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Opinion

“Un juge de la Cour de Cassation pour assurer la transition politique, les non dits à la base de ce consensus politique”

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Dans cette annonce publique, il y a trois questions légitimement que nous devons nous poser :

1) Quelle est la capacité de ce juge en passe d’ être désigné par l’ opposition politique pour mener une transition politique réussie en Haïti, à une époque de transitions dans une société haïtienne qui se recompose ?

2) Pourquoi ce choix?
Quelle idée, ce juge, a – t- il de l’ État et de la république, quel problème viendra – t- il résoudre ?

3) En quoi, la gouvernance du pouvoir judiciaire, est-elle différente de celle des deux autres pouvoirs politiques ?

Ce qui constitue l’ objectivité d’ une proposition consiste dans le fait qu’ elle est connaissable. Une proposition de sortie de crise doit être pensée. Sans la pensée, la proposition n’ a pas d’ objectivité: c’ est la pensée qui en constitue le fondement. Le peuple doit connaître la proposition de sortie de crise sur laquelle s’appuie l’ opposition politique pour exiger le départ du pouvoir actuel. Il doit connaître la détermination de son droit à apprécier, et à amender cette proposition. Le peuple, ne se contente pas de savoir qu’ il y a une proposition sur la table, il veut savoir comment celle-ci a été arrangée, comment sa vie a été pensée? Car, ne peut être considérée comme proposition légitime que ce sur quoi les citoyens se mettent d’ accord.

Un juge de la Cour de Cassation, pour quel résultat ?

Je ne veux pas qu’à travers cette analyse mettre en danger une institution nationale. Mais, je veux surtout dire que la Cour de Cassation haïtienne, n’ est pas la Cour Suprême du Canada, encore moins celle des États-Unis. En dehors de notre territoire, le pouvoir judiciaire est un pouvoir prestigieux qui a la dimension d’ un pouvoir.

Le pouvoir judiciaire aux États-Unis est dévolu à une Cour Suprême. Les juges sont recrutés, en pratique sur un critère socioprofessionnel et nommés par le Président des États-Unis, après consultation officieuse de l’ American Bar Association, la plus puissante corporation des lawyers et confirmation du Sénat. Il n’ est pas facile d’ être juge à la Cour Suprême des États-Unis et du Canada. Sans retirer leurs convictions, les juges ont un devoir d’ ingratitude à l’ égard de leur autorité de nomination ( R. Badinter).

La Cour Suprême des États-Unis est garante des valeurs américaines et du principe de constitutionnalité qui lui assurent un rôle politique. La Cour Suprême des États-Unis s’ enveloppe dans un vecteur de suprématie judiciaire. Elle est un pouvoir réel mais pas au dessus des autres.

En Haïti, la réalité est tout autre. C’ est à en pleurer! Il manque, chez nous, de toute évidence, la volonté de construire un véritable pouvoir judiciaire. Pour des raisons politiquement motivées, le pouvoir judiciaire est un pouvoir placé sous la tutelle des deux autres pouvoirs politiques avec toutes les conséquences que cela entraine en termes d’ indépendance et de distribution de la justice.
Donc, il ne faut pas se tromper sur des questions fondamentales. Dans cette crise aux contours multiples, Il faut penser objectivement, et par la raison qui détermine toutes les actions humaines, notre pensée doit prendre en compte cette réalité. ( Hegel, la raison dans l’ histoire)

Alors, pourquoi historiquement, la classe politique haïtienne, cherche -t-elle toujours des solutions simples à des situations complexes?

A une crise exceptionnelle, il faut des hommes et des femmes exceptionnels capables de jeter un peu d’ électricité dans l’ air. On va une fois de plus nous détourner de la voie de la compétence, de l’ honnêteté et du patriotisme. Il y a un combat acharné contre le beau, le vrai dans ce pays. On veut nous précipiter dans le dilemme des absurdités, afin d’ empêcher le triomphe du beau, de l’ excellence et la qualité. L’ agenda politique de la nation doit nous contraindre à faire le choix de l’ intelligence et du sérieux. Soyons sérieux avec le pays, comme le disait souvent le professeur Leslie Manigat. Pour être président, ministre, député et sénateur dans un pays, il faut le mériter.

