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SPNH: Un syndicat au sein de la force publique est-il compatible avec la sécurité nationale de l’État ?

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Un syndicat au sein de la force publique est-il compatible avec la sécurité nationale de l’État ? Les policiers ont-ils le droit constitutionnel de se regrouper en syndicat ?

Le point de vue de Me Samuel Madistin relatif à la création d’un syndicat au sein de la PNH est-il juridiquement fondé ? Le juriste Sonet Saint-Louis donne son avis sur cette question brûlante d’actualité.

Le droit est une affaire d’expérience différemment vécue par les avocats. Cette attitude néfaste  au sein de la classe politique consistant à classer les avocats en « progressistes » et en « réactionnaires », n’a d’autre objectif que de polariser la communauté juridique nationale. Sont définis comme « progressistes » les avocats identifiés comme étant « pour » le peuple et les « réactionnaires » seraient, eux, « contre » le peuple. De telles attitudes peuvent détruire notre corporation en nous réduisant au silence. On ne discute plus : la parole du droit est tue au profit des slogans politiciens. Tout se passe comme si les hommes de loi devaient désormais se soumettre au diktat des tenants d’une certaine idéologie politique.

En effet, quand il s’agit de questions constitutionnelles, surtout celles touchant la sécurité et l’ordre public, tout le monde est légitime pour en parler mais pas avec la même autorité. Il me semble que les pratiquants du droit constitutionnel détiennent une certaine prééminence sur les autres dans le débat actuel. Aujourd’hui, le droit constitutionnel n’est plus un infra droit ou un sous-droit mais un domaine du droit véritable auquel se rattachent les différentes branches du droit. Comme l’a écrit depuis longtemps l’homme de sciences, le professeur François Ost, la constitution est le temps des fondations. Parlant de la fondation, le droit constitutionnel, disait le professeur Vedel, devient le tronc sur lequel se rattachent toutes les autres branches du droit mais en même temps les domine dans une certaine mesure (Mirlande Manigat, Traité de droit constitutionnel haïtien, 2000).

La sécurité publique est une question d’intérêt général. Elle concerne certes les vies et les biens des citoyens mais aussi les conditions de travail de ceux qui s’en chargent : les policiers.

La situation des agents de la force publique est tellement précaire qu’il est difficile de ne pas sympathiser avec eux. La sécurité publique est une question nationale. Ceux qui s’en occupent méritent qu’ils évoluent dans des conditions décentes. Tout le monde en convient. Et ce problème doit être résolu maintenant. Nos policiers, nos infirmières, nos médecins, nos enseignants méritent qu’on les traite avec respect et dignité. Ces catégories de professionnels sont les plus importantes de la société.

Nous devons les soutenir dans leurs justes revendications parce que nous dépendons d’eux. Ils souffrent déjà trop et on ne peut pas leur demander de consentir d’autres sacrifices. Les citoyens doivent contraindre les pouvoirs publics à corriger cette situation qui ne peut plus durer. Ces professionnels sont à bout de souffle et à bout de tout. L’incompétence et l’insouciance de nos gouvernants risquent de tout détruire. Changer la vie du peuple doit être une priorité pour nos dirigeants. En effet, les gouvernements ont été établis sur la base du suffrage des citoyens pour garantir les droits de ces derniers à la vie et au bonheur. Nos représentants ne peuvent pas passer à côté des buts pour lesquels ils ont été élus. Mais comment faire justice aux policiers, aux professeurs, aux professionnels de la santé en leur donnant un salaire décent quand  le  pays est en cessation de production, quand il n’y a pas de croissance économique ni création de richesses ? Comment réaliser tout ceci sans réussir le pari de la stabilité politique, sans professionnaliser la classe politique haïtienne ?

L’idée de former un syndicat au sein de la police est un signal lancé par les agents de la force publique aux autorités constituées pour leur signifier qu’ils vont mal. Très mal.

Que dit l’article 35-3 de la constitution ?

Mais au-delà de ces frustrations légitimes, collectivement partagées, les policiers, agents de la force publique, peuvent-ils se regrouper en syndicat pour défendre leurs justes revendications ?

Au-delà de la sensibilité collective qui se dégage sur les conditions de travail des policiers, il faut questionner le fondement juridique à la base de cette démarche.

