l’éducatrice Martine Lherisson ainsi que son mari ont été assassinés chez eux.

Pour déplorer ces assassinats, quelques personnes ont organisé un sit-in le 29 juin 2020 devant le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique (MJSP) avec des banderoles indiquant: Nou vle viv. Nou gen dwa viv. Très pacifique, ce sit-in a été balayé de très tôt par des agents de la Police Nationale qui faisait usage de balles réelles et de gaz lacrymogènes.

Pourquoi la police n’empêche pas plutôt les bandits de tuer nos proches ?, disent certains pour protester contre les agissements de la PNH.

Toutefois, ces situations semblent ne pas trop ébranler la société haïtienne. Elles apparaissent comme des faits parmi tant d’autres!

Autant que la sensibilité de certaines catégories de la population s’exprime, autant que l’insensibilité du pouvoir en place s’affiche. Cette posture coïncide à la façon dont Norman Ajari (2019) définit l’insensibilité, comme étant “la capacité à infliger des souffrances à un autre humain, où à en être témoin, sans éprouver le moindre désir de la faire cesser ou de la diminuer”.

Si tant est que l’insensibilité soit comprise comme l’une des conditions de possibilité d’une production de l’indigne, il convient d’évoquer que la société haïtienne serait frappée par une négation de la dignité humaine qui consiste non seulement à couper l’individu de sa communauté et de ses appartenances, mais également à nier sa singularité et son unicité, pour paraphraser Norman Ajari.

Tellement en chute libre, le pays semble devenir un espace défriché où l’humanité n’habite presque personne. Le pouvoir vole les ressources du pays. Nous constatons. Des personnes se font tuées presque chaque jour. Nous constatons.

À chaque meurtre, assassinat, enlèvement, kidnapping, les enquêtes judiciaires se poursuivent et n’aboutissent jamais. En effet, les enquêtes sur la mort de Jean Dominique, Jacques Roches, Brignole Lindor, et plus récemment Vladjimir Legagneur sont classées sans suites, sans oublier de nombreux citoyens sans notoriété, sans voix qui ont succombé sous les balles des assassins.

La justice comme pouvoir n’arrive pas à se conduire comme tel. Elle laisse le champ libre aux groupes armés d’imposer leur propre loi à la population.

Les groupes armés ont tellement de latitudes, certains d’entre eux arrivent même à faire une coalition appelée “G9 an fanmi” pour montrer leur force par rapport à celle publique. L’insécurité est entrain de se normaliser, comme si cela n’inquiète en rien qu’une personne se fasse tuée. N’arriverait-on un jour où tuer une personne se résumerait à un simple jeu de cartes ?

Notre rapport à la mort traduit une banalisation de la vie humaine qui à son tour résulte d’une forme d’insensibilité où la vie ne vaudrait même pas la peine d’être vécue.

Au-delà de cette insensibilité se développe une indignation, très superficielle qui tenterait de prouver notre humanité devant des crimes, des injustices, en un mot devant l’indigne.

Cette indignation est tellement sectaire et sélective pour parvenir à donner le résultat qu’a donné le mouvement Petrochallenge qui fut lancé sur les réseaux sociaux avant d’atterrir dans les rues pour forcer les autorités, surtout les juges de la Cour des Comptes, à enquêter sur la dilapidation des fonds du PetroCaribe.

Au lieu d’être concrète, réelle, l’indignation est virtuelle, et elle devient virale sur les réseaux sociaux à chaque injustice, meurtre.

Sur les réseaux sociaux, la majorité des haïtiens/haïtiennes exprime leur colère, leur frustration envers les autorités étatiques par rapport à la situation du pays. Ils/elles en profitent parfois pour les injurier avec des commentaires, tweets ou autres.

Avec quelques caractères, l’on manifeste nos désarrois, nos mécontentements. L’on a le sentiment d’être sidéré face à de telles atrocités. À quel point l’est-on vraiment ?
Comme si cela suffirait à résoudre les problèmes du pays, ou plutôt à un premier niveau, à insuffler une dose de conscience à nos dirigeants malhonnêtes.

Manifester sa sidération sur les réseaux sociaux évoquerait le sentiment d’avoir fait quelque chose. Pendant que des commentaires, des publications expriment la rage, la vie de tous les jours suit son cours, dirait-on, normalement. Peu importe que l’odeur des cadavres nous parfume. Peu importe que l’on pleure nos proches disparus. Peu importe que la population s’appauvrit de jour en jour.

L’indignation est éphémère et sélective. Et l’on a vite oublié les raisons pour lesquelles l’on a été sidéré. À dieu les victimes! Tant qu’il ne s’agit pas de nos proches, pas la peine de s’en soucier.

“Dessalines avait fait la révolution, parce qu’il n’avait pas de téléviseurs pour l’amadouer, pour lui faire peur de la mort, pour lui faire croire que révolter, manifester, s’indigner pour sa dignité humaine était un acte de terrorisme”, disait sur un ton ironique un professeur à la Faculté des Sciences Humaines, en signe de critiques à la passivité de la population haïtienne par rapport au nombre de problèmes auxquels elle fait face.