Tout le monde se positionne pour ne pas être en retard. Dans cette course pour la prise du pouvoir sur les dépouilles de la République, chacun a son petit lots de corrompus à hisser au pouvoir. Le pays n’ est pas amnésique, au point de laisser à petit groupe de réactionnaires la possibilité d’ imposer leur propre agenda politique, à travers la mise en place d’ un gouvernement partisan et revanchard.

La jeunesse a marché contre les zélés, contre les vautours. Elle a marché contre les pouvoirs publics, contre la classe politique, contre le secteur des affaires, de manière globale, contre les élites qui se sont révélées incapables de définir le schéma directeur du développement chez nous.

Dans cette société, il y a encore des citoyens debout, notamment des jeunes avilis par trente deux ( 32) ans de vol, de pillage, d’ assassinats, et de corruption qui ne vont pas se croiser les bras et laisser faire. Ils seront les acteurs de leur propre destin. Le temps est venu de changer la vie et de réparer les torts séculaires faits à tout un peuple.

Ce dimanche, comme annoncé, les tenants du système traditionnel désuet, fondus dans l’ ambiance de la contestation populaire aimeraient, en effet, préserver le statuquo. cette stratégie ne passera pas. Il faut lever la voile, car la lutte contre la corruption doit être globale, générale, et non sélective. La corruption est dans toutes les robes et toutes les chemises. Elle est partout. Elle est dans le secteur public, comme dans le monde des affaires. Il faut un audit général citoyen sur les petites et grandes fortunes en Haïti. En ce sens, les citoyens avisés doivent exiger que tous les dossiers de corruption soient déposés devant l’ autorité judiciaire. Il n’ y a pas un dossier de corruption. Il y a des dossiers de corruption. Petro caribe en est un. Il ne doit pas y avoir de diversion, ni de traitement différentiel dans les dossiers de la République. Les haïtiens doivent créer les conditions nécessaires pour la tenue des procès justes et équitables. Ce projet doit être un combat citoyen qui doit être mené, coude à coude, en vue d’ écrire ce nouveau chapitre de la justice sociale, dans l’ unité des forces progressistes, mais sans exclusivisme.

La communauté internationale opte pour un débat national, à défaut d’ un chambardement général. Si les tuteurs internationaux le disent, je le crois. La désagréable surprise est que le dialogue politique plusieurs fois contrarié aura lieu. Il se tiendra, non comme l’ avait conçu. Le dialogue national annoncé, ne sera pas un espace d’ impunité, ni un lieu de réhabilitation des bandits, des corrompus et des déchus de la patrie. Personne n’ échappera à son destin. Ce dialogue sera un face à face historique fructueux entre l’ oppresseur et l’ oppressé, entre l’ ancien et le nouveau. Ce dialogue sera un espace d’ expression citoyenne, où tout sera raconté. C’ est à partir de là que nous pouvons véritablement créer quelque chose ensemble.

En effet, la corruption et la mauvaise gouvernance des dirigeants actuels ne doivent pas être un prétexte pour confier à nouveau la gouvernance de ce pays, à ceux et à celles qui, dans le passé ont pillé le bien commun et détruit le rêve haïtien. Il nous faut être prudents aux vagues des réactionnaires. Il faut garder à distance, ceux-là qui nous ont condamnés à brûler dur pendant ces trente dernières années. Ces barons voleurs, issus de divers horizons, de tendances politiques différentes, doivent être tous, suivant un verdict juste et équitable, remisés dans le musée du passé. Ce travail doit se faire sans complaisance. La troisième voie, telle que annoncée, ne doit pas être la synthèse des deux autres (voies) terriblement déchues, mais celle du recouvrement de la dignité d’ un peuple meurtri. Voilà le projet crucial, au sens des écrits politiques de Jugen Habermas.

L’ opinion publique haïtienne cultivée et la jeunesse abusée, dépouillée du bonheur vivrier ne vont pas commettre la faute historique de confier le pouvoir, à ceux, et à celles, qui par leur gestion catastrophique de l’ État, avaient fait notre tristesse, nos malheurs et la honte de tout un peuple. Le moment est à l’ inventaire de toutes les bêtises, à gauche, comme à droite. Sans cet inventaire objectif et non complaisant, nous risquons de remettre nos destinées à des assassins de rêve. Il y a certaines personnes qui ne peuvent pas prétendre à l’ exercice du pouvoir politique dans notre pays. Il faut une véritable moule de la vie politique en Haïti.