À ce sujet, les opinions se divergent et se contredisent. La question est sérieuse et je profite de l’occasion pour condamner l’ignorance et le populisme juridique qui règnent dans le débat actuel autour de la question. Cette ignorance est si forte et si généralisée qu’elle atteint aujourd’hui les intellectuels et les hommes et femmes de science. « Le peuple a toujours raison ». Mais dans quelle mesure peut-on admettre que le peuple, parce qu’il détient la souveraineté, a toujours raison ? Les hommes et femmes de science doivent-ils se plier à sa volonté ?

Je dénote une absence de rigueur et de sérieux dans les prises de position de nos lettrés. Le populisme envahit toutes les disciplines scientifiques en Haïti. À la recherche des faveurs populaires, de la popularité et peut-être par un souci sincère de justice sociale (on peut leur concéder ça), nos intellectuels se font de plus en démagogues en répandant des paroles insensées dans le public. À mon avis, ils sont beaucoup plus dangereux pour le corps social que les ignorants arrogants. C’est pourquoi je conseille à mes confrères de faire attention aux opinions qu’ils émettent dans le public car ils sont perçus comme les porteurs de la parole du droit.

Dans les prises de position de beaucoup de confrères, je constate qu’il y a dérapage et escalade. Cette situation est constatée non seulement dans l’enseignement du droit et dans l’édition de la règle de droit mais aussi dans son application. Le cas de se demander ce que deviendra l’université dans dix ans en Haïti. Il y a donc de quoi à s’inquiéter en constatant la solidité du pacte de l’ignorance qui existe dans notre société.

Revenons à la question initiale. Les policiers ont-ils le droit constitutionnel de se regrouper en syndicat ? Que prévoit la Constitution en matière de liberté syndicale ?

L’article 35-3 se lit comme suit : « La liberté syndicale est garantie. Tout travailleur des secteurs privé et public peut adhérer au syndicat de ses activités professionnelles pour la défense exclusivement de ses intérêts de travail. »

La Charte de 1987 introduit aussi en son article 263 la notion de Force publique qui se compose de deux corps distincts : les Forces armées d’Haïti et la Police nationale d’Haïti. Cette Constitution précise en ses articles 269 et 269-1 que la police est un corps armé et que son organisation et son fonctionnement sont réglés par la loi.

La police tout comme l’armée, est un corps hiérarchisé. Dans une telle structure, il y a une unité de commandement et des paliers hiérarchiques (voir les articles 264-1 et 270 de la Constitution). Dans une telle structure, l’ordre vient d’en haut et le subalterne a le devoir d’obéissance exigé dans tout corps hiérarchisé. Cette soumission doit être spontanée ou bien on l’impose par la contrainte. On ne conteste pas l’ordre du chef, à moins qu’il soit manifestement illégal. Mais le soldat ou le policier a-t-il la qualité pour apprécier un ordre manifestement illégal venant de son chef ? (affaire Tadic TPIY).

L’ordre constitutionnel et international prévoit les conditions de dérogation, de limitation et de restriction à certains droits, notamment le droit syndical au sein de certains corps.

Si les prescrits de l’article 35-3 autorisent les agents de la Force publique regroupés au sein de la Police nationale à créer un syndicat, ceux des Forces Armées d’Haïti peuvent jouir aussi de cette même prérogative. Or, les forces armées et la police ont été instituées pour garantir la sécurité intérieure du pays et défendre le territoire contre d’éventuelles menaces provenant de l’extérieur. Cette fonction qui est dévolue à la Force publique contraste avec la liberté syndicale. Il y a aliénation de ce droit au profit du principe de la sécurité nationale.

Il faut analyser le contexte de la loi

Le droit est un ordre, un tout cohérent. On n’analyse pas une disposition constitutionnelle par segment. Une telle entreprise exige qu’on élargisse le cadre de l’analyse au-delà du strict commentaire des textes. D’où l’importance de faire une analyse du contexte de la loi qui avait donné naissance à la Police nationale. Sans cet examen, il sera difficile de comprendre l’organisation et le fonctionnement de cette institution, telle que prescrite dans la loi du 29 novembre 1994 portant création, organisation et fonctionnement de la Police nationale.