Après tout, peut-être que l’inaction viserait en ce sens à se protéger. Et ce, peu importe que la tempête de l’insécurité détruit “tout” sur son passage. Il faudrait se protéger avant de s’intéresser aux autres, en oubliant que l’insécurité, les malheurs des autres nous frapperont un jour en plein visage. La question de survie plonge les haïtiens, les haïtiennes dans une posture pour le moins bizarre par rapport à l’autre. En ce sens, l’éthique de la responsabilité citoyenne se noie dans les arcanes du fleuve du Stygx.

Il est nécessaire d’évoquer encore Norman Ajari qui disait ceci: “Pour les opprimés, la dignité est un concept synonyme d’entrée dans le domaine de la politique selon leurs propres termes, qui implique un questionnement sur la vivabilité même de la vie. La dignité apparaît alors comme un effort pour vivre une vie authentiquement humaine, consubstantiel d’une revendication de l’histoire de ces efforts .” (Norman Ajari 2019).

La seule chose qui permet au mal de triompher est l’inaction des gens de bien, disait Edmund Burke.

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Université Quisqueya : Frais de stage, des étudiants en médecine dénoncent les arnaques des responsables

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Des étudiants de la promotion du Docteur Frantz Théodore de la Faculté des Sciences de la Santé, qui effectuent leur stage d’internat à l’Hôpital St-Nicolas de Saint-Marc, dénoncent les abus des responsables de l’Université.

Selon ces étudiants, l’Université leur a exigé et même contraint de payer un frais de 51 889 gourdes par mois en internat dont 11 milles pour les frais de matériels, et le reste pour les moniteurs.

Les protestataires ont indiqué que les responsables de l’Université les font payer les frais de carburant, les per-diem des chauffeurs. Les étudiants soutiennent qu’ils ont payé pour tout, alors que les moniteurs les humilient parce qu’ils (les moniteurs) n’ont pas ou encore rien reçu de l’Université.

“Mon moniteur m’a dit hier que si on lui paie pas ces arriérées et les mois de cette année, nous ne devrons pas mettre les pieds dans son hôpital. Je dois faire quoi?”, fait savoir une étudiante.

L’Université fait de cette question d’internat une marchandise, d’ailleurs, elle en a donné six “prix” :

pour l’Hôpital St Nicolas de Saint-Marc, les internes ont besoin par mois de 487 500 gourdes, cela dit, 5 850 000 gourdes l’an;

Hôpital St Boniface de Fonds des Blancs, 280 000/mois, 3 360 000/an ;

Hôpital St Trinité/Prostathospice, 51 000/mois ; 612 000/an

Hôpital Adventiste d’Haïti, 38 500/mois, 462 000/an ;

Hôpital Sanatorium, 33 000/mois, 396 000/an;

et Hôpital Cardinal Léger, 71 400/mois, 856 800/an.

“Combien d’internes ont perdu les deux premiers mois parce qu’ils ne pouvaient pas payer cette somme d’un coup? Nos parents ont hypothéqué leurs biens! Vous voyez vos exigences”, s’alarme une autre étudiante.

“Ce n’est pas l’UniQ, mais l’institution d’accueil qui demande aux internes de faire l’acquisition de matériels médicaux pour leur protection personnelle, sachant qu’il revient à l’hôpital, tel que prévu par les dispositions-cadre, de fournir aux internes le matériel de soin dans le cadre de leur stage”, précise une note du Rectorat de l’Université Quisqueya en date du 29 juin 2020, visant à démentir les “accusations” rapportées par le journal Haiti 24.

Selon cette note, le Rectorat fait savoir qu’une entente a été trouvée en décembre 2019 entre les responsables de l’Université et la promotion du Docteur Frantz Théodore pour régler en 2019-2020 la question de la prise en charge des coûts liés à l’internat.

“Ces frais de 102 949 sont imputables aux internes mais l’Université, consciente des difficultés des familles, a décidé de prendre à sa charge 50% de ces coûts pour cette année”, lit-on dans la note.

Pendant qu’ils ont tout payé, “on a même pas eu le minimum qui est le badge dont les frais étaient inclus dans le budget. On a dû se rendre à l’hôpital sans pouvoir nous identifier. Voire pour les matériels et autres. Vous prétendez payer les hôpitaux alors qu’ils nous disent qu’ils n’ont rien reçu. Bande d’arnaqueurs !”, fustige une autre.

Les responsables cachent derrière la pandémie Covid-19 pour exiger le paiement de matériels, alors qu’il s’agit toujours des mêmes matériels de base disent certains étudiants.

Cette histoire traduirait, d’après certains d’entre eux, la volonté de l’Université Quisqueya d’exclure des étudiants de la classe défavorisée, et d’empêcher à ces derniers de franchir les barrières de ce sanctuaire.

“Dites clairement que vous ne voulez pas de certains étudiants de la classe défavorisée dans votre université”, poste une étudiante contestataire sur Facebook en commentaire à une publication de l’Université sur la question. D’ailleurs, l’Université aurait même prévu de fixer la scolarité en dollar américain.

À cet effet, le Rectorat répond que “l’Université Quisqueya n’est pas une entreprise capitaliste motivée par la recherche de profits pour ses actionnaires. Elle est une véritable entreprise sociale qui, si elle dégage des marges, les met exclusivement au service de sa mission de service public”.

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