L’ heure est donc à la réflexion pour un bon départ. Il n’ y aura pas de coup fourré pour imposer à la nation l’ inacceptable et l’ inadmissible. Ce changement qualitatif et révolutionnaire nous contraint à la réflexion et au rassemblement démocratique.

Après ces boulversements, le pays doit rentrer dans une dynamique de modernité, non dans un cycle de vols à répétition, avec les mêmes acteurs déchus.

Le pays doit se recomposer. Le nouveau doit chasser l’ ancien, c’est la justification du renouveau modernisateur qui doit être porteur plus d’ espoirs que de menaces. Car, la nation mérite mieux que l’ idéologie populiste destructrice.

La gouvernance du pays doit être assurée par des modernes, des professionnels de haut gamme. Ces citoyens sont dans tous les secteurs et dans toutes les classes sociales, mais surtout au sein de cette jeunesse cultivée, intelligente, férue d’ internet et de technologies modernes, qui veut que par des politiques publiques audacieuses, peupler le monde de ses rêves. C’ est un destin qu’ il s’agit d’assumer ou un defi qu’ il s’ agit de relever pour devenir celui qu’ on voudrait être. C’ est le pari à risquer, pour que, dans ce débâcle, globalement partagé entre les élites haïtiennes et la communauté internationale, nous puissions trouver la vérité que nous cherchons tous ensemble.

Départ du Président Jovenel Moise du pouvoir, voilà la chanson qu’ entonnent des centaines de milliers de citoyens à l’appel de l’ opposition. Le rapport de la Cour des Comptes indexe un bon nombre de fraudeurs de l’ État mais la concentration se porte sur la personne du Chef de l’ État. Il n’ y a pas de quoi d’ être juste. En politique, il n’ y a pas de cadeau. On peut avoir raison et perdre. Du reste dans le contexte actuel, qui rappelle curieusement et honnêtement “les animaux malades de la peste” de Lafontaine, qu’on y ait été favorable ou non, on estime que là gisent désormais les vraies questions. Il y a là un réel problème, au point de se demander: dans l’ état actuel des choses, comment construire une alternative nationale progressiste et unitaire, afin d’éviter la dérive d’ une transition politique en Haïti?

Me Sonet Saint-Louis av.

COVID-19

Covid-19: Des personnes dites en quarantaine à domicile, circulent librement.

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Depuis la révélation du premier cas de Coronavirus en Haiti, les autorités haïtiennes ont décidé de garder en quarantaine les personnes ayant été contact avec le patient testé positif.

Certaines d’entre elles sont en quarantaine institutionnelle, et d’autres restent chez eux, mais sur la surveillance des agents du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), afin d’éviter tout autre contact avec d’autres personnes non contaminées.

“À Delmas 33, une personne a été testée positive du Covid-19, de ce fait, les membres de sa famille sont mis en quarantaine à domicile”, nous raconte un agent de la MSPP, qui préfère garder l’anonymat.

” J’ai visité cette famille. C’est un peu triste à dire que le ministère n’a pas le contrôle de ses gens, car ils circulent librement”, relate t-il.

Rappelons que la transmission du CoronaVirus se fait par des postillons à travers des toux et éternuements d’une personne infectée du Covid-19. Alors cette stratégie de quarantaine domiciliée appliquée par le MSPP, est sans aucun effet pour diminuer la propagation du Virus en Haïti. Puisque les personnes circulent librement, donc, ne sont pas vraiment en quarantaine.

En effet, une personne infectée circulant dans les rues de la capitale, où les habitudes demeurent, représente un danger pour la santé des autres. La distance sociale, le confinement ainsi que les lavages des mains ne sont toujours pas bien reçu par la majorité des citoyens haïtiens.

Soulignons que la Ministre de la Santé Publique, Dr Marie Greta Roy Clément, dans une interview faisait mention de 200 lits destinés aux éventuels cas de Coronavirus, une déclaration qui a soulevé de nombreuses critiques et doutes au sein de la population.