La Police a été instituée après le bannissement de l’Armée nationale. Elle n’a pas été créée à côté des Forces armées mais pour se substituer à celles-ci. Ce qui lui donne un statut singulier, particulier contrairement aux autres polices du monde. Les biens de l’Armée et ses ressources humaines et matérielles ont été transférées à la Police. L’Armée n’existait que de nom avant d’être remobilisée par le Président Jovenel Moise en 2017. L’Académie militaire était devenue une académie de police. Les casernes occupées par la nouvelle force de police ont été, elles, transformées en commissariats. La police remplit ainsi toutes les tâches qui étaient réservées autrefois à l’Armée, telle que par exemple la surveillance des frontières terrestres, maritimes et aériennes de la république d’Haïti.

Le contexte de la création de ce corps fait qu’il est difficile de le comparer avec la police de Montréal, de New York ou à celle de Paris. Ce sont des comparaisons imprudentes qui traduisent une méconnaissance de l’histoire et des faits qui ont donné naissance à la Police nationale d’Haïti. La méconnaissance de l’histoire est un obstacle à la connaissance du droit et à la connaissance tout court. L’examen du contexte de la loi est important pour la comprendre et pour l’interpréter (Danielle Pinard, La connaissance d’office des faits sociaux en contexte constitutionnel, 1997, Université de Montréal)

Pendant plus de deux décennies, la Police nationale a été la seule force publique opérant sur toute l’étendue du territoire national. Elle surveille  nos frontières, nos côtes et nos espaces aériens. Donc, elle remplit des tâches relevant de la sécurité nationale.

Le principe de sécurité nationale rime très mal avec l’existence d’un syndicat au sein des forces publiques. Notons toutefois que le concept de sécurité nationale est flou. (voir Le flou du droit de Mireille Delmas Marty, 1986). On n’explique pas le concept de sécurité nationale : on l’invoque souvent pour justifier la Raison d’État.

Un effort législatif à faire

Je conclus que toute idée avancée ou position juridique doit être démontrée sous le double éclairage de la réalité de la loi et du texte. La police est un corps hiérarchisé dont la mission est d’assurer la sécurité et l’ordre public. De par ses fonctions et ses tâches, ce corps diffère des autres corps de métiers du secteur public. La Constitution fixe le cadre général de l’organisation de l’État mais ne réglemente pas tout. En ce qui concerne l’organisation et le fonctionnement de la Police nationale, il faut se référer à la loi du 29 novembre 1994 portant création, organisation et le fonctionnement de la police nationale, les règlements et le code de la déontologie de ce corps. Il ne peut pas y avoir un syndicat au sein de la police si la loi ne l’autorise pas.

Le droit des agents de la Force publique de se regrouper en syndicat est aliéné pour les motifs de sécurité nationale. L’article 35-3 sur lequel s’appuient l’éminent avocat et Professeur de droit constitutionnel Me Monferrier Dorval et le docteur Frandley Julien pour affirmer que la police nationale peut se regrouper en syndicat, est pris et interprété hors contexte. La compréhension de la loi renvoie souvent au contexte de son adoption, à un ensemble d’a priori, de principes et des données permettant d’expliquer la réalité.

Le problème se trouve donc au niveau de la déstructuration de l’État d’Haïti à travers le démantèlement de l’armée, pour répéter le colonel Himmler Rebu. C’était une décision irréfléchie. On n’abolit pas une armée nationale sur le fait qu’elle avait commis des coups d’État contre le pouvoir civil. Les armées des pays d’Afrique et de l’Amérique étaient reconnues parmi les plus sauvages du monde mais grâce à des réformes sérieuses, elles ont été transformées et mises au service de la démocratie et de l’État de droit (Leslie Manigat).

Comme, je l’ai souligné, du fait que la Police nationale d’Haïti a été créée pour remplacer l’Armée d’Haïti, elle cumule les fonctions de l’ordre public et la sécurité nationale. Ces tâches conférées à la police nationale furent une manœuvre politique de la gauche haïtienne pour écarter définitivement l’Armée comme force publique.

Il convient d’ajouter cependant que depuis le rétablissement de l’Armée, aucun effort législatif n’a été fait pour revoir ses règlements, la loi portant création, organisation et fonctionnement de la Police nationale ni pour déterminer les relations de travail devant exister entre ces deux forces publiques. Ce sont des faits sur lesquels nos futurs législateurs, j’espère, prendront position.

Le débat autour de la création d’un syndicat au sein de la Police nationale est capital et je suis heureux de compléter, pour le public, les remarques de Me Samuel Madistin. Il me plaît, en terminant ce texte, de dire à mon confrère Madistin, de demeurer dans le droit, dans l’élitisme du droit et de la connaissance et de maintenir la constance intellectuelle, la bêtise passera. Par-delà des pulsions démagogiques et populistes, je souhaite que la communauté juridique nationale reste un espace de lumière dans cette grisaille qui enveloppe le pays.

Toutes mes sympathies à Me Samuel Madistin !

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Mort d’une fillette de 14 ans au Cap-Haïtien, le silence de la société devient complice

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Mamoune Régis, fillette de 14 ans, a été assassinée par un agent de sécurité du restaurant Cap Deli, le 18 juin 2020.

À son âge, elle débrouillait pour trouver de quoi se nourrir pour ne pas mourir de faim.
“Elle tenait comme moyen de survie une corbeille de surettes. Parfois, pour mieux joindre les deux bouts, pour ne pas mourir de faim, elle s’essayait à épousseter les voitures qui sillonnent le boulevard du Cap-Haïtien, dans l’espoir de quelques gourdes”, rapporte le journal Port-au-Prince Post.

C’est en cherchant à joindre les deux bouts qu’elle a été tuée. Selon les informations, Mamoune Régis attendait devant le restaurant la gratification d’un boss après avoir essuyé sa voiture. Pendant l’attente, l’agent de sécurité (Lions Sécurité) lui hurlait dessus pour qu’elle s’en aille. Mamoune lui a demandé : ‘’pourquoi tu me gueules dessus ? Te prends-tu pour un chef ?’’ Alors, rouge de colère, l’agent de sécurité, sans hésiter, dégaine son arme et tire à bout portant. Mamoune n’en sortira pas vivant. Elle rendit l’âme ! Pour un rien …», lit-on dans les colonnes de Port-au-Prince Post.

Pour compenser la vie de cette fille qui ne valait rien aux yeux de la société, à ce qu’il paraît, les responsables du restaurant ont sorti une note de presse pour dénoncer l’action de leur agent de sécurité, tout en la qualifiant d’incident.

« La direction du restaurant Cap Deli a le vif regret d’informer qu’un incident grave s’est produit cet après-midi devant son local au cours duquel un agent de sécurité a lâchement assassiné une fillette dans des circonstances tragiques ». Après deux jours de fermeture, le restaurant reprend service comme si la vie de Mamoune Régis n’avait aucune importance. D’ailleurs, la société ne s’intéresse pas au sort de cette fillette qui, plongé dans la misère, essayait de s’en sortir dignement en faisant des boulots jugés dégradants.

Et pour se conforter, un responsable du restaurant disait que la responsabilité pénale est personnelle. Sachant que l’agent de sécurité a pris la fuite.

Malgré la photo de la fillette circulait sur les réseaux sociaux, l’indignation semble ne pas consumer les gens comme ce fut le cas pour les danseurs Nancy Droléans et Sébastien Petit. De l’indignation sélective, dit-on.

Depuis quelques semaines, l’insécurité continue de faire pleurer des familles. Pendant que des personnes se font tuées, le pouvoir en place s’attèle à publier des décrets, les uns plus bizarres que les autres. Comme si le pouvoir PHTK veut attirer l’attention du public sur d’autres choses que les véritables problèmes du pays.

À chaque assassinat, l’on a l’impression que l’indignation pourrait atteindre son apogée.

Les réseaux sociaux s’enflamment après la mort du danseur Sébastien Petit (20 ans) et de la danseuse Nancy Droléans (25 ans) en date du 23 juin 2020. Revenus d’une répétition à Petion-Ville pour le spectacle live de l’artiste Misty Jean, ces deux jeunes n’ont pu rentrer chez eux. Au contraire, ils ont été retrouvés morts calcinés à Tabarre.