La quarantaine domiciliée est-ce une façon de prouver que le pays n’est pas vraiment prêt à faire face à cette pandémie?

Ce qui est certain, les agents qui surveillent ces personnes suspectées ne prennent pas en compte les dégâts qu’elles peuvent causer.

De nombreuses personnes soutiennent qu’une population qui vit quotidiennement ne peut respecter le confinement sans assistance de l’État. Une marchande a même affirmé au micro d’un journaliste qu’elle préfère mourir du COVID-19 que de faim. La rue est l’endroit où nous gagnons notre vie, dit-elle.

Les autorités du Ministère de la Santé Publique et de la Population doivent prendre des dispositions strictes s’ils veulent vraiment empêcher la propagation du Coronavirus dans le pays.

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COVID-19

Quand une frange de la population jongle avec le mal

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Depuis la découverte de l’agent pathogène Covid-19, les États du monde se sont trouvés dans l’obligation de prendre des dispositions pour freiner les mouvements de population. Autrement dit, pour contrôler la circulation des individus, en les obligeant à rester à la maison, dans l’idée d’éviter la propagation du virus. Cependant, en Haïti, une importante frange de la population adopte des comportements qui tendent à défier les dispositions prises par l’État. Comme si, les mesures annoncées par le gouvernement haïtien ne les concernent pas, voire ne les intéressent pas. Pourtant, de telles dispositions rentrent dans une démarche de préservation de leur vie. De notre vie, étant conscient de la défaillance du système sanitaire. Qu’est-ce qui expliquent de tels comportements ? Est-ce une façon de banaliser les risques, les dangers que représente le corona virus ? Faisons une courte analyse de la situation.

Dans un court métrage circulant à travers les médias sociaux, une marchande dénonce les mesures de confinement préconisés par le chef de l’État/le chef de son gouvernement, peu après le recensement du premier cas de personne infectée. L’intervention de cette marchande dans le micro d’un journaliste dont on ne connait pas l’identité, prend corps dans l’incapacité même de l’appareil d’État à contrôler les corps, mais aussi, dans l’incapacité de l’État à accompagner les décisions de confinement par le biais de mesures sociales et économiques.

Face à ces manques, les gens s’hasardent à sortir pour vivoter, et se donnent une bonne raison pour ne pas respecter le confinement. Ce qui nous stimule à penser que les personnes qui se risquent, et, partent s’occuper de leur petit boulot ne sont pas dépourvues d’une forme de rationalité. Au contraire elles le sont trop. C’est ce que nous nous proposons de démontrer de manière hypothétique, c’est-à-dire, décèler le lieu à partir duquel partent ces comportements aptes à mettre en péril la vie de ces gens.

Dans un temps (T1), nous estimons que la situation de crise sociale, économique et politique que traverse le pays depuis plus de trente ans, s’accumule, se sédimente, et renforce ce contexte de panique, d’incertitude actuel. Ce qui amène les gens à adopter des comportements qu’on peut qualifier de suicidaire. Non pas parce qu’ils n’ont pas conscience des risques en adoptant de tels comportements ; mais, parce que ces personnes inscrivent la panique, l’incertitude, dans une mémoire longue en lieu et place d’une mémoire courte, contextuel et analytique. Or, la mémoire longue est dangereuse (Gilles Deleuze et Félix Guattari, 1980). Car, elle rappelle la constance des crises, elle rappelle les millions de dollars détournés dans l’administration publique, il s’agit d’une mémoire indiquant la lpersistance du mal, que ce mal est fabriqué par l’État décisionnaire non interventionniste.

Dans le court métrage précité, la marchande dit ceci : « Pito m mouri ak kowonaviris la mwen pa mouri grangou / je préfère mourir du Coronavirus que de faim ». Ces propos sont la marque fabrique d’une personne consciente des risques, mais, en même temps qui feint d’être dans le déni, dans le rejet de ces risques. Il pourrait s’agir là de l’éclatement du concept de résilience tant caressé par certains penseurs.