Une situation qui plongerait les internautes haïtiens dans une colère. Colère ! Tout le monde semble s’indigner de voir des vies disparues aussi facilement comme si la vie humaine n’a aucun sens.

Samedi 27 juin 2020, Norvella Bellamy, 56 ans, cadre de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Daphnée Fils-Aimé, la mère de son fils de quatre ans, et un homme dont l’identité est encore inconnue ont été tués par balle, à la rue Lespinasse, Delmas 75, presqu’en face de l’hôpital Espoir

Le juge de paix Jean Flaury Raymond, citant le témoignage d’une femme de ménage, a indiqué que les victimes participaient à « une réunion politique du parti Regroupement patriotes responsables (RPR) quand une discussion a éclaté et des coups ont été tirés », a rapporté le quotidien Le Nouvelliste.

Le jeudi 25 juin 2020, un fusillade a fait six morts à Ganthier. Selon les informations, un “malade mental” au nom de Jimmy Charles s’est emparé de l’arme régulièrement enregistrée d’un commerçant avec laquelle il a tué 5 personnes au centre ville de Ganthier.

Pris en chasse, Jimmy Charles a été intercepté et lynché par des membres de la population. Dans ce fusillade, trois autres personnes ont été blessées et transportées à l’hôpital.

Bien avant, soit le 15 juin 2020, l’éducatrice Martine Lherisson ainsi que son mari ont été assassinés chez eux.

Pour déplorer ces assassinats, quelques personnes ont organisé un sit-in le 29 juin 2020 devant le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique (MJSP) avec des banderoles indiquant: Nou vle viv. Nou gen dwa viv. Très pacifique, ce sit-in a été balayé de très tôt par des agents de la Police Nationale qui faisait usage de balles réelles et de gaz lacrymogènes.

Pourquoi la police n’empêche pas plutôt les bandits de tuer nos proches ?, disent certains pour protester contre les agissements de la PNH.

Toutefois, ces situations semblent ne pas trop ébranler la société haïtienne. Elles apparaissent comme des faits parmi tant d’autres!

Autant que la sensibilité de certaines catégories de la population s’exprime, autant que l’insensibilité du pouvoir en place s’affiche. Cette posture coïncide à la façon dont Norman Ajari (2019) définit l’insensibilité, comme étant “la capacité à infliger des souffrances à un autre humain, où à en être témoin, sans éprouver le moindre désir de la faire cesser ou de la diminuer”.

Si tant est que l’insensibilité soit comprise comme l’une des conditions de possibilité d’une production de l’indigne, il convient d’évoquer que la société haïtienne serait frappée par une négation de la dignité humaine qui consiste non seulement à couper l’individu de sa communauté et de ses appartenances, mais également à nier sa singularité et son unicité, pour paraphraser Norman Ajari.

Tellement en chute libre, le pays semble devenir un espace défriché où l’humanité n’habite presque personne. Le pouvoir vole les ressources du pays. Nous constatons. Des personnes se font tuées presque chaque jour. Nous constatons.

À chaque meurtre, assassinat, enlèvement, kidnapping, les enquêtes judiciaires se poursuivent et n’aboutissent jamais. En effet, les enquêtes sur la mort de Jean Dominique, Jacques Roches, Brignole Lindor, et plus récemment Vladjimir Legagneur sont classées sans suites, sans oublier de nombreux citoyens sans notoriété, sans voix qui ont succombé sous les balles des assassins.

La justice comme pouvoir n’arrive pas à se conduire comme tel. Elle laisse le champ libre aux groupes armés d’imposer leur propre loi à la population.

Les groupes armés ont tellement de latitudes, certains d’entre eux arrivent même à faire une coalition appelée “G9 an fanmi” pour montrer leur force par rapport à celle publique. L’insécurité est entrain de se normaliser, comme si cela n’inquiète en rien qu’une personne se fasse tuée. N’arriverait-on un jour où tuer une personne se résumerait à un simple jeu de cartes ?

Notre rapport à la mort traduit une banalisation de la vie humaine qui à son tour résulte d’une forme d’insensibilité où la vie ne vaudrait même pas la peine d’être vécue.

Au-delà de cette insensibilité se développe une indignation, très superficielle qui tenterait de prouver notre humanité devant des crimes, des injustices, en un mot devant l’indigne.

Cette indignation est tellement sectaire et sélective pour parvenir à donner le résultat qu’a donné le mouvement Petrochallenge qui fut lancé sur les réseaux sociaux avant d’atterrir dans les rues pour forcer les autorités, surtout les juges de la Cour des Comptes, à enquêter sur la dilapidation des fonds du PetroCaribe.

Au lieu d’être concrète, réelle, l’indignation est virtuelle, et elle devient virale sur les réseaux sociaux à chaque injustice, meurtre.

Sur les réseaux sociaux, la majorité des haïtiens/haïtiennes exprime leur colère, leur frustration envers les autorités étatiques par rapport à la situation du pays. Ils/elles en profitent parfois pour les injurier avec des commentaires, tweets ou autres.

Avec quelques caractères, l’on manifeste nos désarrois, nos mécontentements. L’on a le sentiment d’être sidéré face à de telles atrocités. À quel point l’est-on vraiment ?
Comme si cela suffirait à résoudre les problèmes du pays, ou plutôt à un premier niveau, à insuffler une dose de conscience à nos dirigeants malhonnêtes.

Manifester sa sidération sur les réseaux sociaux évoquerait le sentiment d’avoir fait quelque chose. Pendant que des commentaires, des publications expriment la rage, la vie de tous les jours suit son cours, dirait-on, normalement. Peu importe que l’odeur des cadavres nous parfume. Peu importe que l’on pleure nos proches disparus. Peu importe que la population s’appauvrit de jour en jour.

L’indignation est éphémère et sélective. Et l’on a vite oublié les raisons pour lesquelles l’on a été sidéré. À dieu les victimes! Tant qu’il ne s’agit pas de nos proches, pas la peine de s’en soucier.

“Dessalines avait fait la révolution, parce qu’il n’avait pas de téléviseurs pour l’amadouer, pour lui faire peur de la mort, pour lui faire croire que révolter, manifester, s’indigner pour sa dignité humaine était un acte de terrorisme”, disait sur un ton ironique un professeur à la Faculté des Sciences Humaines, en signe de critiques à la passivité de la population haïtienne par rapport au nombre de problèmes auxquels elle fait face.

Après tout, peut-être que l’inaction viserait en ce sens à se protéger. Et ce, peu importe que la tempête de l’insécurité détruit “tout” sur son passage. Il faudrait se protéger avant de s’intéresser aux autres, en oubliant que l’insécurité, les malheurs des autres nous frapperont un jour en plein visage. La question de survie plonge les haïtiens, les haïtiennes dans une posture pour le moins bizarre par rapport à l’autre. En ce sens, l’éthique de la responsabilité citoyenne se noie dans les arcanes du fleuve du Stygx.

Il est nécessaire d’évoquer encore Norman Ajari qui disait ceci: “Pour les opprimés, la dignité est un concept synonyme d’entrée dans le domaine de la politique selon leurs propres termes, qui implique un questionnement sur la vivabilité même de la vie. La dignité apparaît alors comme un effort pour vivre une vie authentiquement humaine, consubstantiel d’une revendication de l’histoire de ces efforts .” (Norman Ajari 2019).

La seule chose qui permet au mal de triompher est l’inaction des gens de bien, disait Edmund Burke.

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Université Quisqueya : Frais de stage, des étudiants en médecine dénoncent les arnaques des responsables

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Des étudiants de la promotion du Docteur Frantz Théodore de la Faculté des Sciences de la Santé, qui effectuent leur stage d’internat à l’Hôpital St-Nicolas de Saint-Marc, dénoncent les abus des responsables de l’Université.

Selon ces étudiants, l’Université leur a exigé et même contraint de payer un frais de 51 889 gourdes par mois en internat dont 11 milles pour les frais de matériels, et le reste pour les moniteurs.

Les protestataires ont indiqué que les responsables de l’Université les font payer les frais de carburant, les per-diem des chauffeurs. Les étudiants soutiennent qu’ils ont payé pour tout, alors que les moniteurs les humilient parce qu’ils (les moniteurs) n’ont pas ou encore rien reçu de l’Université.