À un autre temps (T2) de notre analyse, nous pensons que l’absence de structures sanitaires, de manque, mais aussi de fuite de notre personnel médical, créent dans l’inconscient collectif ce souci de jongler avec le mal, de s’exposer de plus en plus aux risques, car, l’idée de prises en charge annoncée par le gouvernement nage encore dans le monde des idées de Platon. Car, le véritable mal à combattre confirme son omniprésence dans la gestion de la chose publique.

Cela dit, ces personnes qui ne respectent pas le confinement adoptent des comportements liés à l’inconscient, des comportements qui expliquent que leurs corps ne sont pas contrôler par aucune forme de gouvernementalité. Déjà, les espaces pouvant aider à refouler, individuellement ou collectivement les menaces que représente le Covid-19 sont clos (L’église, l’école, etc.). Donc, ces personnes rejettent la permanence de l’État pompier, du provisoire tel qu’il est développé par le sociologue Ely Thélot(2017), en le dissimulant par un processus langagier et comportemental. D’où les propos de certains internautes : « sanbn te fè ak lajan Petwokaribe a ».

Pour finir, il serait intéressant de rechercher la logique du non-respect du confinement dans l’inconscient collectif et individuel des individus. Car, selon Sigmund Freud, l’inconscient révèle l’existence d’un savoir existant dont on ignore son topos. C’est-à-dire son lieu d’enclenchement (Paul-Laurent Assoum, 2011).

Loobens L.Dorsainvil, finissant en Anthropo-sociologie
l.dorsainvil@gmail.com

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Opinion

Jovenel MOÏSE : Vers un potentiel retour au Duvaliérisme

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Depuis son accession au pouvoir le 07 février 2017, le président Jovenel MOÏSE ne cesse de nous étonner. Il a cette qualité d’attirer l’attention de tout le monde par son discours et ses actes qui sortent de l’ordinaire. Les uns plus bizarres que d’autres.

En écoutant le personnage, l’on se croit en plein XIVe ou XVe siècle. C’est comme si l’on remontait le temps, et tout d’un coup, l’on est en présence d’un roi qui rappelle à ses sujets que son pouvoir est divin.

Ce 08 mars 2020, à l’occasion de la journée Internationale pour le droit des femmes, le président MOÏSE a encore frappé fort par ses déclarations apparemment naïves, mais qui charrient un projet diabolique trouvant ses racines dans la période de dictature des Duvalier.

 “Parmi les 118 circonscriptions, 35 seront dirigées exclusivement par des femmes” a-t-il martelé devant un public qui l’acclamait. Il poursuit en disant, pour respecter le quota de 30% exigé par la loi concernant la présence des femmes dans l’administration publique, cela se fera également au niveau communal et départemental.

Le président MOÏSE traite d’hypocrite ceux qui ne respectent pas le quota de 30%, mais en réalité, il est lui-même le premier des hypocrites. N’a-t-il pas causé plus de torts à la lutte pour le droit des femmes en Ayiti en faisant de telle promesse?

Marier le discours du président à sa personne ou à la période actuelle ne nous permet nullement de déceler le projet qui s’y cache réellement. Ce faisant, nous devons remonter le temps jusqu’à la dictature, plus précisément à l’époque où Papa Doc réduisit la Nation à l’État, et l’État à sa personne.

En effet, François Duvalier a bénéficié du suffrage universel (22 septembre 1957) et du droit de vote des femmes pour mettre en place son régime et instaurer le totalitarisme en empruntant la voie du populisme pour y arriver. À cet égard, le suffrage universel ouvrira la voie à l’organisation des dionysiaques plébiscitaires.

En d’autres thèmes, l’organisation d’un soit disant scrutin, se fait en dehors des normes et des principes que requiert un processus électoral. Il suffit de faire le rapport entre le populisme et le totalitarisme pour comprendre la réjouissance de Jovenel Moise concernant l’amputation quasi-complète du pouvoir législatif. Une réjouissance qui l’a poussé à minuit deux à déclarer la caducité du Parlement haïtien. D’ailleurs, le chef de l’État n’a cessé de tenir que le parlement, malgré la majorité de son parti, et l’opposition l’empêchaient de réaliser ses projets.