“Mon moniteur m’a dit hier que si on lui paie pas ces arriérées et les mois de cette année, nous ne devrons pas mettre les pieds dans son hôpital. Je dois faire quoi?”, fait savoir une étudiante.

L’Université fait de cette question d’internat une marchandise, d’ailleurs, elle en a donné six “prix” :

pour l’Hôpital St Nicolas de Saint-Marc, les internes ont besoin par mois de 487 500 gourdes, cela dit, 5 850 000 gourdes l’an;

Hôpital St Boniface de Fonds des Blancs, 280 000/mois, 3 360 000/an ;

Hôpital St Trinité/Prostathospice, 51 000/mois ; 612 000/an

Hôpital Adventiste d’Haïti, 38 500/mois, 462 000/an ;

Hôpital Sanatorium, 33 000/mois, 396 000/an;

et Hôpital Cardinal Léger, 71 400/mois, 856 800/an.

“Combien d’internes ont perdu les deux premiers mois parce qu’ils ne pouvaient pas payer cette somme d’un coup? Nos parents ont hypothéqué leurs biens! Vous voyez vos exigences”, s’alarme une autre étudiante.

“Ce n’est pas l’UniQ, mais l’institution d’accueil qui demande aux internes de faire l’acquisition de matériels médicaux pour leur protection personnelle, sachant qu’il revient à l’hôpital, tel que prévu par les dispositions-cadre, de fournir aux internes le matériel de soin dans le cadre de leur stage”, précise une note du Rectorat de l’Université Quisqueya en date du 29 juin 2020, visant à démentir les “accusations” rapportées par le journal Haiti 24.

Selon cette note, le Rectorat fait savoir qu’une entente a été trouvée en décembre 2019 entre les responsables de l’Université et la promotion du Docteur Frantz Théodore pour régler en 2019-2020 la question de la prise en charge des coûts liés à l’internat.

“Ces frais de 102 949 sont imputables aux internes mais l’Université, consciente des difficultés des familles, a décidé de prendre à sa charge 50% de ces coûts pour cette année”, lit-on dans la note.

Pendant qu’ils ont tout payé, “on a même pas eu le minimum qui est le badge dont les frais étaient inclus dans le budget. On a dû se rendre à l’hôpital sans pouvoir nous identifier. Voire pour les matériels et autres. Vous prétendez payer les hôpitaux alors qu’ils nous disent qu’ils n’ont rien reçu. Bande d’arnaqueurs !”, fustige une autre.

Les responsables cachent derrière la pandémie Covid-19 pour exiger le paiement de matériels, alors qu’il s’agit toujours des mêmes matériels de base disent certains étudiants.

Cette histoire traduirait, d’après certains d’entre eux, la volonté de l’Université Quisqueya d’exclure des étudiants de la classe défavorisée, et d’empêcher à ces derniers de franchir les barrières de ce sanctuaire.

“Dites clairement que vous ne voulez pas de certains étudiants de la classe défavorisée dans votre université”, poste une étudiante contestataire sur Facebook en commentaire à une publication de l’Université sur la question. D’ailleurs, l’Université aurait même prévu de fixer la scolarité en dollar américain.

À cet effet, le Rectorat répond que “l’Université Quisqueya n’est pas une entreprise capitaliste motivée par la recherche de profits pour ses actionnaires. Elle est une véritable entreprise sociale qui, si elle dégage des marges, les met exclusivement au service de sa mission de service public”.

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Les prochaines élections pourraient accoucher un autre Jovenel MOÏSE à la tête du pays

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Depuis ces dix dernières années, Ayiti fait face à des situations désastreuses , critiques et récurrentes où la population n’a jamais connu un instant de bien être. La nation a toujours droit à des turbulences, manifestations, catastrophes naturelles, sans compter les mesures inappropriées prises par les gouvernements qui consistent à rendre la vie sociale presqu’impossible.

Les conditions sociopolitiques se dégradent. Elles représentent les problèmes majeurs du pays plongeant, hélas, l’élite intellectuelle à la logique du ventre et du bas ventre. Et la réflexion qui devrait être le pavillon de cette élite pour pouvoir penser la réorganisation du pays n’est qu’un accessoire pour faire uniquement de l’argent. L’espace politique devient à juste titre un espace d’enrichissement et de réalisation de soi. Du coup la responsabilité citoyenne n’est qu’un mot utilisé pour charmer le public ou pour camoufler les actions malhonnêtes. Tout ce qui fait sens se résume à un slogan: changement de système, révolution, changement social. Ces mots sont vidés de leur sens. Et la politique est juste un espace pour faire du coqualane où le dilatoire, la langue de bois sont les fondements des actes de parole. À cet effet, la vérité se noie dans le fleuve du Stygx.

Mais à chaque prise de pouvoir, l’on pensait que les choses vont changer, à force que les discours paraîtraient beaux. Les promesses se multipliaient à un rythme exponentiel. Le peuple trépignant d’impatience pensait toujours que ses conditions socioéconomiques allaient s’améliorer. Au lieu de cela, ce sont les conditions socioéconomiques de ces nouvelles autorités qui vont être améliorées. Mais elles nous permettent de voir le degré d’irresponsabilité des autorités.

Chaque prise de pouvoir engendre de nouveaux riches. Faire de la politique en Ayiti devient un moyen pour s’enrichir. Pendant que la vie des masses se détériore.

Or, en se basant sur la responsabilité citoyenne, l’espace politique est un lieu pour servir sa communauté politique.

Que devons-nous faire pour combattre cette crise de la citoyenneté, le plus gros problème de notre Ayiti ? Par quel moyen devons-nous procéder pour faire comprendre aux autorités étatiques qu’elles sont placées pour servir la nation? Une tâche tout à fait compliqué.

Parmi les différents pouvoirs qu’a connu le pays, celui du PHTK enregistre durant ces dix années un désastre total. Gaspillage des fonds du programme PetroCaribe. Dépréciation à un rythme sans précédent de la gourde. L’insécurité grandissante. Sont autant de moyens utilisés par ce pouvoir pour réduire en cendre.

Avec des promesses non tenues depuis son arrivée au pouvoir, Jovenel MOISE va boucler son mandat laissant 1$Us pour 120 gourdes ou plus. Un bilan très satisfaisant pour lui et son équipe, car cela faisait partie d’un plan pour réduire à néant celles et ceux qui décident d’en faire obstruction.

Rien n’est fait sur aucun plan. Mais le président et son équipe sont sortis champion de la corruption. Un autre Jovenel MOISE est possible si nous ne prenons pas des mesures afin d’éviter que ces genres de personnes irresponsables puissent accéder à des fonctions hautement importantes.

Le peuple n’est pas organisé. Les partis politiques ne font pas leur boulot: celui d’organiser le s citoyens et citoyennes afin de les rendre plus actifs dans l’exercice de la politique. Au contraire, ils s’acharnent uniquement à prendre le pouvoir pour s’enrichir. Ils exploitent la misère du peuple pour s’accaparer du pouvoir d’État.

Rien n’est fait pour éviter qu’un autre Jovenel MOISE (synonyme de désastre, catastrophe, corruption) soit devenu président de la République dans les prochaines jouthes électorales. Tout comme cela l’était après 1986, les macoutes contrôlaient le pouvoir d’État, malgré les évènements de cette date avaient la prétention de mettre fin au duvalierisme.

La majorité de la population se plaint du désastre engendré par le pouvoir PHTK. Toutefois, qu’avons-nous fait pour empêcher que le PHTK s’accapare du pouvoir sous d’autres figures métamorphosées comme le faisait René Préval avec Lespwa, puis INITÉ?

Il y a deux moments où l’on a l’impression que le pays allait changer. Les campagnes électorales, et à chaque prise de pouvoir. Chaque discours contient autant de bons points, mais insérés dans de mauvais programmes politiques. Les discours abordant les problèmes du pays font état d’une facilité comme si les leaders ou les aspirants chefs d’État posséderaient des baguettes magiques pour tout résoudre.

C’est vrai que les promesses sont faites pour être crues, mais malheur à ceux et celles qui croient vraiment ces vantards et crapules de la République. Les promesses n’ont qu’un apanage populiste.

Méfiez-vous des promesses populistes.


Louimann MACEUS


Juriste et sociologue en formation.
Défenseur des droits humains.
Membre Amnesty international.
Ethnojuriste@gmail.com

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