Situation favorable à Jovenel Moise pour exercer son plein pouvoir, sans aucun contrôle des parlementaires. Toutefois, un plein pouvoir limité par les puissances impérialistes, mais qui pourraient l’aider à mettre en œuvre une « nouvelle loi électorale », comme il l’a annoncé.

Sachant qu’il n’y a pas de parlement, s’agit-il vraiment d’une loi électorale, ou d’un décret électoral ?  

Depuis l’arrivée des “Tèt kale” au pouvoir, les crises que connaissent le pays ne cessent d’augmenter. Mais le véritable enjeu est que la prétention qu’a Jovenel MOÏSE d’adapter le pouvoir à la crise.

Les institutions sont détruites, tel le parlement n’existe plus, il veut changer ou imposer une nouvelle constitution et le banditisme, le kidnapping ou l’insécurité en générale deviennent la norme. En effet, la mise en place de la dictature des Duvalier a suivi cette même voie, celle de la formulation de la crise où ce qui faisait du tort à la société devenait norme.

Michel-Rolph Trouillot(1986) a formulé la thèse selon laquelle l’État duvaliérien peut se reproduire sans Duvalier. Ainsi nous dit-il : « le départ de Jean-Claude Duvalier crée seulement les conditions d’un débat plus ouvert sur les maux de ce pays. Et dans l’absence de ce débat, nous ferons face, une fois de plus à un État totalitaire, ou pire, à une guerre civile, et/ou à une nouvelle occupation par les États-Unis du Nord ». Jusque-là, nous avons connu deux occupations post 1986, l’une en 1994 et l’autre en 2004.

Depuis le départ de Jean-Claude Duvalier, nombreux sont ceux qui ont tenté de rétablir la dictature au pays, mais aujourd’hui, nous avons la sensation que Jovenel MOÏSE en particulier et le régime “Tèt kale” en général, veulent à tout prix y parvenir. D’abord, les “Tèt kale” qui se réclament de « bandit légal » créent en dehors de la loi et de l’absence totale d’un débat dans l’espace public une pseudo Force Armée qui, selon les analyses, se met aveuglement au service de ce régime ayant participé à détourner de fortes sommes d’argent dans l’administration.

En normalisant ce qui est anormal, Jovenel MOÏSE est en train de créer les conditions favorables d’une guerre civile. Ainsi rappelons-nous de l’affrontement qui a eu lieu le 23 février 2020, entre la pseudo force armée et les policiers manifestant pour la reconnaissance d’un syndicat au sein de la Police Nationale d’Haïti (PNH). L’on pourrait se dire au rythme que la crise se formalise, la guerre civile est quasi inévitable.

En effet, les “Tèt kale” vont profiter du vide institutionnel pour créer une nouvelle loi électorale (décret électoral conviendrait mieux) faite sur mesure et organiser de manière hâtive des élections, ou plutôt des sélections, comme ce fut le cas dans l’histoire d’Haïti en matière d’élections, sauf quelques exceptions. C’est à ce moment que nous devons nous préparer à empêcher qu’une catastrophe plonge le pays encore plus bas dans l’abîme.

Dans ces bizarreries, ce 08 mars 2020, le président a dit que ceux qui prendront les armes pour gagner les prochaines élections qu’il aura à organiser, doivent se considérer déjà comme étant des perdants. Mais ces propos ne peuvent-ils pas portés à équivoques ? Et si le président voulait nous dire au contraire en matière d’arme, il n’a point d’égale. Et que ceux qui voudraient le contrecarrer aux prochaines élections seront écrasés comme des vulgaires moustiques. Espérons que ces propos ne veulent aucunement traduire une telle idée.

Jovenel MOÏSE n’est qu’un président de doublure qui a les responsabilités et non le pouvoir. La véritable personne possédant le pouvoir est bien l’ex-président Joseph Michel MARTELLY, sans oublier l’Ambassade américaine en Haïti. Le président MOÏSE n’assure que la transition en vue de préparer le retour au pouvoir de MARTELLY. Les “Tèt kale” parviendront-ils à obtenir ce qu’ils veulent ? Rien n’est encore décidé, car l’histoire est dynamique et la lutte populaire imprévisible. Tout peut changer.

Nelcinio LAURENT

Auteur/Journaliste/Blogger

nelciniolaurent@gmail.com

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